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Pour son sommet avec Trump, Xi est adossé à une machine commerciale à plein régime
information fournie par Reuters 21/09/2026 à 06:53
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par Joe Cash, Trevor Hunnicutt et David Brunnstrom

Depuis que Xi Jinping a reçu Donald Trump pour un sommet à Pékin en mai dernier, les exportations de la Chine ont continué de croître dans le monde, confortant ainsi la position de force du président chinois au moment de se rendre cette semaine à Washington, alors que son homologue américain fait face à des difficultés et une cote de popularité en recul aux Etats-Unis.

Cette situation rend peu probable l'hypothèse de progrès majeurs lors du nouveau sommet entre les deux dirigeants prévu jeudi à la Maison blanche, disent des analystes, qui soulignent que Xi Jinping n'a pas besoin de faire des concessions et que Donald Trump est confronté à une coûteuse guerre avec l'Iran qui pèse sur sa popularité et sur le pouvoir d'achat des Américains.

Bien que des sujets épineux - comme Taïwan - pourraient être évoqués, le principal intérêt de la rencontre entre les dirigeants des deux plus grandes puissances économiques mondiales est une possible extension de la trêve commerciale convenue l'an dernier.

"Xi n'est pas vraiment en quête de quelque chose de tangible", relève Jon Czin, expert en politique étrangère au centre de réflexion Brookings Institution, basé à Washington, et qui a par le passé été en charge de la Chine au Conseil américain de sécurité nationale. "Il veut prolonger le 'gentleman's agreement' avec Trump afin que la Chine ait du temps pour se fortifier".

Des représentants de la Maison blanche ont minimisé l'hypothèse d'une avancée majeure lors du sommet, en vue duquel le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, et le vice-Premier ministre chinois, He Lifeng, ont pris part dimanche à New York à des discussions à New York ayant notamment porté sur un possible accord sur des garde-fous à propos de l'IA.

"LE MONDE APPARTIENT À XI"

Tout cela contraste grandement avec la promesse effectuée par Donald Trump, à son retour au pouvoir en janvier 2025, d'utiliser les droits de douane pour effacer l'excédent commercial de la Chine responsable selon lui de "tuer" l'économie américaine.

Car, depuis la trêve commerciale décidée avec son homologue chinois en octobre dernier, le président américain s'est lancé dans une myriade de batailles en politique étrangère qui ont divisé son attention - guerres en Iran et en Ukraine, querelles avec l'Union européenne à propos de la liberté d'expression...

La Chine a aussi fait face ces derniers mois à des défis, comme le ralentissement de la demande intérieure et une crise prolongée de son secteur immobilier, mais sa "machine à exporter", que Donald Trump cherchait à enrayer, a continué d'avancer à plein régime. L'excédent commercial de la Chine devrait ainsi dépasser les 1.000 milliards de dollars pour une deuxième année consécutive.

Même si des mesures prises par Washington pour contrôler les flux de petits colis en provenance des géants chinois du commerce en ligne tels que Shein et Temu ont fonctionné, plus de la moitié des quelque 6.500 catégories de produits vendus par la Chine aux Etats-Unis a connu cette année une croissance par rapport à 2025.

L'administration Trump "pensait qu'elle pouvait utiliser des pressions unilatérales massives pour forcer la Chine à effectuer des concessions. Cela ne s'est pas produit", constate Scott Kennedy, expert sur les relations commerciales sino-américaines au Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS), think tank basé à Washington. "Désormais, le monde appartient à Xi Jinping, et nous ne faisons qu'y vivre".

"MONNAIE D'ÉCHANGE"

Que Xi Jinping soit aux commandes, comme le suggèrent les analystes, est à même de crisper davantage les alliés des Etats-Unis en Asie, qui anticipent que le président chinois demandera à Donald Trump de revoir à la baisse le soutien américain apporté à Taïwan, île démocratique que Pékin considère comme une province renégate et veut ramener dans son giron.

Le président américain a déclaré aux journalistes que son homologue chinois a insisté à plusieurs reprises sur la question de Taïwan lors de leur sommet en mai dernier, l'interrogeant notamment sur les ventes d'armes effectuées par Washington à Taipei et sur sa détermination à défendre l'île.

Une livraison d'armes sans précédent de 14 milliards de dollars, approuvée en décembre dernier par le Pentagone, n'a pas encore été formellement approuvée par Donald Trump, qui l'a décrit comme une "monnaie d'échange" avec Pékin.

Certains responsables à Taipei mais aussi à Tokyo s'inquiètent que le chef de la Maison blanche puisse décider de s'en servir à des fins politiques, à quelques semaines des élections de mi-mandat au Congrès américain ("midterms"), le 3 novembre, pour lesquelles son Parti républicain bataille en vue de conserver la majorité dans les deux chambres.

Donald Trump pourrait ainsi chercher à obtenir de la Chine qu'elle commande des avions à Boeing BA.N ou qu'elle se procure davantage de produits agricoles américains.

TAÏWAN, QUESTION CRUCIALE

"Les liens Chine-USA sont devenus plus transactionnels", note Wu Xinbo, professeur à l'université Fudan de Shanghaï et qui conseille le ministère chinois des Affaires étrangères.

Si Washington pourrait vouloir donner priorité aux négociations commerciales, ajoute-t-il, pour Pékin c'est l'approche américaine à l'égard de Taïwan qui pourrait être cruciale. "Répondez à nos préoccupations sur la question de Taïwan, et alors nous serons disposés à répondre à vos préoccupations sur d'autres questions", dit-il.

Donald Trump considère par ailleurs Xi Jinping dans une position sans pareille pour exercer une pression sur l'Iran afin de mettre fin à la guerre régionale, qui a fait plonger la cote de popularité du président américain à un creux inédit depuis le début de sa carrière politique.

Toutefois, le président chinois s'est jusqu'à présent montré peu enclin à intervenir auprès de Téhéran. D'autant que, comme l'a rapporté Reuters ce mois-ci, Pékin a vendu à l'Iran des milliards de dollars de marchandises via un mécanisme conçu pour détourner les sanctions visant le pays. Le ministre chinois des Affaires étrangères a dit ne pas avoir connaissance d'un tel système.

Les sanctions dites secondaires promises le mois dernier par Washington contre les pays commerçant avec Téhéran - une "offensive économique", dixit Scott Bessent - n'ont semble-t-il pas été utilisées jusqu'à présent contre la Chine, principal partenaire commercial de l'Iran.

Aux yeux des analystes, cela constitue une preuve supplémentaire que Donald Trump est désireux de préserver la stabilité dans ses relations avec Xi Jinping afin de se focaliser sur d'autres problèmes - une situation qui convient également au dirigeant chinois.

"Pour Trump, c'est l'Iran", détaille Ruby Osman, chercheuse en géopolitique au Tony Blair Institute for Global Change. "Pour Xi, c'est de bâtir la résilience intérieure de la Chine en vue de l'après-Trump".

(Joe Cash à Pékin, Trevor Hunnicutt et David Brunnstrom à Washington; version française Jean Terzian, édité par Augustin Turpin)

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