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Politique monétaire américaine : Kevin Warsh sera-t-il en rupture avec son prédécesseur Jerome Powell ?
information fournie par Le Cercle des économistes 23/02/2026 à 08:12

Patrick Artus
Patrick Artus

Patrick Artus

Natixis

Chef économiste

https://www.natixis.com/natixis/jcms/j_6/fr/accuei

Un pupitre de la FED (Crédits: Adobe Stock)

Un pupitre de la FED (Crédits: Adobe Stock)

La publication des minutes de la réunion du FOMC (l'instance qui décide de la politique monétaire à la Réserve fédérale américaine) des 27 et 28 janvier 2026 a montré que la FED était encore inquiète au sujet des perspectives d'inflation, ce qui a conduit à un vote clair (10 voix pour le maintien du taux des Fed Funds à la fourchette 3,50 - 3,75 % contre 2 voix pour une baisse d'un quart de point du taux directeur) en faveur du maintien d'une politique monétaire assez restrictive. Les prévisions des marchés financiers montrent l'anticipation d'une baisse modeste (42 points de base) du taux des Fed Funds d'ici la fin de l'année. On voit que la perception du risque d'une inflation demeurant supérieure à l'objectif (2 %) domine les réflexions de la Réserve fédérale aujourd'hui.

Pourtant, le Président nommé de la Réserve fédérale, Kevin Warsh, a développé une thèse très différente. Pour lui, l'utilisation croissante de l'Intelligence artificielle va conduire à des gains de productivité élevés et à une inflation faible. Effectivement, les gains de productivité sont devenus très élevés aux Etats-Unis. Depuis le second trimestre 2025, la croissance du PIB en volume dépasse 3 %, et la progression de l'emploi n'est que de 0,2 % en rythme annuel. Il est frappant d'observer que l'emploi recule dans tous les secteurs d'activité où l'on sait que l'Intelligence Artificielle peut être assez facilement substituée à l'emploi : industrie manufacturière, commerce, transports et logistique, information, services financiers. Les gains de productivité globaux sont donc proches de 3 % en rythme annuel aux Etats-Unis, probablement en raison du développement de l'usage de l'IA.

Les salaires progressent de 3,7 % sur un an en janvier 2026, le coût salarial unitaire (les salaires corrigés des gains de productivité) croît légèrement, ce qui est compatible avec une poursuite du recul de l'inflation. Effectivement, l'inflation sous-jacente (hors énergie et alimentation) a baissé de 3,3 % en janvier 2025 à 2,5 % en janvier 2026. La thèse défendue par K. Warsh est donc que l'utilisation accrue de l'IA va conduire à la poursuite du recul de l'inflation, ce qui va permettre une baisse des taux d'intérêt directeurs de la Réserve fédérale nettement plus forte que ce qui est aujourd'hui anticipé.

Il est intéressant de remarquer que si la Réserve fédérale baisse ses taux d'intérêt pour accompagner la désinflation due à l'usage croissant de l'IA, elle ne compromettra pas sa crédibilité. Il serait très différent que la Réserve fédérale baisse ses taux d'intérêt en raison de la pression mise par Donald Trump, qui a déclaré que la Réserve fédérale devrait baisser ses taux d'intérêt à 0 ou 1 %. Mais ce n'est pas ce que suggère Kevin Warsh.

Une autre différence entre la stratégie menée aujourd'hui par la Réserve fédérale et les souhaits de Kevin Warsh concerne la gestion de la taille du bilan de la Réserve fédérale. La FED a beaucoup utilisé le Quantitative Easing (l'achat de titres en contrepartie de la création monétaire), d'abord de 2008 à 2014, puis en 2020 et 2021. Depuis le début de 2022 elle a réduit (de 1200 milliards de dollars) la taille de son bilan, mais à partir de décembre 2025 elle a recommencé à acheter de obligations du Trésor. Kevin Warsh a passé le message qu'il était opposé à l'utilisation du bilan de la Réserve fédérale pour modifier l'orientation de la politique monétaire et qu'il désirait réduire fortement la taille du bilan de la Banque centrale (continuer le Quantitative Tightening).

Au total, la politique monétaire préconisée par Kevin Warsh serait très différente de celle menée aujourd'hui par Jerome Powell : baisse notable des taux d'intérêt à court terme, baisse importante de la taille du bilan de la Réserve fédérale. Ce changement de politique, s'il est mis en place, conduira à une pentification de la courbe des taux aux Etats-Unis, avec des effets ambigus sur le taux de change du dollar (la baisse des taux d'intérêt à court terme va dans le sens d'une dépréciation du dollar, la réduction de la taille du bilan de la Réserve fédérale va dans le sens d'une appréciation) et sur les indices boursiers américains (une baisse des taux d'intérêt à court terme soutient les indices, la réduction de la liquidité disponible les affaiblit).

Patrick Artus
Membre du Cercle des économistes
Conseiller économique d'Ossiam

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