et si ce n'était pas la hausse des taux le plus important
Les marchés
Les marchés ont terminé la séance de mardi en mode « bon, il arrive Powell ? Qu’on puisse passer à autre chose ? ». Soyons honnêtes, on en a ras-le-bol de ces histoires de taux, de FED et tutti-quanti, on voudrait pouvoir passer à autre chose et recommencer à se concentrer un bon petit bull-market made in Intelligence Artificielle. Donc hier, tout le monde attendait la troisième baisse de taux consécutive, attendue à 87%, mais avec un parfum de gu°erre interne auFomc : les faucons veulent calmer l’inflation des services, les colombes craignent d’achever une économie déjà fragile, et Powell devra jouer la carte rare de la “baisse haw°kish”, histoire de contenter tout le monde en ne contentant personne.
Les taux montent — 10 ans à 4,19%, plus haut depuis novembre — preuve que le marché doute encore de la trajectoire monétaire. Un expert obligataire livrait ses impressions hier soir en disant que dès que le rendement du 10 ans passera les 4.25%, ça risque de faire du bruit dans les salles de trading, mais pour l’instant on regarde benoîtement le rendement monter. Les offres d’emploi tiennent, mais les embauches reculent : un marché du travail qui respire, mais de travers, c’est en tous les cas ce que disent les Jolts – à défaut d’autre chose on analyse des chiffres macro qu’on ne regarde pas vraiment d’habitude et on se prend au sérieux, tout en sachant que ça ne changera pas la décision de la FED. L’autorisation accordée à Nvidia d’exporter ses puces H200 en Chine a eu autant d’effet qu’une piqure de moustique sur un Tyran°nosaure ; tout le monde s’en fo ut et on attend de voir si Nvidia va vraiment réussir à vendre en Chine alors que le gouvernement met les pieds au mur. En conclusion, le S&P500 a perdu 0.09%, le Nasdaq grapillait quand même 0.13% parce que Warner Bros continuait d’attirer les regards et le Dow Jones s’est pris une petite claque relative de 0.38% parce que JP Morgan a annoncé que ses dépenses 2026 serait plus élevées que les attentes des experts (de 3.6%) et même si ces dépenses sont des « bonnes dépenses » selon le management et que tout va bien à l’intérieur de la banque – toujours selon le management, le titre s’est fait une petite cession de chute libre en plongeant de près de 5%.
L’attente aussi en Europe
En Europe, même ambiance chloro formée : Paris recule avant Powell, Zurich aussi, les valeurs se dispersent dans tous les sens — Air France -KLM se fait déf oncer par un de ses gros actionnaires qui préparerait sa sortie, Nexans s’effondrait sur une rumeur chypriote avant de se relever à moitié en expliquant de manière assez peu claire que tout allait bien et Essilor Luxottica tri nquait parce que Google a décidé de sortir des lunettes connectées qui rendent celles de Meta rin°gardes avant même qu’elles soient dans les rayons. Le CAC terminait en baisse de 0.69%. Et le SMI reculait de 0.39%. En Allemagne, le DAX était en hausse grâce au secteur pharma et à Rheinmetall, dopé par un plan d’achat militaire record — comme si l’industrie de la défense était redevenue le nouveau moteur de croissance européen. En résumé, beaucoup de petites histoires individuelles pour occuper le marché en attendant la FED de ce soir, sachant que tout le monde a bien compris que Powell a le droit de vie ou de mo rt sur le marché…
On ne va donc pas se le répéter encore un fois, la FED reste l’évènement de la journée, surtout à partir de 20h00 ce soir. En attendant cet instant mythique et décisif il n’y aura pas grand-chose d’autre à faire, si ce n’est faire des incantations pour que Powell ne nous dise pas de bétises et qu’il reste la colombe que l’on pense qu’il est. Cependant, alors que tout le monde a les yeux rivés sur son Bloomberg en attendant l’annonce du jour, il y a une autre annonce prévue ce soir, une annonce dont tout le monde se fo°ut, mais qui pourrait malgré tout redistribuer les cartes ; c’est la publication des chiffres trimestriels d’Oracle… Alors comme ce matin on n’a rien d’autre à dire et à faire qu’attendre les mots de Powell, je vais prendre 5 minutes pour vous compter l’histoire récente d’Oracle, tout en abordant les éventuelles conséquences que cela pourrait avoir sur notre bonne vie°ille IA qui dirige le monde et qui drive le PIB américain à coups de milliards.
Le canari au fond de la mine
Il y a des moments, dans le monde merveilleux de la finance, où tout se joue sur un détail, un oiseau jaune tout mignon qui s’éteint au fond d’une mine. Alors on hausse les épaules et on se dit que ça n’est qu’un oiseau, qu’il devait juste « être malade ou vieux ». C’est vrai après tout, à quoi on reconnait un vieux canari d’un jeune canari ? Bref, on ne s’inquiète pas vraiment des problèmes de respiration de ce petit canari, alors qu’en fait il se pourrait bien que ça soit le premier signe que la galerie principale est en train de se fissurer. Et cette semaine, ce soir à 22h00 et quelques minutes, le vieux canari en question s’appelle Oracle. Oracle, la société dont personne ne parlait jamais, sauf pour dire qu’elle avait raté tous les trains de la tech pendant quinze ans, et qui soudain se retrouve propulsée au rang de juge de paix de toute la révolution de l’intelligence artificielle, comme si son destin devait décider du nôtre, parce qu’apparemment, pour savoir si l’IA est un Eldorado ou un mirage financé à crédit, il suffit de regarder comment Oracle respire. Ou ne respire pas.