(Actualisé tout du long)
De lourdes explosions ont retenti mardi soir près du siège de la compagnie pétrolière Saudi Aramco, pilier de l'économie saoudienne, ont rapporté six sources, dans un contexte d'escalade des hostilités entre l'Arabie saoudite et les Houthis, lesquels ont dit répondre à une attaque de Ryad contre la capitale yéménite Sanaa, qu'ils contrôlent.
Aucun commentaire n'a été effectué dans l'immédiat par Saudi Aramco, principal groupe pétrolier au monde, détenu par l'Etat saoudien.
Une source informée de la question a déclaré à Reuters que le siège de l'entreprise à Dhahran, dans l'est du pays, a été atteint, sans préciser dans l'immédiat si le bâtiment a été frappé directement ou touché par des débris.
D'après une autre source, le siège d'Aramco était en feu. Ordre a été donné d'évacuer le bâtiment, ont dit quatre sources.
Les autorités saoudiennes ont annoncé que des fragments d'un missile intercepté et détruit au-dessus de Dhahran avaient atterri contre une zone résidentielle, sans davantage de détails. Elles ont par ailleurs émis dans la soirée des alertes concernant plusieurs villes du royaume, faisant état de drones et de missiles détruits dans le ciel de la capitale Ryad.
Ces explosions sont survenues après que les Houthis ont prévenu plus tôt dans la journée qu'ils répondraient à une attaque effectuée par l'Arabie saoudite contre un site situé en périphérie de Sanaa. Le mouvement armé aligné sur l'Iran contrôle la capitale du Yémen et de grandes parties du pays.
OFFENSIVES ET CONTRE-OFFENSIVES
La coalition militaire sous commandement saoudien, qui intervient au Yémen depuis 2015, a averti mardi matin les civils d'évacuer un site pétrolier à Sanaa et a confirmé ensuite avoir frappé ce site, qu'elle a décrit comme étant utilisé par les Houthis dans le cadre de leurs attaques au Yémen.
Entre-temps, la chaîne de télévision Al-Massirah, contrôlée par les Houthis, a déclaré que la coalition dirigée par Ryad a frappé la station centrale de Sabah, qui appartient à la Compagnie pétrolière yéménite (YPC).
YPC a déclaré qu'aucun produit pétrolier n'était alors stocké sur ce site et qu'il n'y avait aucun impact sur les réserves pétrolières ou les chaînes d'approvisionnement.
Les Houthis avaient prévenu d'une réponse "douloureuse" à tout bombardement contre Sanaa. Un porte-parole du mouvement armé chiite a indiqué que les cibles pourraient inclure le siège de Saudi Aramco et une raffinerie de pétrole à Ryad, appelant les employés du secteur à rester à l'écart des sites pétroliers.
Reprochant à l'Arabie saoudite de soutenir les forces gouvernementales yéménites, qui ont lancé ce mois-ci une "offensive d'envergure" afin de reprendre Sanaa et d'autres zones, les Houthis ont ciblé lors de la semaine écoulée des aéroports du royaume wahhabite. Une frappe samedi contre l'aéroport de la capitale saoudienne Ryad a tué 13 personnes, soit l'attaque la plus meurtrière en Arabie saoudite en dix ans.
Cinq mois après le début de la guerre déclenchée par les bombardements des Etats-Unis et d'Israël en Iran, les Houthis avaient annoncé en juillet dernier un blocus maritime de l'Arabie saoudite et ont entrepris de renforcer leur contrôle du détroit de Bab el-Mandeb, en mer Rouge, voie cruciale - comme le détroit d'Ormuz - pour les livraisons énergétiques mondiales.
Le mouvement chiite a effectué en septembre une avancée éclair le long du littoral du Yémen, prenant la ville de Mokha, dans le sud-ouest du pays.
ENTRETIENS DE "MBS" AVEC ERDOGAN ET TRUMP
Face aux progrès territoriaux des Houthis, la coalition militaire sous commandement saoudien est de nouveau venue en renfort du gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale. La trêve au Yémen instaurée en 2022, parfois fragile, a volé en éclats.
Ryad cherche également à obtenir l'aide supplémentaire d'alliés pour sa campagne militaire face aux Houthis et pour repousser les attaques du mouvement chiite contre le royaume.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré mardi au prince héritier saoudien Mohammed ben Salman, dit "MbS", qu'Ankara se tiendrait au côté de l'Arabie saoudite, ont rapporté ses services, sans donner de précisions sur un quelconque soutien spécifique.
Turquie, Arabie saoudite et Pakistan ont signé durant l'été un pacte de défense mutuelle. Le Parlement turc ne l'a cependant pas encore ratifié.
A Washington, Donald Trump a dit aux journalistes s'être entretenu dans la journée avec Mohammed ben Salman. Le président américain a reproché aux Houthis de se "comporter très mal". Il a ajouté qu'il pourrait demander à Recep Tayyip Erdogan d'intervenir pour protéger les intérêts de l'Arabie saoudite, dont les Etats-Unis sont un allié sécuritaire de longue date.
L'administration Trump refuse toutefois, pour l'heure, de répondre favorablement à la demande de Ryad d'intervenir directement contre les Houthis, dans ce qui constitue un front supplémentaire au conflit entre les Etats-Unis et l'Iran.
D'après le ministère iranien des Affaires étrangères, le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araqchi a proposé dimanche que Téhéran serve de médiateur entre Ryad et les Houthis. L'Iran et l'Arabie saoudite sont de longue date des ennemis régionaux.
(Timour Azhari et Menna Alaa El Din, avec Tala Ramadan et Yomna Ehab; version française Sophie Louet et Jean Terzian)

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