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EDF : L'avenir du Nucléaire..

PTIK275
14 sept. 201809:24

A LIRE IMPERATIVEMENT JUSQU'AU BOUT

Une réponse à Libération, qui reprend une étude commanditée par le lobby antinucléaire.

Par Samuele Furfari.
Le nouveau ministre de la Transition Écologique et Solidaire, François de Rugy, a tenté de dédramatiser le débat sur le nucléaire en déclarant au Monde qu'il faut sortir de la guerre de religion.

L'appel n'a pas été entendu par Libération car, deux jours plus tard, il a publié un article poursuivant cette guerre idéologique.
Comme trop souvent dans le domaine de l'énergie, on avance des études pour faire valoir un seul point de vue.
La ficelle est particulièrement grosse dans ce cas.

D'abord, il faut répéter, puisque trop de naïfs croient encore que les études sont objectives : elles ne sont réalisées que parce que certains les financent. Et s'ils le font, c'est parce qu'ils y trouvent un intérêt. Une étude n'est pas une vérité absolue, mais le crédo du sponsor.
La loi de Brandolini (ou le principe d'asymétrie du baratin) s'applique ici aussi : la quantité d'énergie nécessaire pour réfuter du baratin est beaucoup plus importante que celle qui a permis de le créer. D'autant plus que les études se basent sur des hypothèses et des méthodes que seuls ceux qui les ont réalisées peuvent connaître dans tous les détails.
Qui va avoir le temps, l'énergie et l'argent pour analyser ces arcanes ? Les journalistes de Libération ? Personne ne peut se permettre d'investir dans la réfutation des études : on ne ferait plus que cela. J'ai été, durant toute ma vie professionnelle, confronté à cette bien triste réalité. En l'occurrence, dans ce cas, c'est encore plus grotesque car ce rapport du World Nuclear Industry Status Report, qualifié d'« objectif et indépendant », est édité par Mycle Schneider, fondateur de WISE, une agence d'information et d'études sur l'énergie basée à Paris, proche du mouvement antinucléaire.
On ne peut pas dire qu'il soit neutre et donc probablement pas du tout objectif.

Étude biaisée et médiatisation de complaisance
Une des conclusions-clé de l'étude est que l'atome bat en retraite. Par contre, l'étude reconnaît en même temps que la production d'électricité nucléaire a progressé cette dernière année. Le tableau à la page 28 du rapport le montre clairement : il y a une augmentation de la production depuis 2011 et non pas une diminution. C'est une autre ficelle : utiliser des pourcentages au lieu des valeurs absolues.
L'article de Libération révèle également l'ignorance du journaliste en matière d'énergie, puisqu'il confond la puissance d'une installation avec la génération électrique. « Les six réacteurs mis en service, écrit-il, n'ont fourni que 7 Gigawatts (GW) aux réseaux électriques, quand les seules énergies renouvelables apportaient 157 GW supplémentaires ». Monsieur Féraud devrait savoir que la puissance installée se mesure en GW et l'électricité fournie en GWh.

Ce n'est pas uniquement une question d'unités. C'est une question de fond ! Parce que les centrales nucléaires fonctionnent presque à 90% du temps, tandis que les énergies intermittentes -- comme leur nom l'indique -- ne fonctionnent qu'une petite partie du temps. Les données d'Eurostat indiquent que l'éolien ne tourne en équivalent pleine charge en moyenne pour toute l'Union que 23 % du temps. Pour le solaire, on tombe à 11 % ; on appelle cela le facteur de charge ou facteur d'utilisation. La comparaison entre nucléaire et énergies renouvelables ne veut absolument rien dire si vous parlez de GW.

Le lobby anti-nucléaire se cache les yeux
L'analyse de la puissance installée (p. 33 du rapport) illustre qu'elle connaît aussi une croissance depuis 2011. Donc une évolution positive, contrairement à ce que laisse transpirer l'ensemble de cet article. Il est d'ailleurs regrettable qu'il compare le taux de croissance d'aujourd'hui avec celui du boom du nucléaire des années 1970.
Le parc étant aujourd'hui ample, il n'y a pas besoin de répéter les taux de croissance de cette époque durant laquelle la technologie arrivait à maturité. Aujourd'hui dans l'Union européenne, le nucléaire reste bien vivant par des renouvellements et non suite à de nouvelles constructions. Il se dit encore que Nicolas Hulot aurait quitté le gouvernement, notamment, parce qu'il ne voulait pas être confronté au rapport récent de l'étude qu'il avait lui-même commandée, rapport qui prévoit la construction de six EPR en France.

