* Fin de la visite de trois jours de "MBS" à Paris
* Douze protocoles d'accords signés
* Opération séduction du prince, concurrence américaine
PARIS, 10 avril (Reuters) - Emmanuel Macron et le prince
héritier d'Arabie saoudite Mohamed ben Salman ont conclu mardi
un nouveau "partenariat stratégique" entre leurs deux pays,
principalement axé sur la culture et le tourisme, renvoyant à la
fin de l'année de potentielles annonces de contrats économiques.
La marge de manoeuvre commerciale de la France est étroite
depuis l'élection aux Etats-Unis de Donald Trump, qui a opéré un
rapprochement avec le nouvel homme fort du royaume
ultraconservateur après une présidence Obama marquée par un
désengagement mal vécu par Ryad.
Mohamed ben Salman, qui a passé trois semaines
outre-Atlantique où il a été reçu à la Maison blanche avant
d'enchaîner les rencontres avec les grandes entreprises de la
Silicon Valley et les milieux financiers, n'a pas caché sa
volonté de faire à nouveau de Washington le partenaire
privilégié de son pays.
Face à cette nouvelle donne, Emmanuel Macron a défendu, à
l'issue d'un entretien en tête-à-tête avec "MBS" à l'Elysée, une
"troisième voie" dans les relations entre Ryad et Paris, qui est
à l'heure actuelle le huitième fournisseur de Ryad, loin
derrière la Chine, les Etats-Unis ou le Japon.
"La dernière décennie, il faut bien le dire, a mis un peu
entre parenthèses cette relation bilatérale que ce soit pour
privilégier d'autres partenaires dans la région ou en tentant de
la réinventer en faisant de l'Arabie saoudite exclusivement un
client à gros contrats", a-t-il déclaré.
"Il y a une troisième voie qui est d'avoir une stratégie
commune, de partager des accords et des désaccords, c'est la
méthode que nous avons décidé d'adopter", a-t-il souligné.
A ses côtés, "MBS", qui a engagé un vaste programme de
réforme visant notamment à diversifier une économie saoudienne
trop dépendante du pétrole dans un contexte de baisse des cours
de l'or noir, a évoqué un "partenariat très important".
"Les intérêts saoudiens et français sont nombreux en
matières politique, de défense, de renseignement, économique,
culturel", a-t-il souligné. "La concertation politique et
l’action politique entre nos deux pays sont très importants, de
part notre position au Moyen-Orient, dans le monde musulman et
dans le monde arabe, et de part la position de la France en
Europe".
PROJETS D'INVESTISSEMENTS
Au total, douze protocoles d'accords ont été conclus à
l'issue de la visite de trois jours du prince héritier en
France. Les deux pays ont officialisé un projet de coopération
sur le développement et la mise en valeur de la région
saoudienne d'Al Ula, qui avait été annoncé la semaine dernière
.
En matière économique, l'Elysée avait prévenu dès lundi
qu'Emmanuel Macron se rendrait en fin d'année en Arabie saoudite
pour signer des contrats qui auront été définis dans le cadre
d'un "document stratégique".
Lors de la conférence de presse mardi, le chef de l'Etat a
évoqué de futurs investissements saoudiens en France et
franco-saoudiens, dans les médias, les télécoms, les loisirs ou
le luxe.
Selon Al Arabiya TV, les deux pays ont signé 20 accords
économiques d'une valeur de plus de 18 milliards de dollars
(14,6 milliards d'euros) à l'occasion de la visite à Paris du
prince héritier. La chaîne de télévision n'a pas précisé s'il
s'agissait de contrats fermes ou de lettres d'intention.
La compagnie nationale pétrolière Saudi Aramco a de son côté
annoncé mardi des accords avec Total TOTF.PA , TechnipFMC
FTI.N FTI.PA et Suez SEVI.PA . .
Cinq mois après leur première rencontre éclair à Ryad, qui
avait donné lieu à un échange tendu sur l'Iran, grand rival de
l'Arabie saoudite dans la région, les deux dirigeants ont
réaffirmé leur position divergente à l'égard de Téhéran, tout en
tentant - côté français - d'atténuer les désaccords.
"Même si sur le sujet (de l'accord sur le programme
nucléaire iranien dénoncé par Ryad et que Paris tente de
sauver-NDLR) nous ne partageons pas la même vue, nous avons la
même finalité", a souligné Emmanuel Macron, citant la volonté
commune "de réduire tous les projets d'islam politique
expansionniste" à même de déstabiliser encore davantage la
région.
"La France pense qu'il est important de préserver le cadre
de l'accord (...) mais il doit être complété par un travail
accru en matière de limitation d'activité balistique et
d'expansionnisme régional de l'Iran", a-t-il dit.
Les deux dirigeants ont en revanche souligné être sur la
"même longueur d'onde" en matière de lutte contre le terrorisme
en Afrique, où la France est militairement présente en appui de
la force régionale du G5 Sahel auquel l'Arabie saoudite apporte
son soutien financier.
(Marine Pennetier et Jean-Baptiste Vey, édité Simon Carraud)
Paris et Ryad concluent un nouveau "partenariat stratégique"
information fournie par Reuters 10/04/2018 à 21:45
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