par Tony Munroe
L'île de Kharg, où l'armée américaine dit avoir bombardé des dizaines de cibles militaires au cours de la nuit de vendredi à samedi, est la plate-forme par laquelle l'Iran effectue 90% de ses exportations de pétrole et elle est depuis longtemps considérée comme un point de vulnérabilité pour Téhéran, qui menace de fortes représailles en cas d'attaque de ses installations d'hydrocarbures.
Le président américain Donald Trump a menacé à la suite des frappes de la nuit de s'en prendre aux installations pétrolières sur l'île si l'Iran continuait à bloquer le détroit d'Ormuz.
L'Iran, qui avait augmenté sa production de pétrole avant le déclenchement du conflit par des bombardements israélo-américains le 28 février, a continué depuis à livrer du brut au rythme de 1,1 à 1,5 million de barils par jour (bpj), selon les données de TankerTrackers.com et Kpler.
Les acteurs du marché pétrolier sont attentifs au moindre dégât susceptible d'être infligé au dense réseau d'oléoducs, de terminaux et de réservoirs de pétrole sur l'île de Kharg, située dans le Golfe à moins de 30 km du littoral iranien. Même infime, une perturbation de l'activité sur l'île contribuerait à tendre un peu plus le marché pétrolier mondial alors que les cours du brut se sont déjà envolés depuis le début du conflit avec la contraction de l'offre.
"Si vous supprimez les infrastructures de Kharg, vous enlevez pour de bon 2 millions de bpj du marché", dit Dan Pickering, directeur des investissements chez Pickering Energy Partners.
L'Iran a prévenu samedi que toute attaque contre ses propres infrastructures énergétiques l'amènerait en représailles à prendre pour cible les installations dans la région des compagnies pétrolières associées aux Etats-Unis.
"Je suis très inquiet du fait que cela fasse grimper la température, l'Iran a moins à perdre et il semble jouer l'escalade. Quand il est acculé, l'Iran s'enhardit fortement", dit Patrick De Haan, analyste chez GasBuddy, spécialiste du suivi des prix des carburants aux Etats-Unis.
UN PÉTROLE ESSENTIELLEMENT DESTINÉ À LA CHINE
En réaction aux frappes israélo-américaines contre son territoire, l'Iran empêche déjà quasi complètement toute navigation dans le détroit d'Ormuz, par lequel transite 20% du commerce mondial de pétrole, essentiellement à destination de l'Asie.
Située à environ 500 km au nord-ouest de ce détroit, l'île de Kharg est entourée d'eaux profondes permettant l'accostage des pétroliers trop grands pour s'approcher du littoral continental, caractérisé par des hauts-fonds.
L'essentiel du pétrole chargé sur ces tankers est à destination de la Chine, premier importateur mondial de brut.
L'Iran représente 11,6% des importations chinoises de pétrole par la mer depuis le début de l'année, selon les données de Kpler, spécialiste du suivi de l'activité des pétroliers. Il est surtout acheté par des raffineurs indépendants attirés par les forts rabais consentis par Téhéran en raison des sanctions américaines à son encontre.
L'Iran a exporté en moyenne 1,7 million de bpj jusqu'à présent cette année, dont 1,55 million via l'île de Kharg, selon Kpler.
Avant le déclenchement des hostilités, l'Iran avait porté ses exportations à environ 2,17 millions de bpj en février, avec un pic à 3,79 millions la semaine du 16 février, toujours selon les données de Kpler.
Les capacités de stockage à Kharg sont estimées à environ 30 millions de barils et elles étaient remplies à hauteur d'environ 18 millions de barils début mars, est-il écrit dans un rapport de JPMorgan fondé sur des données de Kpler.
Plusieurs superpétroliers étaient en cours de chargement mercredi à Kharg, et encore deux samedi, a rapporté le site spécialisé TankerTrackers sur la foi d'images par satellite.
L'Iran est le troisième producteur au sein de l'Opep, avec environ 3,3 millions de bpj de brut auxquels s'ajoutent 1,3 million de bpj de condensats et d'autres produits. Sa production représente environ 4,5% du marché mondial.
(Tony Munroe, Liz Hampton et Siyi Liu, version française Bertrand Boucey)

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