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Pourquoi les investisseurs américains préfèrent-ils les actions aux obligations ?
information fournie par Le Cercle des économistes 28/09/2026 à 08:17
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Valérie Mignon
Valérie Mignon

Valérie Mignon

Université Paris Nanterre, EconomiX-CNRS et CEPII

Professeur de sciences économiques

https://www.parisnanterre.fr/portail-institutionne

bourse dollar us (Crédits: Adobe Stock)

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Les actions occupent une place particulièrement importante dans le patrimoine financier américain. Fin juin 2026, les ménages et les organisations à but non lucratif détenaient, directement ou indirectement, environ 74 000 milliards de dollars d'actions, contre un peu plus de 12.000 milliards de titres de dette. Cet écart ne reflète toutefois pas uniquement les choix de placement.

Cette forte exposition s'explique d'abord par un arbitrage entre rendement et risque. Les investisseurs n'acceptent en principe de détenir des actions, plus risquées, que s'ils anticipent en contrepartie un rendement supérieur à celui des actifs sans risque : c'est la prime de risque. Cet arbitrage est particulièrement pertinent pour les ménages disposant d'un horizon de placement long, notamment en vue de la retraite. Sur plusieurs décennies, les fluctuations de court terme pèsent moins dans la décision de placement.

Une deuxième explication tient au système d'épargne américain. Les dispositifs de retraite par capitalisation jouent un rôle central, notamment les 401(k), proposés dans le cadre de l'entreprise, et les IRA, comptes d'épargne-retraite individuels. Fin juin 2026, les actifs destinés à la retraite s'élevaient à 51 200 milliards de dollars, soit environ un tiers des actifs financiers des ménages. Une part importante de cette épargne est placée sur les marchés financiers, notamment via des fonds investis en actions ou des fonds à horizon de retraite. Dans les plans suivis par Vanguard, l'un des principaux gestionnaires d'actifs américains, 61 % des dispositifs recouraient à l'inscription automatique en 2024, contre 10% en 2006. La forte détention d'actions ne reflète donc pas seulement une préférence individuelle pour le risque : elle tient aussi à un cadre institutionnel qui oriente une part importante de l'épargne longue vers les marchés boursiers. Les versements réguliers dans les plans de retraite contribuent ainsi à créer une demande récurrente pour les actions.

Il faut également tenir compte d'un effet de valorisation. La forte appréciation des marchés boursiers américains au cours des dernières décennies a accru la valeur des portefeuilles en actions et, par conséquent, leur poids dans le patrimoine financier. Ainsi, lorsque les marchés boursiers progressent, la valeur du patrimoine des ménages augmente, ce qui peut soutenir leur consommation. À l'inverse, une correction boursière peut peser sur le patrimoine et, par ce biais, sur la demande.

La situation actuelle conduit toutefois à réexaminer cette préférence pour les actions. En septembre 2026, le rendement du Treasury américain à dix ans a dépassé 5%, tandis que la Réserve fédérale a porté son taux directeur dans une fourchette de 3,75 à 4%. La hausse des taux modifie le choix entre actions et obligations de deux manières.

D'une part, les obligations du Trésor redeviennent plus attractives dès lors qu'elles offrent un rendement significatif avec un risque de crédit très faible. Le rendement supplémentaire attendu des actions doit donc être suffisamment élevé pour compenser leur risque plus important. D'autre part, la hausse des taux sans risque tend à réduire la valeur actuelle des profits futurs des entreprises. Toutes choses égales par ailleurs, elle exerce donc une pression à la baisse sur les valorisations boursières, notamment pour les entreprises dont une part importante de la valeur repose sur des profits attendus à long terme.

Cela ne signifie pas que les investisseurs américains vont se détourner des actions. La dynamique des profits, les anticipations de croissance et le fonctionnement du système de retraite continuent de soutenir leur demande. Mais les conditions de l'arbitrage ont changé. Dans un environnement où l'obligation du Trésor américain à dix ans procure un rendement proche de 5%, la question centrale n'est plus seulement celle du rendement attendu des actions. Elle est celle de la prime de risque qu'elles offrent désormais par rapport aux obligations.

1 commentaire

  • 08:40

    Quand il y a des sociétés plus importantes que des Etats, la question n'est-elle pas de savoir si certaines obligations ne doivent pas offrir un rendement plus élevé que ces actions pour couvrir le risque ?


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