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"Transformation digitale" des entreprises : quel avenir pour l'emploi et le télétravail ?

Boursorama17/06/2016 à 17:18

"Transformation digitale" des entreprises : quel avenir pour l'emploi et le télétravail ?

Opportunité ou menace ? La mutation numérique des entreprises est encore loin d’être terminée en France, mais cet axe de développement n’est pas exempt d’inquiétudes sur le plan de l’emploi. Nous nous entretenons sur ce thème avec Bruno Grossi, Directeur exécutif d’Econocom, spécialiste des services numériques aux entreprises.

Comment pourrait-on caractériser ce que l’on appelle de nos jours la « transformation digitale » des entreprises ?

Bruno Grossi : De manière simplifiée, la « transformation digitale » désigne à l’heure actuelle l’adaptation des entreprises aux nouveaux usages demandés par les particuliers. Les entreprises ont en effet la volonté et la nécessité d’adapter leurs offres aux nouveaux usages de leurs clients finaux, qui sont de plus en plus connectés et adeptes du « tout en ligne », notamment depuis leur mobile.

La transformation digitale, c’est également plus de créativité rendue possible aux start ups et aux PME, car celles-ci bénéficient de plus faibles « barrières à l’entrée » pour inventer de nouveaux modèles économiques. Par exemple, le secteur bancaire est en pleine mutation avec le développement des banques 100% en ligne qui fleurissent et bousculent les offres traditionnelles du secteur bancaire.

Enfin, par rapport à ce que l’on pouvait voir il y a 10 ans, la « transformation digitale » des entreprises est aussi devenue très liée à des questions de financement. Les projets digitaux actuels peuvent être plus complexes et plus chers que par le passé. Pour les entreprises, le financement de leur transformation digitale est un véritable vecteur d’accélération des projets qui peut nécessiter un accompagnement.

Dans le domaine du développement numérique, on parle beaucoup du « cloud ». Dans quelle mesure le « cloud » peut-il encore participer à cette révolution digitale ?

Le « cloud » est devenu un « buzz word » dont il faut se méfier en tant que tel. Le « cloud », c’est d’abord une nouvelle façon de stocker des données informatiques sur des serveurs externalisés. Cela marque aussi et selon moi surtout une différence profonde dans la façon dont on consomme le digital.

Pour un entrepreneur, on passe schématiquement d’une logique de coûts fixes en possédant ses propres serveurs à une logique de coûts variables : ces coûts s’ajustent dorénavant en fonction de l’usage. Pour les entreprises qui l’utilisent, le « cloud » est donc révolutionnaire en termes de budgétisation des projets et de maîtrise des coûts. Nous allons vers la consommation d’un « fluide digital ».

Enfin, avec le cloud se pose toujours la question de la sécurité des données. Il ne faut pas croire que le cloud est structurellement moins sûr que le stockage de données au sein de l’entreprise. Ce qu’il faut, c’est penser son système de sécurité très en amont, et ce domaine d’expertises est l’un des points clés de l’actuelle révolution digitale.

Peut-on dire que les changements induits par ces mutations numériques profitent majoritairement aux petites entreprises ou plutôt aux grandes enseignes ?

Aux deux : tout le monde prend ces sujets à bras le corps, aussi bien les petites que les grandes entreprises. Elles se mettent au digital car ce sont surtout les attentes des clients finaux qui ont changé : ces derniers sont de plus en plus exigeants sur l’accessibilité en ligne de leurs services. Toutes les entreprises vont donc dans ce sens.

Selon vous, la transformation numérique des entreprises doit-elle s’associer à d’autres pratiques d’organisation du travail, par exemple avec le développement du télétravail des collaborateurs ?

Le télétravail est en effet un exemple d’évolution positive dans le rapport qu’ont les employés à leur travail, mais les transformations sont en fait bien plus profondes que la simple question du télétravail.

Les jeunes actifs ont désormais un rapport au travail en entreprise différent de celui de la génération précédente. Avant, on voulait un CDI pour rester au moins 10 ans dans une entreprise. De nos jours, l’envie de souplesse et la diversité des expériences priment. Les jeunes ne veulent plus forcément un travail monolithique, et peuvent vouloir travailler pour deux entreprises à la fois. C’est le principe, somme toute assez simple, du travail en free-lance avec plusieurs employeurs.

Contrairement à ce que certains employeurs peuvent craindre, la fidélité des prestataires en free-lance est identique à celle des employés qui travaillent en interne. C’est même un avantage dans le sens où les travailleurs en free-lance ont un regard plus ouvert sur l’extérieur et sur les bonnes pratiques du secteur dans lequel ils travaillent. C’est dans ce cadre que le télétravail peut en effet être utile.

L’actuel virage numérique des entreprises est également vu comme une éventuelle source de destruction de postes, remplacés par des ordinateurs. Qu’en pensez-vous ?

Le numérique agit comme un révélateur puissant de la nécessaire adaptation des compétences et des profils professionnels. Il rend, par exemple, plus évidente, plus urgente, l’indispensable réforme de la formation professionnelle. Sans parler de l’introduction plus réelle du digital dans les cursus scolaires.

Collectivement, nous savons ce qu’il faut faire. Il faut en faire le constat et avoir le courage politique et citoyen de le faire, maintenant, et avec détermination.

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