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Plastivaloire ou comment revenir de loin en faisant de la bonne industrie
information fournie par Le Cercle des analystes indépendants 15/01/2026 à 08:32

Jérôme Lieury
Jérôme Lieury

Jérôme Lieury

Olier Etudes & Recherches

Analyste financier, membre du Cercle des analystes

https://www.olier-etudes-recherche.fr/

Plastivaloire est un plasturgiste qui a réalisé un chiffre d'affaires de 703 millions d'euros avec 5 050 collaborateurs sur son dernier exercice 2024/2025 clos le 30 septembre dernier. (crédit : Plastivaloire)

Plastivaloire est un plasturgiste qui a réalisé un chiffre d'affaires de 703 millions d'euros avec 5 050 collaborateurs sur son dernier exercice 2024/2025 clos le 30 septembre dernier. (crédit : Plastivaloire)

Investir dans les valeurs cycliques n'est pas de la tarte, et ce pour une bonne raison : il est le plus souvent très difficile de savoir où on en est dans le cycle. On peut toujours se dire que la conjoncture est plutôt bonne, ou au contraire faiblarde, mais on peut rarement se dire qu'un point d'inflexion vers le bas ou vers le haut est pour bientôt. C'est toute l'histoire du tristement célèbre "la reprise est au coin de la rue", et c'est tout le problème des économistes qui n'arrivent pas à prévoir les récessions (et encore moins à faire des prophéties auto-réalisatrices, ce qui est un comble). Mais il ne faut pas leur en faire l'amer reproche : c'est tout simplement trop compliqué, comme le disait en son temps John Kenneth Galbraith, un économiste (et un auteur qui mérite encore largement d'être lu) qui disait aussi que s'il pouvait encore se prétendre tel à plus de 90 ans, c'est parce qu'il n'avait jamais fait de prévisions.

L'automobile : un marché mature, et un secteur cyclique sans aucun doute

Dans le genre cyclique, le marché automobile européen, comme d'ailleurs le marché américain, n'est pas mal : c'est un marché de masse très mature en fait, mû presque intégralement par le besoin de renouvellement, et quand la conjoncture n'est pas bonne et que le consommateur le ressent au fond de lui-même, il a tendance à repousser d'un an voire plus l'achat d'une nouvelle voiture. Même si l'offre de véhicules légers est très large (et on ne peut plus alléchante, il faut le dire), et même si les facilités de crédits sont multiples et variées, et la décision d'achat peut se ramener au choix d'un montant de mensualité de remboursement.

Le marché français, sur lequel il s'est vendu aux dernières nouvelles 1,632 million de véhicules légers en 2025, véhicules de société y compris, soit -5% par rapport à 2024, a réalisé de fait une année très médiocre. Et une de plus en fait, si l'on songe qu'il s'était vendu 2,2 millions de voitures petites et grosses en 2019 et que l'on n'a jamais revu cela après le covid. Avec pour couronner le tout, peu d'espoir de sortir un jour d'un "range" horizontal de 1,6 à 1,7 million de véhicules vendus par an selon les meilleurs experts du secteur.

Mais, après tout, on ne sait jamais, puisque ce secteur est cyclique, justement, et si personne ne semble voir le bout du tunnel, le marché boursier a l'air de considérer la chose autrement et, disons-le franchement, d'anticiper une reprise. Chez les équipementiers en tout cas, lesquels performent très bien dans l'ensemble, avec des cours de titres comme Forvia à +5% depuis le 1er janvier et +60% sur un an, Valeo à respectivement +4,5% et +30%, OPMobility à +2,5% et +59%, ou encore PVL-Plastivaloire à +14,8% et +43%, rien que ça.

Plasturgiste pour l'automobile avant tout

Détenu à 57% (et plus en droits de vote) par la famille de son président, PVL-Plastivaloire est un plasturgiste qui a réalisé un chiffre d'affaires de 703 millions d'euros avec 5 050 collaborateurs sur son dernier exercice 2024/25 clos le 30 septembre dernier. PVL opère 27 sites industriels en tout : en Europe, en Tunisie, et en Turquie, qui contribuent en tout pour 87% des ventes, et aussi aux USA et au Mexique.

