* Le président iranien est de plus en plus isolé
* Les durs lui attribuent l'effondrement de l'économie
* Les Gardiens de la révolution étendent leur emprise
* Les Européens craignent qu'une étincelle provoque un
conflit
par Babak Dehghanpisheh
GENEVE, 14 mai (Reuters) - Les pressions croissantes
exercées par les Etats-Unis sur l'Iran ont affaibli le président
Hassan Rohani, considéré comme un pragmatique, et renforcé les
durs du régime iranien sur la scène intérieure comme extérieure,
un rapport de forces qui pourrait avoir de lourdes conséquences.
Lorsqu'il a succédé à Mahmoud Ahmadinejad en 2013, Hassan
Rohani, un membre établi de l'élite dirigeante, ne semblait pas
être le mieux placé pour bouleverser les relations entre Téhéran
et l'Occident.
Deux ans plus tard, pourtant, il signait l'Accord de Vienne
par lequel l'Iran acceptait de geler son programme nucléaire en
échange d'une levée progressive des sanctions internationales,
un revirement spectaculaire qui laissait espérer d'autres
inflexions politiques en Iran.
Les durs du régime, hostiles dès le début à toute concession
sur le nucléaire, se sont depuis efforcés de reprendre la main,
bien aidés en cela par sa dénonciation de l'accord par le
président américain Donald Trump l'an dernier.
Le frère d'Hassan Rohani, qui avait joué un rôle clé dans
les négociations, vient ainsi d'être jeté en prison pour de
vagues accusations de corruption, un ultra-conservateur a été
placé à la tête du système judiciaire et le gouvernement est
sous le feu des critiques pour sa réponse jugée trop timorée au
rétablissement des sanctions américaines.
Au niveau régional, la poussée de tensions autour du détroit
d'Ormuz a conduit la Grande-Bretagne et l'Allemagne, deux des
signataires de l'Accord de Vienne, à mettre en garde lundi
contre le risque d'un conflit armé entre l'Iran et les
Etats-Unis déclenché "par accident".
Pris entre le marteau américain et l'enclume des durs du
régime, Hassan Rohani a tenté samedi de relativiser la marge de
manoeuvre dont dispose le gouvernement civil élu face à la
légitimité religieuse du régime incarnée par le Guide suprême de
la révolution, l'ayatollah Ali Khamenei.
"Il faut se poser la question de l'autorité qu'exerce le
gouvernement dans les domaines où son action est contestée", a
dit le président en référence notamment à l'effondrement de
l'économie qui frappe durement les Iraniens.
La réponse est tombée lundi par la voix du chef du système
judiciaire et candidat malheureux du camp ultra-conservateur à
la présidentielle de 2017, Ibrahim Raisi, qui a décrété que le
gouvernement avait toute autorité en la matière - et que par
conséquence il portait la responsabilité de la détérioration de
la situation.
METTRE LA MAIN SUR L'ÉCONOMIE
L'annonce faite la semaine dernière par Hassan Rohani que
l'Iran ne respecterait désormais plus tous les engagements pris
lors de la signature de l'Accord de Vienne, comme le lui permet
le retrait américain, n'a pas calmé la vindicte des faucons, qui
ont jugé cette réponse trop timide et trop tardive
"Si le gouvernement de Mr Rohani avait répondu dès le début
par la réciprocité à la trahison des promesses de l'Amérique et
de l'Europe, (les Occidentaux) n'auraient jamais atteint ce
degré d'agressivité et d'arrogance", écrivait la semaine
dernière le journal conservateur Kayhan.
Pour les durs du régime, chaque occasion est bonne pour
pointer du doigt l'incurie présumée du gouvernement, y compris
les catastrophes naturelles comme les tremblements de terre ou
les inondations meurtrières qui ont frappé l'Iran début avril.
Dans une vidéo largement partagée sur les réseaux sociaux,
un général du corps des Gardiens de la révolution, le général
Mohammad Pakpour, stigmatisait le mois dernier la mauvaise
gestion de la crise et le "manque de courage" des responsables
du gouvernement, dont aucun n'avait osé selon lui se rendre dans
les régions inondées.
Récemment placés par les Etats-Unis sur la liste des
organisations terroristes, les Gardiens de la révolution
entendent mettre à profit les sanctions américaines pour
renforcer leur emprise sur l'économie du pays, après avoir déjà
accaparé ces dernières années une grande partie de ses revenus
pour financer leurs programmes d'armement et les conflits en
Syrie ou au Yémen.
"Notre objectif est d'occuper la place laissée vacante par
les sociétés étrangères", a déclaré un de leurs responsables,
Saïd Mohammad, cité par l'agence Isna après le retrait du groupe
français Total TOTF.PA du projet de South Pars, le plus grand
gisement de gaz naturel au monde.
Le ministre du Pétrole, Bijan Zanganeh, un proche de Hassan
Rohani, est particulièrement ciblé par les ultra-conservateurs
qui l'accusent d'avoir voulu "vendre le pays" pour attirer des
investissements étrangers.
(Avec Bozorgmehr Sharafedin à Londres
Tangi Salaün pour le service français, édité par Danielle
Rouquié)
Les pressions américaines renforcent les durs du régime iranien
information fournie par Reuters 14/05/2019 à 15:09
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