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Nucléaire iranien-Contexte de "crise" selon l'E3, les USA envisagent toutes les options
information fournie par Reuters 13/10/2021 à 19:20

(Actualisé tout du long avec émissaire spécial US, Quai d'Orsay, précisions)

par John Irish, Arshad Mohammed et Parisa Hafezi

PARIS, 13 octobre (Reuters) - La visite en Iran du coordonnateur de l'Union européenne pour les discussions destinées à raviver l'accord de 2015 sur le programme nucléaire iranien intervient à un moment critique, ont dit les diplomates de l'"E3", les trois pays européens (France, Allemagne, Grande-Bretagne) parties prenantes de l'accord.

Cette visite d'Enrique Mora, prévue jeudi, ne peut être considérée comme s'inscrivant dans les "affaires courantes" du fait de la situation nucléaire qui se dégrade, ont dit les diplomates de l'E3 dans une note.

L'émissaire spécial américain pour l'Iran a quant à lui prévenu que les Etats-Unis étaient prêts à envisager "toutes les options" si l'Iran était réticent à revenir dans le cadre du Plan d'action global commun (PAGC, ou JCPOA en anglais), semblant signaler une ligne plus dure de Washington à l'égard de Téhéran.

Rob Malley a indiqué que les Etats-Unis et Israël étaient unis par la volonté d'empêcher l'Iran de développer l'arme nucléaire, alors qu'une réunion trilatérale à haut niveau ministériel USA-Israël-Emirats arabes unis était organisée dans la journée à Washington.

"Nous serons prêts à nous ajuster à une réalité différente dans laquelle nous devrons étudier toutes les options pour répondre au programme nucléaire de l'Iran si celui-ci n'est pas disposé à respecter les contraintes" de l'accord de 2015, a-t-il dit par visioconférence devant un cercle de réflexion de Washington.

Engagées en avril dernier dans la capitale autrichienne Vienne, les discussions indirectes destinées à ramener l'Iran et les Etats-Unis dans le cadre du PAGC ont été ajournées en juin, dans la foulée de l'élection présidentielle iranienne ayant débouché sur l'arrivée au pouvoir d'Ebrahim Raïssi, partisan d'une ligne dure avec l'Occident.

Depuis que l'ancien président américain Donald Trump a retiré les Etats-Unis du PAGC en 2018, l'Iran s'est affranchi par étapes des termes de l'accord et, selon l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), a accéléré l'enrichissement de son uranium pour le rapprocher du grade militaire.

Joe Biden, entré en fonction à la Maison blanche en janvier dernier, a exprimé son intention de ramener les Etats-Unis dans l'accord de 2015. Cette position a été à nouveau soulignée mercredi par Rob Malley.

"LE TEMPS PRESSE"

Téhéran, qui assure ne pas vouloir se doter de l'arme atomique, a promis de reprendre sous peu les discussions de Vienne, sans donner toutefois de calendrier. Son objectif est d'obtenir la levée des sanctions américaines rétablies par l'administration Trump.

"La visite (d'Enrique Mora) intervient à un moment important, alors que les discussions de Vienne pour un retour complet au PAGC sont désormais suspendues par l'Iran depuis près de quatre mois", ont écrit les diplomates de l'E3.

"La situation sur le terrain du nucléaire se dégrade et continue de se dégrader depuis lors. Pour cette raison, nous ne considérons pas cette visite comme dans le cadre des 'affaires courantes', mais plutôt comme une visite cruciale dans un contexte de crise", ont-ils ajouté.

Au cours d'un point de presse quotidien, la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères a déclaré que les "déclarations et actions sur le terrain de la part de la nouvelle administration du président Ebrahim Raïssi soulèvent des doutes sur son intention de revenir au PAGC".

"En refusant de négocier, l'Iran créée de facto des situations sur le terrain qui compliquent davantage le retour au PAGC", a ajouté Anne-Claire Legendre.

Le secrétaire d'Etat américain a pour sa part déclaré mercredi que "le temps presse" pour le retour de l'Iran dans le cadre de l'accord de 2015 et que les Etats-Unis étaient disposés à se tourner vers d'"autres options" si Téhéran ne changeait pas sa position, décrite comme "non encourageante".

Antony Blinken a ajouté que les bénéfices initiaux de l'accord s'amenuisaient à mesure que le temps passait, alors que l'Iran a poursuivi ses avancées dans l'enrichissement d'uranium.

Les Etats-Unis continuent de croire que la diplomatie est le moyen le plus efficace de sortir de la crise mais n'ont pas vu de la part de l'Iran une volonté de dialoguer, a poursuivi le secrétaire d'Etat.

En visite à Washington pour la réunion trilatérale USA-Israël-Emirats arabes unis, le ministre israélien des Affaires étrangères, Yair Lapid, a déclaré que l'Etat hébreu se réservait le droit d'agir contre "la course de l'Iran à l'arme nucléaire".

(Reportage John Irish à Paris, Arshad Mohammed à Washington et Parisa Hafezi à Dubaï; version française Jean Terzian, édité par Bertrand Boucey)

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