Au 1er janvier 2018, quelque 448 réacteurs étaient opérationnels dans le monde. C'est dix de plus que l'année précédente. Il est vrai que la part du nucléaire dans le mix énergétique mondial stagne. Mais cela est surtout dû à la croissance énorme de la génération électrique à partir du charbon et, soyons de bon compte, dans une moindre mesure, de la croissance des sources d'électricité bas carbone. Au niveau mondial, la principale énergie primaire pour la génération électrique est le charbon avec 38 %. Vient ensuite le gaz naturel (23%), devant l'hydroélectricité (16%) dont l'article ne mentionne même pas le mot tellement cette énergie renouvelable la plus propre et la plus compétitive est honnie par les anti-tout. Le nucléaire devance les énergies renouvelables intermittentes avec respectivement 10 et 8%.


Les énergies intermittentes, ce n'est pas la loi du marché
Arrêtons-nous sur cette phrase : « aujourd'hui, plus personne ne met d'argent dans l'atome sans soutien de l'État, la loi du marché dit que le nucléaire est mort et la France est en train de devenir une exception en Europe et dans le monde ». Non ! Aujourd'hui dans le monde, l'énergie atomique se développe sans subsides.

L'entreprise nationale russe Rosatom possède une complète maîtrise de la filière et a également développé une stratégie commerciale agressive autant qu'originale. Elle vend la technologie, le montage et le démarrage ainsi que le traitement de toute la filière de l'uranium, depuis sa fourniture jusqu'à son retraitement en Russie. Cerise sur le gâteau : elle offre également le financement de l'investissement moyennant un taux d'intérêt concurrentiel. Rosatom construit actuellement une cinquantaine de réacteurs nucléaires de par le monde, comme en Turquie ou au Bangladesh.

Mais ce n'est pas tellement cela qui a mis un sérieux frein au développement du nucléaire. C'est surtout le risque encouru par les investisseurs. La génération électrique à partir de l'uranium est celle qui produit l'électricité la moins chère. En Belgique, les coûts actualisés (LCOE) des nouvelles centrales donne 63 €/MWh pour un réacteur de 3e génération. Pour l'éolien et le photovoltaïque ? Entre 94 et 192 €/MWh. Ce n'est guère discutable, comme le confirment les analyses LCOE de l'Agence Internationale de l'Énergie. Cette même agence prévoit qu'en 2040, la part de l'énergie nucléaire (puissance installée) augmentera de 46 %.

La facture de la transition énergétique
La litanie actuelle est que le prix des énergies renouvelables chute. Cela dépend de quoi on parle, mais ceux qui aiment jaser sur l'énergie et qui n'en connaissent pas l'abc ne s'embarrassent pas de rigueur. Ce qui chute, c'est le prix d'achat des panneaux photovoltaïques. Fortement, c'est vrai, parce qu'ils sont fabriqués en Chine. Par contre, le prix de l'électricité ne cesse d'augmenter en Europe au rythme moyen de 3,5% par an. Dans un récent article, je démontre que c'est à cause de l'intermittence de cette production « verte » que le prix monte : il y a une corrélation entre le prix de l'électricité fournie aux ménages et le pourcentage d'électricité d'origine solaire et éolienne.
La faute inexorable et inévitable provient du fait que l'électricité est évanescente et qu'elle doit être utilisée illico lorsqu'elle est produite et, qu'à l'inverse, elle doit instantanément être produite lorsqu'on en a besoin.

