Des voyageurs vérifient le tableau des départs affichant les vols annulés vers les pays du Moyen-Orient dans le contexte du conflit entre les États-Unis, Israël et l'Iran, à l'aéroport d'Heathrow
par Joanna Plucinska et Alessandro Parodi
Les compagnies aériennes européennes sont confrontées à leur plus grand défi depuis la pandémie de COVID-19, avec une guerre en Iran qui fait bondir les prix du kérosène et perturbe les voyages au Moyen-Orient, assombrissant de fait la saison des vacances d'été.
Jusqu'à présent, les transporteurs ont pour l'essentiel réussi à endiguer la crise grâce à des opérations de couverture qui ont permis de maîtriser les coûts - et ce en dépit d'une hausse de 84% du prix du kérosène depuis le début du conflit le 28 février.
Mais ils pourraient bientôt être confrontés à une situation de pénurie de kérosène si la guerre ne prend pas fin rapidement.
"Il existe un risque de voir un rationnement de l'approvisionnement en carburant, en particulier en Asie et en Europe", a déclaré mardi à Reuters Willie Walsh, directeur général de l'Association du transport aérien international (IATA).
Ajoutant que l'approvisionnement restait solide pour l'instant, Willie Walsh a précisé que la situation n'était pas encore aussi grave que les perturbations causées par la pandémie de COVID-19 en 2020, qui avait entraîné une chute de la demande de voyages et des pertes de plusieurs centaines de milliards de dollars pour le secteur aérien.
"Je pense que la COVID était d'une ampleur tout à fait différente", a-t-il dit.
"Ce à quoi nous assistons ici est, en réalité, un problème de coûts pour les compagnies aériennes. La demande sous-jacente pour le transport aérien reste solide, et c'est une bonne nouvelle."
LES COUVERTURES SUR LE PRIX DU CARBURANT COMMENCENT À S'ÉPUISER
Les actions des compagnies aériennes ont souffert du conflit au Moyen-Orient et les incertitudes concernant l'avenir des pourparlers de paix et, partant, la réouverture du détroit d'Ormuz, un axe crucial, en temps normal, pour les flux mondiaux de pétrole et de gaz, restent entières.
Les compagnies aériennes mettent désormais en garde contre l'épuisement de leurs couvertures – qui permettent de bloquer des prix fixes –, tandis que leurs perspectives se détériorent à mesure que les voyageurs reportent leurs réservations ou optent pour des destinations plus locales et moins chères pour éviter d'éventuelles perturbations.
La ministre suédoise de l'Énergie, Ebba Busch, a lancé mardi une "alerte précoce" concernant une pénurie potentielle de kérosène - malgré un approvisionnement actuellement satisfaisant - invitant les Suédois à bien réfléchir à leurs projets de voyage.
Le ministre espagnol de l'Industrie et du Tourisme, Jordi Hereu, a lui invité lundi les consommateurs à acheter leurs billets d'avion dès que possible afin d'éviter le risque d'une hausse des tarifs.
Michael O'Leary, directeur général de Ryanair, a toutefois minimisé les inquiétudes quant aux prix du kérosène.
"Nous pensons que le risque de perturbation de l'approvisionnement s'estompe", a-t-il déclaré à Reuters, citant des conversations avec des fournisseurs à travers l'Europe en début de semaine.
Le directeur-général de Wizz Air, Jozsef Varadi, a déclaré lundi que les réservations pour l'été étaient solides.
Il a malgré tout averti que la fin du conflit ne résoudrait pas rapidement le problème des prix élevés du carburant.
"Même si la guerre en Iran prend fin, je ne pense pas que cela ramènera le prix du carburant à son niveau d'il y a deux mois", a-t-il déclaré aux journalistes à Londres.
Air France-KLM, IAG et Lufthansa devraient publier leurs résultats du premier trimestre à partir de cette semaine. Ces compagnies ont toutes augmenté leurs prix et réduit leur capacité de transport.
easyJet et le voyagiste TUI ont annoncé une baisse des réservations à terme et publié des avertissements sur résultats ces dernières semaines.
GAGNANTS ET PERDANTS
Les compagnies aériennes du Golfe ont été les plus durement touchées.
Selon les données de Cirium Ascend, les vols opérés par les transporteurs du Moyen-Orient ont chuté de 50% en glissement annuel en mars, tandis que les réservations pour les deuxième et troisième trimestres via les principaux hubs du Golfe ont baissé de 42,5%.
La capacité mondiale de transport de passagers reste toutefois en hausse de près de 2% jusqu'à présent en 2026 par rapport à 2025, a-t-il indiqué, soulignant une résilience plus générale.
La crise a toutefois pesé sur les marges et creusé l'écart entre les acteurs les plus faibles et les plus solides.
Certains ont en effet échappé à l'impact. La compagnie nationale finlandaise Finnair a déclaré que la crise avait jusqu'à présent eu un impact net positif, avec une demande accrue pour ses vols vers l'Asie. La compagnie low-cost Norwegian a balayé mardi les risques liés à l'approvisionnement en kérosène.
George Dimitroff, responsable des évaluations chez Cirium Ascend, a déclaré que les compagnies aériennes s'étaient adaptées et avaient évolué au fil de diverses crises. Il a reconnu que la crise du COVID avait été "un coup beaucoup plus dur".
"Elles (les compagnies aériennes) sont aujourd'hui bien plus agiles qu'elles ne l'étaient au cours de la dernière décennie, sans parler des deux ou trois décennies précédentes, où elles étaient plutôt désemparées face à ce genre de situation", a-t-il dit.
(Avec la contribution de Cécile Mantovani, Anne Kauranen et Gwladys Fouche ; version française Etienne Breban, édité par Benoit Van Overstraeten)

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