par Julie Rimbert
TOULOUSE, 2 décembre (Reuters) - Syndicats et responsables
politiques s'inquiètent d'une possible mainmise américaine sur
Latécoère LAEP.PA à la veille de la clôture d’une OPA amicale
du fonds d’investissement Searchlight Capital sur
l'équipementier aéronautique français.
Searchlight Capital Partners, qui a déjà acquis 26% du
capital de l’entreprise toulousaine en avril 2019, a lancé le 28
juin dernier une OPA au prix de 3,85 euros par titre, pour
racheter les 74% restants de la société qui emploie près de
1.500 personnes en France. L’offre valorise ainsi
l'équipementier français à 365 millions d'euros.
Le fonds américain avait précisé en juin apporter « tout son
soutien à l'équipe de direction et à la stratégie » de
Latécoère, spécialisée dans les aérostructures (fuselage,
portes), les systèmes d’interconnexion et le câblage.
Quid des innovations technologiques de l’équipementier qui
affiche 659 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2018?,
s'interrogent syndicats et responsables locaux.
"C’est invraisemblable que cet acteur industriel majeur pour
la filière aéronautique régionale soit dirigé par des fonds
étrangers qui pourraient mettre la main sur des technologies
importantes", estime Jean-Louis Chauzy, président du Conseil
économique, social, et environnemental régional d’Occitanie, qui
a écrit à ce sujet en septembre au Premier ministre.
"Je ne suis pas opposé aux fonds d’investissements
étrangers, mais pas quand ils peuvent capter des pépites
françaises", souligne-t-il, prenant comme référence l'ex-usine
de connecteurs électriques Molex où les Américains s’étaient
emparés de brevets dans le secteur automobile.
"Face aux Etats-Unis et à la Chine, il faut un peu de
patriotisme économique, ce n’est pas un gros mot", poursuit-il,
ajoutant qu’il compte saisir le comité stratégique de la filière
aéronautique.
"NOUS AVONS BESOIN DE STABILITÉ"
Fin novembre, ce sont 17 députés de la commission de la
Défense nationale et des Forces armées qui ont écrit au Premier
ministre.
"Cette opération soulève de nombreuses questions pour la
préservation du savoir-faire de la base industrielle et
technologique de Défense française, au moment même où l'on
défend le concept d'autonomie stratégique européenne face à
l'extraterritorialité du droit américain et la réglementation
ITAR", plaident-ils dans leur courrier.
Latécoère a développé une innovation technologique, le LiFi,
un équivalent du Wifi cent fois plus rapide, activé par la
lumière, qui devrait avoir des débouchés importants dans la
cybersécurité et le transfert de données d’ici à quelques
années.
"Le comité d'entreprise a été consulté en juillet et a
auditionné Searchlight qui n'est aucunement en mesure d'apporter
ce dont Latécoère a besoin", affirme Florent Coste, secrétaire
général de la CGT chez l’équipementier aéronautique, précisant
que le fonds d’investissement est enregistré aux îles Caiman.
Après la prise de contrôle des fonds d’investissement
anglo-saxons Apollo et Monarch dans Latécoère fin 2015 à avril
2019 à la faveur d'une restructuration financière du groupe,
très endetté, l’équipementier toulousain a subi un plan social
avec la suppression de 200 postes.
"Nous avons besoin de stabilité, mais ce n’est pas l’arrivée
de Searchlight qui va l’apporter, car nous craignons une
mainmise sur les brevets. L’Etat se dit intéressé par la
situation de Latécoère, mais il ne fait pas barrage à cette
opération", estime le syndicaliste.
Le gouvernement a autorisé l’OPA de Searchlight en imposant
au fonds américain de rétrocéder 10% du capital de Latécoère à
un investisseur agréé par l’Etat, le fonds tricolore Tikehau
Capital.
"Ce n’est pas suffisant puisque l’Etat reste minoritaire et
ne pourra pas vraiment peser dans les décisions", argue Florent
Coste, qui plaide pour un soutien de la Banque publique
d'investissement (BPI).
(Edité par Sophie Louet)
France-Inquiétudes autour d'une "mainmise" américaine sur Latécoère
information fournie par Reuters 02/12/2019 à 16:04
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