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Pluie, coûts élevés et prix bas, triple peine pour les céréaliers français
information fournie par Reuters 13/08/2024 à 07:14

Un agriculteur français récolte son champ de blé à Escalles

Un agriculteur français récolte son champ de blé à Escalles

par Sybille de La Hamaide

Comme pour de nombreux agriculteurs français, la récolte de blé de Jean Lefèvre a été l'une des pires de ces dernières décennies, la pluie n'ayant pratiquement pas cessé depuis le début des semis en octobre dernier, jusqu'à la récolte qui a débuté le mois dernier.

La France, premier producteur de céréales de l'Union européenne (UE), a connu un temps particulièrement humide l'année dernière, avec notamment un mois de pluie ininterrompue en octobre-novembre, le printemps le plus humide jamais enregistré et de violents orages en juillet.

Le temps pluvieux et des champs parfois inondés ont retardé les semis et nui aux cultures, à tel point que le ministère de l'Agriculture estime que la récolte de blé sera la plus mauvaise depuis les années 1980, avec une baisse de 25% par rapport à l'année dernière. D'autres céréales, comme l'orge d'hiver, ont également été durement touchées.

"Depuis octobre, nous avons les pieds dans l'eau. Nous avons semé dans des conditions très compliquées, et là nous récoltons sur des sols trempés. J'ai des voisins qui sont restés coincés avec leurs moissonneuses ou avec leurs bennes", raconte Jean Lefèvre, 43 ans, qui exploite une ferme dans l'Oise, dans le nord de la France.

Le blé est la céréale la plus cultivée en France. Près de la moitié de la production est exportée dans ou hors de l'UE, contribuant ainsi à la balance commerciale du pays, même si l'Hexagone a dû faire face ces dernières années à une forte concurrence de la part des pays bordant la mer Noire.

En tant qu'acteur du marché mondial, la France est toutefois exposée aux fluctuations des prix mondiaux. Alors que les agriculteurs auraient pu espérer voir les prix locaux augmenter en raison de l'insuffisance de l'offre, ils sont restés sous la pression de bonnes récoltes dans les autres grands pays producteurs de céréales, tels que la Russie.

TRIPLE PEINE

C'est la triple peine pour les agriculteurs confrontés à la hausse des coûts de production depuis la pandémie de COVID-19 - dans les équipements, les engrais et la location de terres -, la faiblesse des volumes de récolte et les prix sous pression.

"C'est tout à la fois : des récoltes catastrophiques, des prix bas et des coûts qui n'ont jamais été aussi élevés", souligne Laurent Pollet, qui cultive 200 hectares dans l'Oise.

Le fait que cette crise survienne alors que la France est dirigée par un gouvernement démissionnaire depuis les élections législatives anticipées convoquées par Emmanuel Macron frustre d'autant plus les agriculteurs.

"Quand les récoltes et les prix sont mauvais, les résultats sont catastrophiques. Certaines personnes ont besoin d'aide psychologique et la plupart d'entre nous auront besoin d'un soutien économique, pour sortir la tête haute", explique Jean Lefèvre.

"Mais sans gouvernement, c'est très compliqué. Nous parlions déjà à un mur, là nous parlons dans le vent."

Le ministère de l'Agriculture a déclaré lundi que le dispositif de gestion des risques climatiques avait été immédiatement activé.

"Des tours de plaine ont été réalisés par les directions départementales des territoires, étape indispensable pour déclencher l'indemnité de solidarité nationale (ISN), qui doit permettre d'accompagner tous les agriculteurs, y compris ceux qui ne sont pas assurés", a-t-il précisé dans un communiqué.

Jean Lefèvre s'est joint aux milliers d'agriculteurs qui ont manifesté au début de l'année et bloqué les principales autoroutes autour de Paris, pour protester contre une réglementation jugée excessive en matière de protection de l'environnement et des revenus trop bas.

Les producteurs de blé jugent cependant peu probable que la crise céréalière déclenche de nouvelles manifestations, principalement parce qu'ils n'en ont pas le temps.

"On est en pleine récolte, les semis de colza commencent dans 10 jours, ensuite on passe aux semis de blé, on a la récolte des betteraves à partir de mi-septembre, on est dans un tunnel jusqu'au 15 novembre. Donc retourner dans la rue n'est pas un objectif", a déclaré Emeric Duchesne, un autre céréalier de l'Oise.

(Reportage de Sybille de La Hamaide ; version française Kate Entringer et Zhifan Liu, édité par Tangi Salaün)

19 commentaires

  • 13 août 10:30

    En septembre, le producteur laitier se lève tôt, comme chaque jour, pour traire ses vaches....les céréaliers sont aux Séchelles....


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