(Actualisé avec entretien Trump-émir du Qatar §3, recul du pétrole §9, cargo indien coulé §23)
par Tala Ramadan, Parisa Hafezi et Nandita Bose
Le Qatar a fait état mardi de progrès en vue d'un règlement diplomatique du conflit entre les États-Unis et l'Iran, les médiateurs, dont il est, s'employant à renouer le fil du dialogue entre les belligérants.
Le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed al-Ansari, a déclaré que les contacts entre Washington et Téhéran en étaient à des "étapes très avancées" et que les médiateurs - le Qatar, le Pakistan et Oman - coordonnaient étroitement leurs efforts respectifs.
L'émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad Al Thani, s'est entretenu mardi au téléphone avec Donald Trump et a discuté avec le président américain des "points de convergence" entre Washington et Téhéran, ont fait savoir ses services.
Un haut responsable sécuritaire pakistanais a affirmé que "beaucoup de choses" se passaient en coulisses.
"Nous sommes en pourparlers avec les deux parties. Notre seul objectif pour l’instant est d’amener les deux parties à accepter au moins d’entamer le dialogue", a-t-il ajouté.
Donald Trump avait pourtant assuré lundi que les pourparlers avec Téhéran avaient repris, évoquant une "dernière chance" pour l'Iran de parvenir à un accord.
"Elles (les négociations) sont en cours en ce moment même", avait dit le président américain à des journalistes dans le Bureau ovale, précisant que les discussions étaient à l'initiative de l’Iran, de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis et du Qatar.
Le régime iranien a démenti quelque échange avec les Etats-Unis. Téhéran affirme que ses seules discussions actuelles, avec Oman, concernent le détroit d'Ormuz, et qu’aucune réunion majeure n'est prévue cette semaine.
Les cours du pétrole ont chuté après les déclarations du Qatar de mardi, le Brent reculant plus de 5% et prolongeant ainsi les fortes baisses enregistrées lundi.
LES RISQUES POUR LE TRANSPORT MARITIME PERDURENT
Les perturbations dans le détroit d'Ormuz, par lequel transite en temps normal environ un cinquième des expéditions mondiales de pétrole et de gaz naturel liquéfié, persistaient mardi, l'Iran ayant suspendu la majeure partie du trafic tandis que Washington maintient un blocus des ports iraniens.
Un navire de commerce a signalé avoir été touché par un projectile non identifié près du détroit d’Ormuz, au large des côtes d’Oman, selon l’agence de sécurité maritime UKMTO.
Des sources maritimes ont indiqué mardi à Reuters que le navire était un vraquier. Son équipage a dû abandonner le navire et un marin est porté disparu.
L’Iran revendique le contrôle du détroit d'Ormuz, qu’il estime devoir partager avec Oman, situé sur la rive opposée. Téhéran a rejeté la semaine dernière une proposition omanaise qui aurait permis une surveillance conjointe du détroit et la perception de redevances auprès des navires.
Une source iranienne de haut rang a déclaré que l’Iran cherchait à obtenir le contrôle total du trafic entrant dans le détroit, ainsi qu’une visibilité sur le trafic sortant.
Accorder un tel contrôle à l’Iran constituerait un bouleversement majeur de l’équilibre régional des pouvoirs en faveur de Téhéran, et rendrait plus difficile pour l’administration américaine d’affirmer que sa guerre lancée aux côtés d’Israël le 28 février a affaibli l'Iran.
"Leur grand avantage est qu’ils peuvent nuire aux États de la région et à l’économie mondiale", observe Michael Knights, du Washington Institute.
RUBIO ET BESSENT OPTIMISTES
Le secrétaire américain au Trésor américain, Scott Bessent, a déclaré qu’un accord pourrait être conclu avec l’Iran sur la réouverture du détroit d’Ormuz d’ici mardi ou mercredi.
"Nous sommes en pourparlers avec les Iraniens, et je pense qu’il y a une chance que nous parvenions à un accord aujourd’hui ou demain pour ouvrir le détroit et évoluer vers une situation plus normalisée dans ce conflit", a-t-il dit mardi lors d’une interview accordée à CNBC.
Le secrétaire d'État américain, Marco Rubio, a fait écho à ces déclarations mardi, soulignant que des progrès avaient été réalisés dans les discussions avec l'Iran et Oman visant à permettre à davantage de navires de transiter par le détroit d'Ormuz.
Les Houthis yéménites, alliés de l’Iran, maintiennent par ailleurs leur blocus naval sur l’Arabie saoudite en mer Rouge, restreignant encore davantage les voies d’exportation de pétrole.
Le ministre indien de la Marine a annoncé mardi qu'un cargo indien avait coulé au large du Yémen après avoir été touché par un "projectile", ajoutant que les 14 membres d'équipage ont été secourus.
L’Iran a publiquement rejeté toute transaction avec Washington depuis l’échec, début juillet, d’un protocole d’accord que les deux parties avaient signé le mois précédent dans le but de mettre fin au conflit.
Donald Trump n’a pas encore atteint les objectifs de guerre qu’il s’était fixés : détruire le programme nucléaire iranien, réduire la capacité de Téhéran à attaquer ses rivaux régionaux, et créer les conditions permettant aux Iraniens de renverser leurs dirigeants religieux.
Parallèlement, des interrogations se multiplient quant à la viabilité de la campagne militaire américaine. L’armée américaine a épuisé une grande partie de son stock de missiles à longue portée de haute précision pendant la guerre, selon trois personnes ayant connaissance de ces données.
(Bureaux de Reuters ; rédigé par Lincoln Feast et Ros Russell ; version française Etienne Breban, édité par Sophie Louet)

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