La société est un grand spécialiste de la fabrication de pièces plastiques complexes à forte valeur ajoutée (décorées, etc…), principalement pour l'automobile, qui contribue pour 83% des ventes, mais aussi pour bien d'autres industries : électroménager, ameublement, aéronautique, etc.

PVL travaille avec beaucoup de constructeurs automobiles, de Stellantis à Toyota, Renault, Volkswagen/Skoda etc… en passant par les premiums allemands : Mercedes-Benz, Audi et BMW, et fabrique avant tout des pièces intérieures et extérieures, ne réalisant que 4% de ses ventes en pièces de moteurs thermiques et 3% en pièces de moteurs électriques, soit une très faible exposition de l'activité à la motorisation du véhicule, ce qui est plutôt une bonne idée par les temps qui courent.

On notera aussi que toute entreprise familiale qu'elle est, Plastivaloire a su grandir par acquisitions pour suivre ses grands clients constructeurs automobiles (ou OEMs en bon franglais financier), soit ces dix dernières années Karl Hess en Allemagne en 2014, Bursa en Turquie, Transnav/Vreeken en 2018, qui apportait deux usines aux USA et une autre au Mexique. Plastivaloire a aussi démarré des usines "greenfield", notamment au Mexique en 2016, une autre en République Tchèque : Pilsen Injection, en 2019, etc…

Résultat économique : 2023-2024 plutôt dur à bien des égards…

Les acquisitions n'ont pas toujours été des réussites : PVL a revendu Karl Hess et Pilsen Injection en 2024, pour se séparer de filiales finalement peu ou pas assez profitables, tout ceci dans un contexte difficile pour le secteur. Le tout se traduisant par un mauvais exercice 2023-2024, soit un chiffre d'affaires en baisse de -16%, non seulement avec les cessions, mais aussi en recul de -7% à périmètre constant, avec une production automobile en baisse de -7,2% en Europe, dont -20% chez Stellantis en France, plus des retards dans les démarrages de nouveaux programmes de production.

Et si PVL a réussi à améliorer un peu sa marge brute, avec une baisse des coûts matières et de des coûts d'énergie qui compensent les éternelles pressions sur les prix (-1%), la marge opérationnelle perd -0,6 point pour atterrir à 1,8% avec des coûts salariaux en hausse, et des démarrages de production coûteux aussi en main d'œuvre intérimaire. 1,8% n'est pas beaucoup, même pour ce métier, d'autant que PVL dépense par contre beaucoup en frais financiers, lesquels absorbent une grande partie du résultat opérationnel. Puisque lesdites acquisitions avaient été largement financées par de la dette, avec in fine un ratio Dette Nette/Fonds Propres de 95% doublé d'un levier Dette Nette/Ebitda de 3,5x, ce qui sans aucun doute un peu trop, par quelque bout qu'on le prenne.

… mais ça commence à aller mieux en 2024-25 :

Sur le dernier exercice clos fin septembre dernier, le chiffre d'affaires est stable à -0,1%, mais avec une production automobile qui a baissé de -2% environ chez les OEMs en Europe comme aux USA, avec des démarrages de production retardés qui plus est sur ce dernier marché. PVL s'en est donc bien sorti, soit +10,8% pour les volumes de production de pièces auto, grâce entre autres aux lancements de nouveaux modèles : Citroën C5 Aircross, BMW iX3 (pièces fabriquées en Slovaquie), et nouvelle Clio (pièces produites en France, Turquie, Portugal), plus le Mack Heavy Truck aux USA. Avec des pièces intérieures et extérieures pour tous ces modèles, soit plusieurs centaines d'euros de facturations par véhicules. Et +0,8 point de marge opérationnelle à la clé, avec i) des gains de productivité/efficience industrielle et moins de démarrages aussi, et ii) un mix favorable avec plus de pièces de décoration bien margées. Et des prix améliorés chez certains clients, et malgré une inflation salariale de +3,5 points pour le groupe, variable selon les pays, compensées en partie par la productivité, et malgré aussi plus d'amortissements, puisque PVL a augmenté ses capacités de production les exercices précédents.