Oui, le nucléaire est bon marché en tenant compte de tout.
Mais il faut pour cela une totale visibilité sur une trentaine d'années car l'investissement dans cette filière est énorme par rapport à toutes les autres solutions. Or, avec les manipulations constantes sur la politique énergétique, la production obligatoire et subventionnée des énergies renouvelables et les atermoiements politiques au sujet de cette filière, les industriels ne disposent pas de la confiance nécessaire pour investir. De sorte qu'en Europe, qui était à l'avant-garde de la filière nucléaire, seul EDF possède encore la technologie pour construire de telles centrales. La filière est passée dans les mains russes et chinoises. Les Français devraient peut-être comprendre que ce n'est pas parce que l'EPR ne fonctionne pas (encore) que le nucléaire est mort.


La recherche renforcera le nucléaire
Bien entendu, comme dans toutes les bouches des anti-nucléaires, il ne peut manquer l'expression « énergie du passé ». C'est une rengaine idiote. Le nucléaire est au début son évolution : la puissance de l'atome n'a été exploitée que par une filière : celle de l'uranium. Il y en a d'autres qui peuvent être développées et, n'en déplaise aux opposants, la recherche sur le nucléaire est toujours en cours dans les laboratoires de pointe. Par exemple, pas plus tard que cette semaine, le gouvernement belge a décidé de financer la recherche du projet Myrrha. Aux USA, tant les administrations Obama et Trump ont financé et financent encore la recherche sur les Small Modular Reactors (SMR - Petits réacteurs modulaires). L'avantage de cette filière est que, notamment, grâce à la modularité et à la construction en atelier, le temps et le coût de construction en chantier est énormément réduit de même que le besoin en béton, qui représente environ 1/3 du coût d'une centrale. Le nucléaire est une énergie d'avenir contrairement au simplisme des anti-nucléaires.

De sorte que ce sont les pays où il n'y a pas de politique énergétique politiquement correcte et où le gouvernement - peut-être autoritaire - assure la visibilité sur le moyen terme qui sont aujourd'hui ceux qui investissent dans l'électronucléaire. La Chine et la Russie, qui ont gardé l'enthousiasme pour cette filière, supplantent aujourd'hui l'Union européenne en matière de technologie nucléaire.

En conclusion, le titre de l'article devrait être exactement l'inverse :
si on avait laissé faire le marché on n'en serait pas là.
Au lieu de cela, les gouvernements ont manipulé de fond en comble le marché de l'énergie en obligeant la production de l'énergie électrique la plus chère et en lui donnant même la priorité de dispatching sur le réseau. On a tué le marché de l'électricité puisque la production de renouvelable doit être subventionnée. Les centrales thermiques qui ne fonctionnent plus autant doivent aussi être subventionnées (c'est ce qu'on appelle le marché de capacité). On doit, si non subventionner, du moins garantir le prix de vente de la centrale nucléaire de Hinkley Point que EDF construit - avec des Chinois ! - au Royaume-Uni.

Je terminerai par une anecdote : un directeur de la Direction Générale de l'Énergie de la Commission européenne m'a dit lors de l'adoption du Protocole de Kyoto

« le jour où ils s'apercevront qu'il n'y a pas d'autres solutions que le nucléaire pour réduire les émissions de CO2 ils diront qu'il n'y a pas de changement climatique ».

Cet article de Libération démontre encore une fois la détestation sans limite du nucléaire. Cette énergie qui permet à la France d'être presque le meilleur élève de l'UE en matière d'émissions de CO2. Derrière la Suède, où il n'y a pas pratiquement pas d'éoliennes et de panneaux solaires, mais bien du nucléaire, en dépit du référendum de mars 1980 jamais appliqué.

CQFD

Samuele Furfari

Docteur en sciences appliquées et ingénieur, Samuele Furfari a enseigné la géopolitique de l'énergie à l'Université libre de Bruxelles.

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21 réponses

  • PTIK275
    14 septembre 201809:29

    Lien court : goo.gl/FL5uph

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  • alain..c
    14 septembre 201809:36

    et l'EPR à 100% peut être dans 3 à 4 ans.... a suivre

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  • g.prigen
    14 septembre 201809:46

    J'aime bien les articles de Contrepoints. Ils sont généralement bien écrits et bien construits.

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  • PTIK275
    14 septembre 201809:58

    UP

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  • gus6768
    14 septembre 201809:59

    Bravo pour la publication de cet article qui mérite d'être connu en masse, car c'est la réalité physique, cachée par le dogme de l'ignorance et de la décroissance...

