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Une marée humaine à Hong Kong pour réclamer la démission de Lam
Reuters16/06/2019 à 15:03

    * Sous la pression, l'exécutif de Hong Kong a suspendu son
projet
sur les extraditions vers la Chine
    * Les manifestants exigent le retrait pur et simple du texte
et le
départ de Carrie Lam
    * Pékin aurait désormais de sérieux doutes sur les capacités
de la
chef de l'exécutif régional

 (Actualisé avec excuses de Lam)
    par Anne Marie Roantree et Alun John
    HONG KONG, 16 juin (Reuters) - Au lendemain de la suspension
du projet de loi contesté sur l'extradition, des centaines de
milliers de personnes sont de nouveau descendues dimanche dans
les rues à Hong Kong pour appeler au retrait définitif de ce
texte et à la démission de la chef du gouvernement hongkongais,
Carrie Lam.
    Vêtus de noir, tenant pour certains des oeillets blancs à la
main, ils ont applaudi avec force les appels à sa démission
relayés par haut-parleur.
    Le cortège a quitté en début d'après-midi Victoria Park, le
lieu de rassemblement, en direction du siège du gouvernement.
Les manifestants de tout âge ont formé une marée humaine qui a
bloqué les rues, les passerelles et les stations de métro du
centre financier de Hong Kong, exprimant leur colère contre
Carrie Lam et contre les forces de l'ordre qui sont intervenues
brutalement mercredi dernier.
    Des secouristes ont pris en charge des manifestants pris de
malaise sous l'effet de la chaleur régnant sur Hong Kong, où le
mercure frôlait les 30°C.
    S'efforçant d'apaiser les contestataires, Carrie Lam a
présenté ses excuses "humbles et sincères" au lendemain de la
suspension pour une durée indéterminée du projet de loi
autorisant les extraditions vers la Chine qui a soulevé une
vague de contestation dans l'ancienne colonie britannique.
 
    Le texte, qui aurait concerné les sept millions d'habitants
de la "région administrative spéciale" mais également les
ressortissants étrangers et chinois résidents ou de passage,
était perçu par de nombreux Hongkongais comme une menace pour
l'état de droit garanti dans le territoire en vertu du principe
"un pays, deux systèmes" qui a présidé à la rétrocession du
territoire à la Chine, en 1997.
    Près d'un million de personnes s'étaient rassemblées
dimanche dernier pour demander la suspension de ce texte, la
plus grosse manifestation qu'ait connue Hong Kong depuis les
rassemblements ayant dénoncé en 1989 la répression du mouvement
pro-démocrate de la place Tiananmen. 
    Selon le décompte de la police, 240.000 personnes avaient
pris part à ce rassemblement.
    La protestation s'est poursuivie pendant toute la semaine,
plongeant la ville dans une tourmente qui a culminé avec les
violents affrontements de mercredi entre manifestants et forces
de l'ordre.
    
    APPELS À LA DÉMISSION
    Plusieurs opposants au projet de loi ont dit que sa
suspension n'était pas suffisante, appelant à la suppression du
texte et à la démission de Carrie Lam.
    "Si elle refuse de supprimer le projet de loi controversé
dans son ensemble, on ne fera pas marche arrière. Elle reste,
nous restons", a déclaré Claudia Mo, élue locale et membre du
camp réclamant la démocratie.
    Carrie Lam, qui n'était plus apparue en public et n'avait
fait aucune déclaration depuis mercredi, n'a pas fixé samedi de
délai à la suspension de la loi, interrompant de fait le
processus législatif pour une durée indéterminée.
    Interrogée à plusieurs reprises sur une éventuelle
démission, la cheffe de gouvernement n'a pas répondu directement
et a demandé qu'on lui "donne une seconde chance".
    Elle a dit éprouver "une profonde peine et de profonds
regrets que des dysfonctionnements et différents autres facteurs
aient provoqué d'importantes controverses et contentieux dans la
société".
    Selon un bilan officiel, 72 blessés ont été hospitalisés à
la suite des violences de mercredi et un homme est mort samedi
après avoir chuté d'un échafaudage alors qu'il venait de
dérouler une banderole dénonçant le projet de loi, rapportent
des médias hongkongais.
    
    CARRIE LAM FRAGILISÉE AUX YEUX DE PÉKIN
    A Pékin, le Quotidien du peuple, organe officiel du Parti
communiste chinois, s'en prend dimanche "aux pions et aux
laquais" des "forces anti-chinoises". "L'ensemble du peuple
chinois, y compris la vaste majorité de nos compatriotes de Hong
Kong, y sont résolument opposés", poursuit le journal.
    De nombreux politiciens, diplomates et analystes ne
s'attendaient pas à la suspension du projet de loi contesté,
pensant au contraire que Pékin ne permettrait pas un tel recul.
    L'emprise exercée par le pouvoir central sur la "région
administrative spéciale" de Hong Kong s'est intensifiée depuis
que le président chinois Xi Jinping a accédé au pouvoir, en
2012, et à la suite de la "révolution des parapluies" du
mouvement démocrate deux ans plus tard.
    Mais selon une source à Pékin entretenant des relations
régulières avec le pouvoir central, l'exécutif de Hong Kong a
mal géré cette saga et les violences de la semaine passée ont
forcé la main du pouvoir central.
    Pékin, ajoute cette source, aurait désormais de sérieux
doutes sur les capacités de Carrie Lam.
    Pour le politologue Steve Tsang, basé à Londres, la
dirigeante hongkongaise a provoqué une "gêne majeure" pour Xi
Jinping à un moment particulièrement délicat, en plein conflit
commercial avec les Etats-Unis et à l'approche d'un possible
entretien bilatéral avec Donald Trump en marge du sommet du G20
à la fin du mois au Japon.
    "Xi n'est pas un dirigeant qui tolère les échecs de la part
d'officiels", ajoute-t-il. "Je pense que les jours de Carrie Lam
(à la tête de l'exécutif) son comptés. Pékin ne peut pas se
permettre de la limoger immédiatement, ce serait une preuve de
faiblesse. Il leur faudra laisser passer un interlude décent."

 (avec Clare Jim, James Pomfret et Greg Torode à Hong Kong et
Ben Blanchard à Pékin
Jean Terzian et Henri-Pierre André pour le service français)
 

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