(Actualisé avec détails, analyste)
Les rendements obligataires grimpaient mercredi en France, poursuivant une tendance qui s'est accentuée ces dernières semaines et qui a propulsé les coûts de financement de la deuxième économie de la zone euro à des niveaux jamais vus depuis près de 20 ans.
Vers 14h40, le rendement de l'OAT à dix ans FR10YT=RR prenait 8,5 points de base pour s'établir à 4,3069%, un niveau qui n'avait plus été observé depuis l'automne 2008, soit à l'époque de la crise financière mondiale.
Son équivalent à 30 ans FR30YT=RR grimpe également, gagnant plus de 6 points de base à 5,04% et dépassant ainsi le seuil des 5% autour duquel il oscillait depuis le début du mois - une première, également, depuis 2008.
En Allemagne, dont les obligations d'État servent de référence dans la zone euro, les rendements sont également en nette hausse. Celui du Bund allemand à 10 ans DE10YT=RR prend 6 points de base à 3,4183%et évolue à son plus haut niveau depuis avril 2011.
Les rendements de la dette souveraine restent élevés à l'échelle mondiale et la nouvelle hausse des prix du pétrole, avec les craintes inflationnistes qui l'accompagnent, contribue à mettre davantage sous tension le marché obligataire.
En France, le débat budgétaire de cet automne pèse également, et fera l'objet d'une attention particulière de la part des investisseurs, qui craignent que la dette publique déjà élevée ne s'envole encore davantage à l'élection présidentielle de 2027.
Signe de nervosité face à une procédure à haut risque au sein d'une Assemblée nationale très fragmentée, le "spread", ou l'écart entre les rendements des obligations françaises et allemandes à 10 ans DE10FR10=RR , a frôlé plus tôt dans la journée les 90 points de base et s'établissait à 14h39 à 88,66.
"La France est particulièrement exposée à la remontée des taux avec un déficit parmi les plus élevés parmi les grandes économies de la zone euro : elle est donc mécaniquement l'une de celles qui souffrent le plus lorsque le coût du financement augmente", souligne Kevin Thozet, membre du comité d'investissements de Carmignac.
L'analyste évoque un point de départ budgétaire "peu favorable". "Revenir vers 3% d'ici 2029 impliquerait environ 85 milliards d'euros d'ajustement par rapport à la trajectoire actuelle", ajoute-t-il.
Tout cela à un moment où, à l'échelle mondiale, "le risque souverain redevient un sujet, que ce soient les déficits, la fragmentation politique, la montée des populismes".
(Rédigé par Diana Mandiá, édité par Augustin Turpin)

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