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  • blpblp
    14 septembre 201810:35

    Superbe article, bien argumenté et étayé.
    Enfin la parole d'un scientifique, ça nous change de ses "pseudo je sais tout" qui ont un ami/cousin qui est cadre chez je ne sais qui, de ceux qui prennent les prédictions de Sciences et Avenir pour de l'actualité, de ceux qui rabâchent toujours les mêmes choses tels des prédicateurs, de ceux qui annoncent la sortie imminentes de nouvelles technologies tellement révolutionnaires qu'elles contredisent les lois élémentaires de la physique.

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  • PTIK275
    14 septembre 201810:43

    ""de ceux qui annoncent la sortie imminentes de nouvelles technologies tellement révolutionnaires qu'elles contredisent les lois élémentaires de la physique.""


    MDR..je vois de qui il s'agit, un personnage pour qui kV, kW, KWh, A, .... c'est tout la même chose

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  • yzotop
    14 septembre 201810:50

    Démontage en règle du lobby antinucléaire..
    Bravo !

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  • Jack_
    14 septembre 201811:00

    l'uranium est le seul à avoir de l'avenir sur une planète qui se gave d'électricité, lorsqu'on sa

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  • Jack_
    14 septembre 201811:02

    l'uranium est le seul à avoir de l'avenir sur une planète qui va se gaver en électricité, lorsqu'on sait qu'en INDE, 300 millions d'habitants n'ont toujours pas accès à l'électricité.

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  • g.prigen
    14 septembre 201811:02

    Pour un autre, c'es t du k WC.

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  • page47
    14 septembre 201811:17

    tres bon article qui demonte les pseudo literatures que murcie tente de nous faire gober .

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  • PTIK275
    14 septembre 201811:24

    il pense que t'es une brèle..

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  • PTIK275
    14 septembre 201819:31

    "" De sorte qu'en Europe, qui était à l'avant-garde de la filière nucléaire, seul EDF possède encore la technologie pour construire de telles centrales. La filière est passée dans les mains russes et chinoises. Les Français devraient peut-être comprendre que ce n'est pas parce que l'EPR ne fonctionne pas (encore) que le nucléaire est mort.""

    CQFD
    d'autant plus qu'un EPR vient de démarrer en Chine..

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  • yzotop
    14 septembre 201819:54

    Les prévisions de l'AIEA
    Selon une étude récente de l'AIEA, la capacité mondiale de production d'énergie nucléaire devrait continuer à augmenter d'ici à 2030. La publication annuelle de l'Agence, intitulée Estimations de l'énergie, de l'électricité et de l'énergie nucléaire jusqu'en 2050, a été publiée avec l'analyse des experts en planification énergétique de l'AIEA.

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  • yzotop
    14 septembre 201819:54

    DE 17% MINI À 94% MAXI !
    Chaque année, l'AIEA fait des projections faibles et élevées de la capacité mondiale de production d'énergie nucléaire : les faibles projections de cette année indiquent une croissance de 17% de la capacité nucléaire mondiale d'ici 2030, alors que la forte projection indique une croissance de 94%. en capacité de production mondiale

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  • yzotop
    14 septembre 201819:57

    "L'énergie nucléaire peut être considérée comme une composante essentielle de l'infrastructure énergétique d'un pays, en fournissant une source d'énergie propre et fiable à long terme", a déclaré David Shropshire, chef de la Section de la planification et des études économiques de l'AIEA.

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  • yzotop
    14 septembre 201819:59

    Tu peux vérifier le verdâtre, tout ça c'est l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique) qui pronostique un avenir sombre pour le nucléaire) qui le dit !

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  • jhbhth
    14 septembre 201822:41

    J'ai des doutes sur le prix indiqué du kWh à 6,4 centimes : pour l'Epr anglais, le prix de vente du courant serait de 11 centimes garantis sur 30 ans au moins ; le prix de 6,4 centimes pourrait correspondre aux centrales anciennes mais pas aux neuves. Quant au coût du stockage des déchets et du démantèlement il est inconnu

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