Les animations Crunchyroll lors du New York Comic Con à New York, le 11 octobre 2026 ( Getty / Craig Barritt )
Crunchyroll est la plateforme de dessins animés japonais leader dans le monde. En France, deuxième patrie du manga, souvent sa matière première, elle rencontre aussi un franc succès auprès de la Gen Z, mais pas que.
L'anime (ou animé) n'est plus synonyme de dessins bâclés ou de violence débridée, il est "bien ancré dans notre société et nos moeurs" en France, assure-t-on chez Crunchyroll.
Symbole de cette interpénétration : "Dreamland" du mangaka français Reno Lemaire, publié depuis vingt ans, vient d'être adapté en série d'animation en région parisienne.
Crunchyroll la diffuse depuis mi-octobre... au Japon et partout dans le monde. Un tel cas pour une production française adaptant un manga est une première.
Son co-réalisateur Juan Pablo Machado a pris "beaucoup de codes du Japon" et a construit "un style hybride".
Être regardé dans l'Archipel, "c'est un peu une consécration", dit à l'AFP le trentenaire, qui a été nourri dans son enfance en Colombie par "Les Chevaliers du Zodiaque" à la télé.
Crunchyroll, qui a démarré en 2006 comme un site de partage semi-légal, est devenu un géant du streaming. Propriété de Sony depuis 2021, la plateforme américaine comptait 10 millions d'abonnés il y a trois ans, et 21 millions aujourd'hui dans plus de 200 pays et territoires.
Les chiffres concernant la France, où le site payant a été lancé en 2013, ne sont pas publics. Mais l'Hexagone, deuxième consommateur de mangas au monde derrière le Japon, est un pays clé et compte quelques autres plateformes dont ADN.
Les généralistes comme Netflix, Disney+ ou Prime Video en offrent aussi une sélection. Comme ces plateformes, Crunchyroll est tenue par des obligations de financement de la création audiovisuelle française.
La majorité des consommateurs ont entre 18 et 34 ans mais les animes séduisent au-delà. "Ils parlent de la société, de l'individu, du groupe, de thématiques profondes", explique Laure Devos, responsable marketing de Crunchyroll pour la région Europe-Moyen-Orient-Afrique, citant "L'Attaque des Titans".
De la série longue comme "One Piece" au film de niche, de la dark-romance ("Les Noces des Lucioles") à la science fiction ("Psyren"), l'éventail est large, avec un catalogue de 25.000 heures de programmes.
"public exigeant"
Les animes ont leurs conventions, à l'économie : nombre limité d'images, voix enregistrées a posteriori sans synchronisation stricte, et encore exagération vocale pour compenser l'immobilité des visages.
Les animations Crunchyroll lors du New York Comic Con à New York, le 11 octobre 2026 ( Getty / Craig Barritt )
Ils sont disponibles ultra rapidement après leur sortie au Japon, parfois dans l'heure, avec un sous-titrage aidé par l'intelligence artificielle.
Sur la cinquantaine de séries qui sortent tous les trois mois, 12 à 15 sont cependant doublées en français.
Le rappeur Orelsan, adepte de cette culture, a prêté sa voix à "One-Punch Man".
Les animes comptent d'autres ambassadeurs de renom, comme l'actrice Adèle Exarchopoulos, qui a déclaré récemment sa flamme pour "Death Note", ou le footballeur Kylian Mbappé, fan d'"Olive et Tom".
En France, la parité est quasi assurée parmi les spectateurs, alors que les garçons dominent ailleurs.
Autre particularité : les Français ont davantage de considérations artistiques que les spectateurs nippons, qui voient davantage l'anime sous le prisme du divertissement, relève-t-on chez Crunchyroll.
"C'est une communauté active, qui ne se contente pas de regarder un programme", ajoute-t-on, avec des rendez-vous comme le salon Japan Expo en région parisienne chaque début juillet.
"Le public français est exigeant car il est très connaisseur. Nous avons été biberonnés à l'anime", rappelle Laure Devos, en référence à "Récré A2" et "Club Dorothée" dans les années 80-90.
"Goldorak", "Albator", "Dragon Ball"... Les séries japonaises avaient envahi le petit écran. Le cinéma a ensuite pris le relais, avec des succès comme "Princesse Mononoké" ou "Le Voyage de Chihiro".
Crunchyroll mise aussi sur les films qu'il distribue, avec les sorties en France de "Witch on the Holy Night" le 27 janvier prochain et "Les Carnets de l'Apothicaire : The Late Lady’s Treasure" au printemps, deux histoires inédites.
Après plusieurs prix au festival d'animation d'Annecy, Laure Devos assure "croire à un film en sélection à Cannes" à l'avenir.

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