par Benjamin Mallet, Jean-Baptiste Vey et Simon Carraud
PARIS, 27 novembre (Reuters) - Emmanuel Macron a annoncé
mardi que la France n'envisageait pas de fermer d'autres
réacteurs nucléaires que ceux de Fessenheim avant 2025, voire
2027, et demande à EDF EDF.PA de revoir son modèle pour
garantir le financement de ses activités, ce qui pourrait
entraîner une montée de l'Etat au capital du groupe.
Le chef de l'Etat a ainsi officiellement reporté de dix ans
la réduction d'environ 75% à 50% de la part de l'atome dans la
production d'électricité du pays, désormais prévue pour 2035.
Pour atteindre cet objectif, 14 des 58 réacteurs du parc
actuel seront arrêtés d'ici à cette date dont les deux unités de
Fessenheim (Haut-Rhin) à l'été 2020, a précisé le président de
la République lors de la présentation de la programmation
pluriannuelle de l'énergie (PPE) de la France pour les dix ans à
venir.
Deux réacteurs seront arrêtés en 2027-2028 mais deux
pourraient également l'être dès 2025-2026 si les voisins
européens de la France accélèrent leur transition énergétique,
pour un total de quatre à six unités fermées avant 2030.
"Je ne veux pas que nous soyons dans une situation où, parce
que nous irions plus vite sur le nucléaire, nous soyons amenés à
fermer plus lentement les centrales à charbon (...) ou à devoir
augmenter massivement pour les années à venir le coût de
l'électricité", a expliqué Emmanuel Macron dans un discours.
"Cessons de dire qu'il faut renforcer la fermeture rapide de
réacteurs nucléaires pour que les énergies renouvelables
trouvent leur place (...). Le nucléaire nous permet aujourd'hui
de bénéficier d'une énergie décarbonée et à bas coût", a ajouté
le chef de l'Etat.
Les arrêts de réacteurs devraient concerner les plus
anciennes centrales - Tricastin (Drôme), Bugey (Ain), Gravelines
(Nord), Dampierre (Loiret), Blayais (Gironde), Cruas (Ardèche),
Chinon (Indre-et-Loire) Saint-Laurent (Loir-et-Cher) -, dont EDF
devra préciser la liste d'ici la fin des consultations sur la
PPE, selon des éléments des éléments transmis à Reuters par la
présidence.
"AUCUNE FERMETURE COMPLÈTE DES SITES"
"Je fixe d'emblée à EDF une règle : aucune fermeture
complète des sites. Réduire la part du nucléaire, ce n'est pas
pour autant renoncer au nucléaire", a précisé Emmanuel Macron,
soulignant également la nécessité de limiter les conséquences
sociales et économiques de ces décisions pour les territoires.
Toujours selon les éléments transmis à Reuters par l'Elysée,
le président demande par ailleurs au groupe de proposer les
évolutions de sa structure qui permettent de "faire face aux
défis auxquels l'entreprise est confrontée dans le nucléaire,
les énergies renouvelables, les services énergétiques et les
réseaux".
Ces propositions "devront impérativement préserver
l'intégrité du groupe et permettre de dédier les moyens et
financements adéquats pour chaque activité".
Alors qu'EDF, dont l'Etat français détient 83,7% du capital,
devra remettre ses propositions dans le cadre d'un plan
stratégique élaboré à la suite de la PPE, l'Etat "ouvrira de son
côté une réflexion sur le renforcement de sa participation au
capital de l'entreprise en lien avec les enjeux et risques
particuliers de l'activité nucléaire".
Selon une source au fait du dossier, une option consisterait
à réguler les prix du nucléaire et à nationaliser le parc de
centrales d'EDF pour le mettre à l'abri des soubresauts du
marché et de la concurrence, en créant en parallèle une entité
regroupant les actifs de production renouvelables, les réseaux
et les services énergétiques.
Une nationalisation du parc nucléaire impliquerait cependant
que les autorités de la concurrence européennes donnent leur
aval à une nouvelle régulation des prix de vente d'EDF,
aujourd'hui plafonnés par le mécanisme de l'Arenh (Accès régulé
au nucléaire historique), dont l'électricien public souligne
régulièrement l'impact négatif sur ses résultats.
"Nous allons engager un travail sur une nouvelle régulation
du parc nucléaire existant, car le dispositif actuel qui permet
aux Français d'avoir les prix de l'électricité parmi les plus
bas d'Europe s'arrête en 2025", a déclaré Emmanuel Macron à ce
sujet.
DÉCISION SUR D'ÉVENTUELS NOUVEAUX EPR PRÉVUE POUR 2021
L'enjeu pour l'Etat français sera notamment de convaincre
Bruxelles que l'électricité nucléaire est un bien essentiel et
que la restructuration d'EDF ne revient pas à subventionner ses
autres activités.
Les décisions annoncées mardi au sujet du parc nucléaire
sont plutôt favorables au groupe, même s'il souhaitait pour sa
part attendre 2029 pour commencer à fermer d'autres réacteurs
que celle de Fessenheim, ce qui laisse présager une
indemnisation pour les arrêts d'unités anticipés.
EDF défend en effet la prolongation de la durée de vie des
réacteurs français de 40 à 50 ans (voire 60 ans) - une opération
qu'il a d'ailleurs déjà enregistrée en 2016 sur le plan
comptable pour une partie de son parc - ainsi que la
construction de nouveaux réacteurs de type EPR en plus de celui
de Flamanville (Manche).
"Nous ne prenons aujourd'hui aucune décision quant à la
construction de nouveaux réacteurs parce que nous n'avons pas de
besoin immédiat et parce que nous n'avons pas le recul
nécessaire", a dit Emmanuel Macron.
Le président demande cependant au groupe de "travailler à
l'élaboration d'un programme de nouveau nucléaire en prenant des
engagement fermes sur le prix pour qu'il soit compétitif ; tout
doit être prêt en 2021 pour que le choix qui sera proposé aux
Français puisse être un choix transparent et éclairé".
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EDF ne sera pas indemnisé pour la fermeture de réacteurs anciens
Macron souhaite une évolution d'EDF, évoque une possible
participation renforcée
Macron-Objectif 2035 pour les 50% de nucléaire dans
l’électricité
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(Edité par Jean-Michel Bélot)
Macron veut revoir le modèle d'EDF, préserve son parc nucléaire
information fournie par Reuters 27/11/2018 à 12:59
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