Avec aussi moins de foyers de perte, puisque PVL sort en fait de quatre années de restructurations, avec les fermetures de Mamers et Bellême, l'arrêt du chromage plastique et la cession de Morteau, la fermeture de Burbach en Allemagne et la cession de la filiale Karl Hess, en perte et trop endettée et enfin cette année le déménagement de Mamers.

Un bilan de plus en plus présentable, ce qui n'est pas du luxe

PVL a ramené ses investissements au minimum, soit 18 millions d'euros contre 38, et commencé à se désendetter grâce au free cash-flow dégagé (en finance classique : free cash-flow = capacité d'autofinancement - investissements bruts). Avec un ratio d'endettement abaissé à 82%, et un levier de 2,3x Dette Nette/Ebitda en fin d'exercice, ce qui est plus agréable à regarder, surtout pour les banquiers du groupe, même si le levier maximum des covenants bancaires est de 3,9x  selon la direction.

PVL doit continuer à se désendetter avec son free cash-flow si l'activité reste au moins à ce niveau, avec des investissements éventuellement un peu en hausse par rapport à 2024-25 pour l'exercice en cours et possiblement les suivants, surtout s'il faut ajouter des machines (autrement dit des presses à extrusion et tout ce qui va autour) pour répondre aux commandes, mais toujours nettement inférieurs aux fortes années 2022-23 et 2023-24.

Des perspectives nettement plus favorables a priori

La suite se présente plutôt bien pour l'activité, toujours selon la direction : le carnet de commandes décevant en fin d'exercice, en-dessous de la moyenne (500 millions d'euros c. 650) avec l'incertitude forte sur le marché, et des clients OEMs qui  retardent des lancements, s'est largement rétablis avec 220 millions de commandes engrangées en octobre-décembre, soit le T1 de l'exercice en cours. Avec des clients allemands, attentistes depuis la cession de Karl Hess, qui reviennent à présent, et Stellantis aussi, après une longue bouderie séquelle des discussions vives sur les prix quand l'inflation des coûts sévissait.

Sans parler du fait que la société a trouvé un nouveau client, et est en négociations avec d'autres, ce qui semble logique, puisque elle maîtrise des procédés de production que ses concurrents n'ont pas encore, et semble faire preuve d'une réelle excellence industrielle.

Ce regain des commandes pourrait perdurer avec de nombreux de lancements prévus pour cette année : 21 nouveaux véhicules en tout dont 6 VE, avec une montée en puissance des productions sur tout l'exercice. Et si la direction, prudente, attend un chiffre d'affaires au mieux stable pour 2025-26, on peut s'attendre à de nouveaux des gains de marges avec plus de productivité et éventuellement de meilleures conditions de coûts, toujours un bon free cash-flow, et en conséquence encore et toujours du désendettement.

Seulement le début de la recovery ?

Comme semble le dire le marché (dans son infinie sagesse), le secteur ne va peut-être pas si mal que ça, et il pourrait même connaître des jours meilleurs si, par le plus grand des hasards, il sortait peu à peu du bas de cycle dans lequel il se vautre en Europe et en Amérique du Nord depuis plusieurs années déjà. Ce qui serait indéniablement bon pour PVL, qui non seulement n'a pas perdu de clients dans une passe difficile mais semble même en trouver de nouveaux. Et pourrait dans ce cas restaurer son bilan plus vite que prévu : l'excellence industrielle finit toujours par payer, et une vraie "recovery", avec une expansion des multiples de valorisation à la clé, semble loin d'être exclue.
Ce qui serait très moral, quelque part. En plus.

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1 commentaire

  • 10:07

    Les plastiques de Langres (haute marne) ont délaissé l'automobile pour investir dans les containaires et les poubelles plastiques.


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