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Éric Trappier a-t-il tué le Scaf ? Comment le PDG de Dassault, "plus influent qu'un ministre", a fait basculer le futur avion de combat européen
information fournie par Boursorama avec Media Services 10/06/2026 à 08:52

Garder le leadership sur le chasseur relevait d'" une question de survie" pour Dassault, selon un expert. L'avionneur français aurait dû "donner les bijoux de famille" dans le cadre du Scaf.

Le PDG de Dassault Aviation Eric Trappier lors de l'inauguration de l'usine à Cergy, près de Paris, le 23 septembre 2025 ( AFP / Thibaud MORITZ )

Le PDG de Dassault Aviation Eric Trappier lors de l'inauguration de l'usine à Cergy, près de Paris, le 23 septembre 2025 ( AFP / Thibaud MORITZ )

Après six ans, la France et l'Allemagne ont planté cette semaine le dernier clou dans le cercueil du Scaf , projet européen d'avion de combat du futur. Depuis des mois le SCAF était en panne sur fond de tensions germano-françaises et entre Airbus et Dassault. L'un des principaux artisans de la fin de cette coopération européenne est le patron de l'avionneur français, Éric Trappier, à qui l'influence grandissante dans les cercles du pouvoir a fini par donner raison.

Au terme des années de confrontation -à mesure que son influence montait et que celle d'Emmanuel Macron s'érodait- le patron, souvent décrit comme "plus influent qu'un ministre", a fini par dicter le destin du Scaf.

Lancé en 2017, ce projet phare de la coopération franco-allemande rejoint plus tard par l'Espagne n'a pas survécu aux tensions industrielles entre Dassault, qui revendiquait le leadership sur l'avion de combat en assurant savoir "tout faire de A à Z", et Airbus, porte-voix de Berlin et de Madrid déterminé à en capter les deux tiers.

Éric Trappier a-t-il tué le Scaf ? C'est "peut-être un peu exagéré, mais (...) c'est lui qui a remporté la décision compte tenu du contexte politique avec un chef de l'État en fin de mandat et un Eric Trappier au sommet de sa puissance (...). Macron n'a plus les moyens de le faire plier", décrypte pour l' AFP Vincent de la Vaissière, président du cabinet VcomV, qui a réalisé une vaste étude sur les actifs stratégiques d'État.

Garder le leadership sur le chasseur relevait d'" une question de survie" pour Dassault afin de " protéger ses actionnaires et la souveraineté" , résume un expert industriel européen. Le groupe n'aurait pas pu "donner les bijoux de famille" en partageant un savoir-faire lié à la dissuasion qu'il est seul à maîtriser, détaille-t-il.

La France peut faire "toute seule"

Éric Trappier se vante de faire travailler plus de 400 entreprise en France pour fabriquer les Rafale et être "une composante de la nation". Pour le Scaf, estimé à 100 milliards d'euros, il n'a cessé de répéter que la France pouvait aussi faire "toute seule".

"Je veux bien que les Allemands grondent. Ici, on sait faire. S'ils veulent faire tout seuls, qu'ils fassent tout seuls", déclarait Eric Trappier à l' AFP en septembre 2025.

Une posture qui a fini par exaspérer son homologue du Scaf chez Airbus. "Dassault s'est disqualifié" , a écrit en février le président d'Airbus Defence and Space, Mike Schoellhorn, à Emmanuel Macron.

"Un non-sens géostratégique", s'indigne un connaisseur du secteur. Selon lui, après le divorce avec l'Allemagne, Dassault devra se tourner vers des financements auprès de pays comme les Émirats pour un avion franco-français, moins performant et plus coûteux.

"Tonton flingueur"

Connu pour son franc-parler, le dirigeant est familier des critiques envers l'Allemagne et des piques envers les Belges et les Danois qui ont préféré les F-35 américains à ses Rafale. "Il n'a ni sa langue, ni son drapeau dans sa poche" , souligne Vincent de la Vaissière. "Il parle cash, façon tonton-flingueur et n'hésite pas à manier la sulfateuse pour exploser ses contradicteurs ou ses concurrents".

Né à Paris en 1960, Éric Trappier a fait toute sa carrière au sein du groupe familial Dassault Aviation, rejoint en 1984 après son diplôme d'ingénieur à l'Institut National Télécom (aujourd'hui Télécom SudParis).

Une fidélité revendiquée comme un trait de la culture maison chez Dassault, le groupe militaro-industriel fondé par Marcel Dassault en 1929. En 2025, il devient président de la holding familiale, qui contrôle aussi Le Figaro , Dassault Systems (logiciels industriels), Château Dassault (vin) et la maison d'enchères Artcurial.

Succès des Rafale à l'export

L'un des piliers de la dissuasion, Dassault est actionnaire des fleurons comme Naval Group (porte-avion, sous-marins nucléaires) et Thales (électronique de défense).

À lire aussi | Eric Trappier (PDG de Dassault Aviation) : "Pour protéger la paix, il nous faut être mieux armé !"

À rebours des usages chez les géants du secteur, Éric Trappier s'exprime en français -et non en anglais- lors de la présentation des résultats financiers ou des assemblées générales. Une singularité d'autant plus frappante que sa carrière a été marquée par le succès à l'export du Rafale, longtemps jugé "invendable". Il a fallu attendre 11 ans après son entrée en service en 2004 pour que l'appareil trouve preneur à l'étranger.

Sous sa direction, Dassault Aviation a remporté des contrats avec l'Égypte, l'Inde, le Qatar et les Émirats arabes unis, entre autres. En Europe aussi (Grèce, Croatie, Serbie), le Rafale a trouvé preneur, son statut non américain ayant joué. Kiev a aussi signé à l'automne 2025 une lettre d'intention pour l'achat futur de 100 Rafale.

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33 commentaires

  • 10:51

    Mr TRAPPIER A raison, Airbus sait fabriquer des avions civils mais n'a aucune connaissance pour les avions de combat. Alors, pourquoi de nouveau président d'Airbus est il pro allemand ? Vraiment, tant mieux que DASSAULT ne rentre pas dans ce piège. Maintenant, DASSAULT va développer le successeur du RAFALE avec ses clients historiques et son nouveau GRAND client, l'INDE pour faire un super AVION bien meilleur que ce qu'il aurait fait avec Airbus qui ne fabrique que des bétaillères.....


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