(Actualisé avec déclarations de Rubio, précisions)
par Gram Slattery
En tournée dans le Golfe, le secrétaire d'État américain Marco Rubio s'est efforcé mercredi de rassurer les émirats, victimes collatérales de la guerre d'Iran, sur le protocole d'accord de paix avec Téhéran qu'ils jugent trop indulgent envers la République islamique.
Après Abou Dhabi, l'émissaire de Donald Trump s'est rendu au Koweït puis à Bahreïn.
"Nous sommes complètement alignés avec nos partenaires du Golfe. C'est la raison pour laquelle je fais ses déplacements maintenant et que je suis ici", a-t-il souligné devant des journalistes en quittant Koweït pour Bahreïn, dernière étape de sa tournée d'explications.
"Nous n'allons rien faire qui porte atteinte à la sécurité de nos alliés, de nos alliés de longue date dans la région", a-t-il ajouté.
Si l'Iran "veut conclure un bon accord, un accord réel, les Etats-Unis sont ouverts. S'il ne le veut pas, alors bien sûr le président a des options", a prévenu le chef de la diplomatie américaine.
Le protocole d'accord entre les États-Unis et l'Iran conclu la semaine dernière - le premier signé par un président américain et un président iranien depuis la Révolution islamique de 1979 en Iran - prévoit notamment la création d'un fonds de reconstruction de 300 milliards de dollars (264 milliards d'euros) et la levée de certaines sanctions visant Téhéran.
Ce document en 14 points définit les grands principes d’un accord visant à mettre fin à la guerre, ouvrant la voie à 60 jours de négociations destinées à régler les détails les plus épineux, notamment les questions liées au programme nucléaire iranien.
SURPRISE ET SCEPTICISME
Marco Rubio a participé mercredi à un déjeuner de travail avec le président des Emirats arabes unis, cheikh Mohammed ben Zayed Al Nahyane, ainsi qu’avec d’autres personnalités de haut rang, notamment le conseiller à la sécurité nationale, cheikh Tahnoun ben Zayed Al Nahyane, et le ministre des Affaires étrangères, cheikh Abdoullah ben Zayed Al Nahyane.
Prié de dire à son arrivée s'il avait l'intention de répondre aux inquiétudes des alliés des Etats-Unis au sujet de l'accord, le secrétaire d'Etat a déclaré aux journalistes : "Ce sujet sera très certainement abordé lors de ces discussions."
Les EAU, l'Arabie saoudite, le Qatar, le Koweït et Bahreïn abritent tous des bases militaires américaines qui forment la colonne vertébrale de l'architecture de sécurité des Etats-Unis au Moyen-Orient. Qu'un seul de ces pays reconsidère sa relation avec Washington, même de façon subtile, pourrait avoir un impact significatif sur la stratégie militaire américaine dans la région.
En privé, certains responsables de ces pays ont exprimé leur déception, voire leur surprise, face à un protocole d'accord qui pourrait ouvrir la voie à une normalisation des relations des Etats-Unis avec l'Iran, puissance chiite que la plupart des monarchies sunnites du Golfe considèrent comme leur principal adversaire.
Ils craignent tout particulièrement que l’Iran n’utilise le fonds de reconstruction proposé pour reconstruire son armée.
La semaine dernière, Reuters a rapporté que l’Iran avait mis en place de nouvelles cellules secrètes en Irak pour mener des attaques contre les pays du Golfe, notamment le Koweït et les EAU. Ces cellules ont mené au moins sept attaques de drones contre des sites au Koweït, aux Émirats Arabes Unis et en Arabie Saoudite entre avril et mai.
Le protocole d'accord n’aborde pas non plus la question de la capacité de Téhéran en matière de missiles balistiques, un sujet de préoccupation pour les États du Golfe, qui ont tous été touchés par des missiles et des drones iraniens pendant la guerre, avec des victimes civiles à la clé.
(Avec la participation de Francois Murphy à Vienne et Doina Chiacu et Katharine Jackson à Washington ;Rédigé par Gram Slattery et Michael Georgy; Version française Matthieu Huchet, édité par Benoit Van Overstraeten et Sophie Louet)

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