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L'interview de Virginie Robert : l'économie américaine a-t-elle résolu son surendettement ?

Boursorama02/11/2015 à 14:00

Virginie Robert, présidente de Constance Associés.

La croissance américaine s’est tassée au troisième trimestre, rappelant que l’économie américaine est toujours relativement fragile. Dans ce cadre, nous avons posé nos questions à Virginie Robert, présidente de Constance Associés et spécialiste du marché américain.

Depuis quelques semaines et même quelques mois, un certain nombre d’indicateurs économiques déçoivent aux Etats-Unis, notamment en ce qui concerne l’industrie. Que faut-il en penser ?

Virginie Robert : L’économie américaine montre des signes de ralentissements mais devrait rester robuste. Selon la dernière publication du Département du Commerce, le PIB n’a progressé que de 1.5% (en rythme annualisé et en première estimation) au cours du troisième trimestre et donc en baisse sensible par rapport au 3.9% enregistré au précédent trimestre.  Cependant, la diminution des stocks a contribué négativement (-1.4%) à ce coup de froid sur le PIB ; retraité de cette composante, la croissance de l’activité globale tangente les 3%, ce qui reste encourageant. Il est clair que le facteur « confiance » n’est pas totalement restauré auprès des entreprises et qu’il a été affecté au cours de l’été par les vents contraires qui ont soufflé : la fermeté du dollar, une croissance mondiale atone (en particulier les interrogations sur la croissance chinoise) et les investissements en baisse dans le secteur de l’énergie.

Certains qualifient cette croissance de « solide » et « encourageante », d’autres la considèrent « fragile » et « irrégulière ». Pourquoi une telle divergence dans les interprétations ?

V. R. : La croissance américaine est volatile et inégale donc la visibilité est moyenne. Volatile car les trimestres se succèdent mais ne se ressemblent pas : le premier de l’année a été aussi glacial que la météo, le second très prometteur et le troisième mitigé avec des croissances de PIB respectives de +0.6%, +3.9% et +1.5%.  Inégale car encore une fois, c’est la consommation des ménages américains (qui constitue 70% du PIB) qui a tiré la croissance avec une progression de 3.2% en rythme annualisé de juillet à septembre privilégiant les biens durables (l’immobilier et l’automobile en particulier) alors que l’activité manufacturière est restée décevante pour le moment, comme en a témoigné l’enquête ISM pour le mois de septembre établi à 50.2. Enfin, si le marché de l’emploi reste solide et si les salaires progressent timidement, l’inflation demeure faible. On peut ainsi qualifier la croissance d’irrégulière mais encourageante.

Du côté des marchés, les actions américaines se sont bien remises de leur été chahuté. Alors que les résultats trimestriels sont mitigés, les actions US sont-elles devenues « trop chères » ?

V. R. : Il est tentant de qualifier les marchés d’actions américaines de surévalués alors que l’on s’approche des plus hauts niveaux pour le Dow Jones et le S&P500 et alors même que les ratios d’évaluation traditionnels sont dans le haut de leur fourchette historiquement parlant. Chers dans l’absolue, il y a lieu d’être différenciant pour deux raisons :

Il y a ou il y a eu des excès de valorisation dans certains secteurs. Depuis le début de l’année, nous avons observé des rotations sectorielles importantes. Ainsi, à ce jour, le différentiel de performance depuis le début de l’année entre le secteur de la consommation discrétionnaire et le secteur de l’énergie dépasse les 26 % ; autre exemple, sur les mois d’août et septembre le secteur de la santé a perdu près de 14% contre un recul de 8.7% pour l’indice S&P500 pour des questions de surévaluation. Les disparités se sont intensifiées au cours des derniers trimestres alors même que la visibilité globale se détériorait, ce qui encourage à être plus sélectifs sur les marchés tant au niveau des secteurs que des entreprises.

Certaines valorisations peuvent être décorrélées de la valeur d’entreprise et ce sont bien les performances réelles des entreprises qui permettront la poursuite ou non de leur appréciation. Le consensus des analystes se situe à 6.7% de hausse des résultats pour le S&P500 hors énergie, ce qui est raisonnablement atteignable avec un consensus de chiffres d’affaires de 3.3%, ce dernier ayant été revu à la baisse avec l’impact de la hausse du dollar.

La trajectoire des indices boursiers tient aussi compte de la Fed, qui repousse régulièrement sa prochaine hausse de taux. Se pourrait-il que la Fed maintienne ses taux faibles à très long terme ?

V. R. : Il aura fallu attendre le dernier comité fin octobre pour avoir une communication plus claire de la Fed : elle envisage de remonter ses taux directeurs en décembre, reste confiante dans le dynamisme de l’économie américaine alors même qu’elle reconnait que les créations d’emploi ont ralenti, semble moins inquiétée par le contexte économique international et n’anticipe plus un taux d’inflation à 2% (sa cible) pour l’année en cours mais pour 2017. Même si la hausse des taux est probable, le calendrier reste conditionné par l’évolution du marché de l’emploi et de l’inflation. C’est une politique de prudence et toujours accommodante.

Pour certains, les faibles taux de la Fed sont à l’origine des actuels records d’encours de prêts étudiants et de prêts automobiles aux Etats-Unis, qui sont interprétés comme des signes de surendettement. Est-ce en partie comparable aux « subprimes » comme cela s’entend parfois ?

V. R. : En effet, d’après les statistiques du ministère de l’Education et de la Fed de New York, l’encours des « Student Loans » atteint les 1200 milliards de dollars, la faute en partie de la flambée du prix des études supérieures. Alors que cet encours a triplé en 10 ans et que les défauts se multiplient, les candidats aux primaires pour la présidentielle se sont emparés du sujet. A fin juillet, près de 7 millions d’Américains avaient cessé de rembourser leurs prêts étudiants fédéraux. A la différence des prêts immobiliers, c’est l’Etat fédéral qui garantit les prêts. Il faudra suivre les mesures décidées par l’Administration.

Enfin toujours au sein du crédit à la consommation, dans une économie culturellement « dopée » par le crédit, si les dettes de cartes de crédit et d’aménagement immobilier sont revenues à des niveaux plus raisonnables il conviendra de surveiller l’évolution des prêts automobiles en progression sensible, ce qui pourrait finir par peser sur le pouvoir d’achat des ménages puis sur l’industrie financière si la croissance économique n’est pas au rendez-vous.

Propos recueillis par Xavier Bargue

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