bourse dollar us (Crédits: Adobe Stock)
Jean‑Paul Betbeze éclaire un paysage financier où Fed sous tension, géopolitique et stratégie économique s'entrecroisent. Entre baisses de taux espérées, coups de bluff présidentiels et risques de choc pétrolier, il montre comment les marchés avancent désormais dans une incertitude presque permanente.
Où va le billet vert ? Réponse facile : où Donald Trump souhaite qu'il aille, ce qui suppose qu'il le sache et soit à même de le piloter. En suivant ses discours et conférences de presse, ce qui n'est pas toujours facile, on comprend qu'il est surtout sensible au Dow Jones, actuellement à 46.500, après un minimum à 45.200 le 20 mars et 50.000 début février à la suite des inquiétudes, ou des terreurs avec la guerre au Moyen-Orient.
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Pour Donald Trump, la croissance est liée à la Bourse, donc à l'effet richesse. Il faut permettre aux entreprises des profits supérieurs, avec moins de normes et d'impôts. C'est maintenant que des taux d'intérêt plus faibles à court terme sont nécessaires, d'où ses demandes permanentes de baisse, ses critiques contre le Président de la Fed Jerome Powell qui le fait avec retard (too late Joe), mais qui a reçu le samedi 21 mars le prix Paul-Volcker pour «l'intégrité publique»… d'où, aussi, la nomination de Stephen Miran comme gouverneur, d'où ses attaques judiciaires contre Lisa Cook (pour des demandes d'emprunt problématiques), d'où sa nomination de Kevin Warsh pour lui succéder à la fin de son mandat en mai… s'il est confirmé par le Congrès. Mais cela ne va pas de soi dans ce maelström, compte tenu des soutiens de sénateurs.
Une politique de la Fed tout sauf claire
La politique monétaire de la Fed est tout sauf claire, au-delà du lien mécanique que trace Donald Trump entre taux en baisse, bourse en hausse et croissance forte, compte tenu des actions qu'il mène en tous sens. Arrêter l'immigration conduit en effet à un quasi-plein emploi aux États-Unis, avec un taux de chômage de 4,4%, ce qui peut mener à une inflation salariale.
Baisser les taux pour mettre l'accent sur un financement plus abondant des entreprises de l'IA par le crédit peut y alimenter une bulle. Mener une guerre contre un Iran qui bloque le détroit d'Ormuz peut alimenter un choc pétrolier et gazier mondial, sans oublier les messages-surprise que Donald Trump émet en permanence pour réduire leurs effets le lundi matin, juste avant l'ouverture des marchés, en parlant de pourparlers de paix féconds, qui pourraient ne pas exister. Les marchés financiers, avec ce Président, doivent s'habituer aux critiques extrêmes, aux hyperboles. Il faudra qu'ils se fassent aux bluffs, aux manipulations de cours et peut-être aux mensonges.
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Dans une telle situation, il faut se remémorer le papier de Stephen Miran datant de novembre 2024, avant la présidence officielle de Donald Trump : «A User's Guide to Restructuring the Global Trading System». «La source des déséquilibres économiques réside dans la surévaluation du dollar… est menée par la demande rigide d'actifs de réserve».
On aura compris que, pour lui, le dollar est structurellement surévalué parce qu'il est vu comme un parapluie, ce qui mine la compétitivité américaine, notamment son industrie. C'est bien pourquoi il propose des hausses de tarifs douaniers, un contrôle des taux de change pour dépister des cas de sous-évaluation ailleurs… et annonce une baisse mesurée du dollar, avec des baisses de taux. C'est ce qui s'est passé, avec un dollar qui passe de 1,02 $ pour 1€ en janvier 2025 à 1,17 $ pour 1€ en juin, valeur qu'il a gardée à peu près pendant un an.
Poker menteur
Ce qui advient ensuite, avec la guerre en Iran, n'est évidemment plus l'application de ce «plan Miran», mais plutôt une stratégie géopolitique avec la maîtrise d'une importante source pétrolière, l'Iran, après le Venezuela. On peut mettre aussi l'accent sur la guerre actuelle et les liens avec Israël, mais il ne faut surtout pas oublier la Chine qui permet de lier tout ce qui se passe entre l'Iran, le Venezuela, le Groenland, les stablecoins, la direction de la Fed… et le dollar.
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Dans ces conditions, la Fed ne bougera pas ses taux et tout sera fait pour maintenir le dollar, donc les achats de stablecoins en dollars, alias de bons du trésor, au moment où se creuse plus encore le déficit budgétaire américain. Hasard ? «Le dollar est la meilleure monnaie du monde», dira bientôt Donald Trump. Le détroit d'Ormuz est devenu la plus grande table de poker du monde. «Tapis !» dit Trump, «Tapis !» dit le responsable iranien (no name) : le poker menteur fait des progrès. Qui ment le mieux ? Les marchés attendent et attendront, sans trop bouger.
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