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Russie : le rouble dans la tourmente

Boursorama17/12/2014 à 18:10

La chute du rouble s'est accélérée en début de semaine sans que la banque centrale russe ne parvienne à l'enrayer.

Rien ne va plus en Russie où la chute du rouble est en passe de provoquer un véritable chaos économique. La banque centrale a mis trop de temps à intervenir estime Ekaterina Molodova (BNP Paribas). Mercredi, la Bourse de Moscou se reprenait néanmoins fortement.

Retour aux années 1990... la Russie est à nouveau dans la tourmente ! La chute du rouble a entamé une nouvelle accélération depuis le début de la semaine. Rien ne semble devoir freiner la défiance des investisseurs pour la devise russe. La conséquence de l'effondrement des prix du pétrole qui constitue avec le gaz la principale richesse exportée par le pays et des sanctions économiques occidentales prises dans la foulée du conflit ukrainien qui isolent la Russie sur le plan international. La Banque centrale russe a bien essayé lundi de relever brutalement ses taux d'intérêt de 10,5% à 17% ! Cela n'a pas suffi à enrayer la panique alors qu'elle a déjà dépensé près de 10 milliards de dollars pour défendre la monnaie russe depuis le début du mois. Si la Russie disposerait encore de réserves conséquentes (300 milliard de dollars), le geste de la banque centrale traduit la fébrilité des autorités russes face à cette situation nouvelle. « La Banque centrale russe a eu raison d'intervenir mais elle a trop tardé à le faire » estime Ekaterina Molodova, économiste spécialiste de la Russie chez BNP Paribas.

Pour l'économie russe, cette dégringolade des prix du pétrole (le brent est passé en début de semaine sous les 60 dollars) est une catastrophe budgétaire et économique. « La récession ne fait que commencer. Le PIB ne devrait progresser que de 0,5% sur 2014 mais il est en retrait au quatrième trimestre et devrait reculer de 4% en 2015 » relève Ekaterina Molodova. Economie peu exportatrice, la Russie doit compter avec les fluctuations des prix du baril pour boucler ses fins de mois. Le pétrole et le gaz représentent plus de la moitié des ressources budgétaires de l'Etat. Or, Moscou a construit son budget 2014 en tablant sur un prix moyen du brent à 100 dollars. Si la Russie vend son pétrole en dollars, la chute du rouble compense néanmoins en partie celle du prix du pétrole.

En revanche, l'effondrement du rouble renchérit le prix des importations et participe à l'envolée de l'inflation qui culmine à plus de 10% depuis le début de l'année. Pour les ménages russes, le spectre de la crise d'août 1998 refait surface. Les affichages de prix en devises étrangères ont refait également leur apparition dans les rues de certaines villes. « A la différence de 1998 où l'Etat russe était en situation de faillite, nous ne sommes pas du tout dans ce cas-là aujourd'hui. La dette n'atteint que 13% du PIB, l'Etat russe ne va pas faire défaut dans les prochaines semaines ! » précise Ekaterina Molodova.

Chute de l'indice RTS

Sans parler de faillite de l'Etat, la Russie doit toutefois encaisser à nouveau la défiance des investisseurs internationaux et ne parvient toujours pas à enrayer la fuite des capitaux du pays. Quant à la Bourse de Moscou, elle a violemment acusé le coup en début de semaine... l'indice RTS a abandonné plus de 20% lundi et mardi. Il se reprenait cependant mercredi de près de 7% en milieu de journée mais la perte culmine à plus de 50% depuis le début de l'année.

La chute des prix du pétrole est-elle orchestrée directement depuis les Etats-Unis ou l'OPEP ? Les responsabilités sont partagées. Les spécialistes s'accordent pour considérer que l'arrivée du pétrole de schiste nord-américain a déstabilisé le marché de l'or noir. Mais ce n'est pas la seule raison. Avec le retour de l'Irak et de la Libye et une Arabie Saoudite lassée de jouer les régulateurs des flux mondiaux de pétrole, il y aurait environ 4 millions de barils/jour en trop sur les marchés. Pour la Russie, plus encore que les sanctions occidentales liées au conflit ukrainien, les conséquences de cette déstabilisation du marché du pétrole se payent au prix fort.

Julien Gautier

 


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