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Quelles conséquences financières durables la crise au Moyen Orient va-t-elle laisser sur les marchés mondiaux ?
information fournie par Le Cercle des économistes 29/06/2026 à 10:12

figurine bourse investisseur (Crédits: Adobe Stock)

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Après l'accord de paix entre les États-Unis et l'Iran, les marchés sont rassurés, sans revenir à leur niveau d'avant-crise. La signature du protocole d'accord le 17 juin 2026 confirme la cessation des combats et l'ouverture de négociations entre les deux pays. Mais cette guerre, marquée par la fermeture du détroit stratégique d'Ormuz, a provoqué une crise énergétique mondiale. Si le recul de la tension géopolitique réduit la pression sur l'énergie, il n'efface pas les effets déjà visibles sur les prix, l'inflation, les taux d'intérêt et les déficits publics.

D'abord, les marchés de l'énergie demeurent durablement plus volatils. L'annonce de l'accord et la réouverture progressive d'Ormuz ont rassuré les investisseurs, qui anticipent une offre plus abondante et des risques plus faibles sur le transport maritime. Le prix du pétrole a donc commencé à baisser.

Toutefois, le trafic reste inférieur à son rythme d'avant-guerre et l'accord ne garantit un passage sans péage aux navires que pendant 60 jours. Ormuz est pourtant central pour les approvisionnements en pétrole, en gaz naturel liquéfié et en carburants. La Commission européenne estime que sa fermeture a réduit les flux maritimes de pétrole d'environ 15% et entraîné une forte hausse des coûts de l'énergie : +50% pour le gaz et +65% pour le pétrole brut.

Ces tensions fragilisent les entreprises énergivores, comme le transport aérien, l'automobile ou la chimie, très exposées aux variations de prix. Ainsi, même si le baril est repassé sous 75 dollars le 24 juin 2026, cette baisse ne suffit pas à effacer la prime de risque énergétique.

Ensuite, les hausses de prix déjà observées continuent d'alimenter les pressions sur les taux. Depuis plusieurs mois, le renchérissement du prix de l'énergie s'est transmis aux transports, aux produits alimentaires, aux biens industriels et aux services. La BCE a donc relevé l'ensemble de ses taux directeurs le 11 juin 2026 : le taux de dépôt passe à 2,25%, le taux de refinancement à 2,40% et le taux de prêt marginal à 2,65%.

À lire aussi | La BCE relève ses taux pour étouffer dans l'œuf l'inflation

L'institution justifie cette décision par les pressions inflationnistes générées par le conflit au Moyen-Orient. Ses prévisions ont aussi été revues à la hausse, avec une inflation attendue à 3% en 2026 et 2,3% en 2027 dans la zone euro. En maintenant des taux élevés, la BCE cherche à contenir les anticipations d'inflation au risque de freiner la croissance européenne. Les conséquences financières sont directes : crédits immobiliers moins accessibles, investissements d'entreprises ralentis et coût de refinancement plus élevé pour les sociétés endettées.

Enfin, les gouvernements restent affectés par la facture budgétaire du conflit. En 2026, les États européens ont déjà engagé 14,5 milliards d'euros de mesures d'urgence pour soutenir les ménages et les entreprises, soit 0,07% du PIB de l'Union européenne (UE). Ces aides limitent le choc social et économique, mais creusent les déficits et réduisent les marges de manœuvre des États.

D'après la Commission européenne, le déficit public agrégé de l'UE passerait de 3,1% du PIB en 2025 à 3,6% en 2027, tandis que la dette publique progresserait de 82,8% à 85,3% du PIB. Cette hausse implique davantage d'émissions obligataires. Les investisseurs peuvent alors exiger une prime de risque plus élevée, ce qui renchérit le coût de la dette, notamment pour les États les plus fragiles.

Au-delà de l'Europe, la crise modifie aussi la perception du risque mondial. Les investisseurs intégreront davantage la sécurité des routes maritimes, la stabilité des pays producteurs et le risque de nouvelles sanctions. Cette prime de risque géopolitique peut peser sur les actions, les obligations et les devises, surtout dans les pays émergents importateurs d'énergie. Le Fonds monétaire international alerte d'ailleurs sur des risques de stabilité financière élevés, dans un contexte de rendements obligataires en hausse et de vulnérabilités accrues sur certains marchés émergents.

Par Anne-Sophie Alsif, cheffe économiste de BDO France, invitée du Cercle des économistes » et Astrid Hélie, consultante BDO Advisory

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