Un trader vu de dos (Crédits: Adobe Stock)
Le 10 juillet 2026
L'été s'annonce caniculaire. La lourdeur que nous ressentons tous ne se limite pas aux seuls excès du thermomètre. Elle est également présente sur les marchés financiers pris dans les filets d'éléments totalement incontrôlables, avec des revirements permanents sur le front diplomatique entre l'Iran et le Etats-Unis, la crainte d'un ralentissement général de l'économie mondiale et de sérieuses questions sur les niveaux de valorisation atteints par les valeurs de l'IA. Lorsque tout vous échappe et que les pauvres mortels que nous sommes n'ont aucune prise sur les événements, il ne sert à rien de se battre contre les moulins à vent. Les Stoïciens l'ont compris avant nous.
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Zénon de Citium, né plus de 300 ans av. J.C., et Épictète ont été soumis à tant de malheurs, que leur souffrance est à la base d'une pensée dont la sagesse nous éclaire encore de nos jours. Sénèque et Marc Aurel n'ont pas connu les affres de la misère, mais ils ont été confrontés à des situations tout aussi périlleuses qui nécessitaient, là aussi, de prendre du recul par rapport aux éléments les plus adverses.
Si nos quatre antiques penseurs étaient, aujourd'hui, en charge la gestion d'un portefeuille boursier qu'auraient-ils fait dans le contexte actuel ? En tout immodestie, je pense qu'ils auraient mené la même stratégie que la nôtre : limiter les arbitrages inutiles, conserver un bon volant de liquidités et préparer la suite en continuant de suivre les performances de nos entreprises pour être en position de revenir à une stratégie plus offensive, une fois la visibilité retrouvée.
Les décisions les plus difficiles, nous les avons prises début juin en ayant pris de larges bénéfices sur à peu près tous nos portefeuilles, alors que les marchés étaient proches de leurs plus hauts niveaux et que les espoirs de paix au Moyen-Orient faisaient consensus. Nos portefeuilles n'ont certes pas été épargnés par le brusque retour de volatilité que nous connaissons aujourd'hui, mais nous conservons toujours une belle avance sur le CAC 40, avec des performances toutes supérieures à celles de l'indice de référence de la Bourse de Paris (cf nos graphiques de performance depuis le début de l'année).
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Puisqu'il est totalement vain de chercher à anticiper les décisions de Donald Trump, et encore moins celles des mollahs, ou de chercher comme le font les experts du FMI à prévoir l'évolution de la croissance mondiale dans les mois et les années à venir, le seul sujet sur lequel est encore possible de réfléchir à peu près rationnellement concerne l'attitude qu'il convient d'adopter vis-à-vis des valeurs de l'IA. A la question, il y a-t-il des excès de valorisation dans le secteur de la « tech » américaine, la réponse est évidemment affirmative. Avec plus du tiers de la totalité des investissements réalisés aux Etats-Unis en lien avec cette technologie, dont 650 milliards de la part des seuls géants de la tech, il ne fait aucun doute que la demande de semi-conducteurs destinés à alimenter les capacités de calcul et de stockage des données a littéralement explosé, d'où les sommets atteints sur les actions des fabricants de puces américains et sud-coréens. Dans de telles conditions, les excès sont incontournables, mais la puissance des perspectives d'innovation liées à l'IA et les énormes masses de capitaux que draine cette technologie, en font un vecteur de performance incontournable pour tout investisseur boursier.
Quelle stratégie pour nos portefeuilles ? En dépit des larges bénéfices pris début juin sur les valeurs technologiques européennes dans nos portefeuilles PEA, notre politique d'investissement reste résolument orientée vers la recherche de valeurs concernées de près ou de loin par l'IA. Au-delà de l'industrie des composants, l'écosystème de l'intelligence artificielle recouvre des activités très diverses, comme la production d'énergie, la construction d'infrastructures dans le domaine du web et des datacenters, la production de contenus via le développement des applications les plus diverses, la publicité, le conseil en informatique et organisation.
Également concernés, des secteurs a priori plus éloignés, comme la pharmacie, les équipements médicaux, l'industrie des transports (automobile, trains et avionique), la connectique ou la gestion des déchets. Les industries chimiques se révèlent être, elles aussi, des acteurs majeurs de la filière en intervenant autant dans le processus de fabrication des composants, que dans les systèmes de refroidissement des supercalculateurs. Notre récente acquisition de 100 actions Air Liquide dans le portefeuille Défensif répond, en partie, à cette logique. Les valeurs du secteur de la Défense sont depuis quelques semaines sous pression en raison de la timidité des efforts de réarmement en Europe. Les engagements pris cette semaine en Turquie lors du sommet de l'OTAN ont largement déçu les investisseurs, mais le potentiel de croissance du secteur, notamment porté par d'importantes innovations liées à l'émergence de l'IA le monde des armées, nous paraît prometteur. Nous maintenons ainsi l'ensemble de nos actions Thales qui sont, à ce jour, notre seul position prise dans le secteur de la Défense. Une poursuite de la correction qui frappe l'ensemble du secteur en Europe pourrait constituer une opportunité d'achat autour d'autres valeurs du secteur.
Nous avons procédé enfin de semaine à un arbitrage dans notre sélection d'ETF Monde, consistant à liquider la totalité de notre ligne Amundi Chine (MSCI China) PEA sur une perte de 7% en moyenne, pour la remplacer par l'ETF Amundi Emergent PEA (MSCI Emerging) offrant de meilleures perspectives. Cette opération se justifie par la multiplication des signes d'essoufflement de l'économie chinoise qui pèse sur la Bourse de Shanghai. Une large majorité d'experts estime que la Chine ne parviendra pas à atteindre son objectif de croissance de 5% du PIB cette année. Les attentes se situent désormais plus vers une hausse de l'ordre de 4,5%, voire légèrement moins. L'Empire du Milieu est à la fois pénalisé par le coup de frein donné aux échanges commerciaux mondiaux depuis le début de la guerre en Iran. En dépit des efforts de relance mis en place depuis plusieurs mois, le pays est par ailleurs toujours confronté à la faiblesse de la consommation interne qui bride la croissance.
Notre décision de porter notre choix sur le tracker Amundi Émergent PEA se justifie par la composition de cet indice très orienté vers les valeurs technologiques asiatiques cotées à Taïwan, Singapour, en Corée du Sud, à Shanghai et en Inde. Tous les acteurs asiatiques de filière de l'IA, notamment les fabricants de semi-conducteurs bénéficient d'une forte montée en gamme de leurs produits et d'une demande internationale qui ne se tarit pas. Après la forte correction intervenue ces dernières semaines sur la « tech » sud-coréenne qui avait atteint des niveaux de valorisation devenus déraisonnables, il nous semble qu'il est aujourd'hui possible de rentrer sur ce marché dans de bien meilleures conditions.
Bonne lecture et bon week-end à tous,
Roland Laskine
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