La raffinerie PCK Schwedt, située à Schwedt, dans le nord-est de l'Allemagne, le 26 août 2026 ( AFP / Tobias SCHWARZ )
Trois ans après sa dernière goutte de pétrole russe, la plus grande raffinerie de l'est de l'Allemagne, à Schwedt, cherche encore à pérenniser ses approvisionnements en brut et donc celui de millions d'Allemands en carburant.
Détenue en majorité par le pétrolier russe Rosneft et placé sous tutelle des autorités allemandes, l'installation tourne, mais entre restrictions européennes, sanctions américaines et ripostes russes, le site aux 1.200 employés navigue encore à vue et de crise en crise.
"Il faut gérer en permanence des surprises, traiter des problèmes et ne pas devenir fou", sourit Ralf Schairer, le dirigeant de PCK Schwedt qui assure plus de 90% de l'approvisionnement en essence, kérosène, diesel et fioul de Berlin et de la région Brandebourg, lesquelles cumulent plus de six millions d'habitants.
"Avant, c'était +easy+ "
Sous étroite surveillance, l'AFP et d'autres médias internationaux ont pu visiter en août cette raffinerie couvrant la superficie de quelque 1.200 terrains de football.
Un entrelacs de tuyaux métalliques, d'immenses cuves et de cheminées accueillent le visiteur. Dans une des allées, le célèbre oléoduc Droujba ("Amitié" en russe), qui a des décennies durant acheminé le pétrole russe vers l'Allemagne.
Avant l'invasion russe de l'Ukraine en février 2022, "tout était parfaitement continu, c'était +easy+ ", note Ralf Schairer, entré en fonction un mois avant le début de la plus grave guerre en Europe depuis 1945.
Depuis, le renoncement par l'Allemagne au pétrole pose le problème récurent de l'approvisionnement de l'installation, afin d'éviter la panne sèche à l'est du pays.
Des ouvriers près des tours de la raffinerie PCK Schwedt, à Schwedt, dans le nord-est de l'Allemagne, le 26 août 2026 ( AFP / Tobias SCHWARZ )
D'abord la raffinerie, détenue à 54% par Rosneft, bras pétrolier du Kremlin, est placée sous tutelle allemande. Puis le brut russe arrivant via Droujba est remplacé en février 2023 par de l'or noir du Kazakhstan, partenaire à la fois des Russes et des Occidentaux.
Mais en mai 2026, coup de théâtre. Moscou, qui contrôle le robinet d'accès à Droujba, interrompt le flot kazakh, arguant d'un mystérieux motif "technique".
La raffinerie a dû s'adapter en augmentant les livraisons via les ports de Rostock en Allemagne et Gdansk, en Pologne.
Pour pérenniser cette solution, PCK doit cependant moderniser ses infrastructures, en particulier celle reliant Schwedt à Rostock. Or Bruxelles refuse d'autoriser une aide publique en ce sens de 400 millions d'euros, pointant du doigt Rosneft.
Une situation "pas franchement glorieuse", soupire Ralf Schairer, "on nous a beaucoup promis, mais nous n'avons encore rien reçu".
Berlin, qui ne veut pas exproprier Rosneft par craintes de représailles russes, argue que la tutelle existante garantit que les profits de PCK ne financent pas la machine de guerre russe et que la raffinerie peut être modernisée sans bénéficier au Kremlin. L'UE n'est pas convaincue.
"Porcelaine cassée"
Pour les employés, cet imbroglio nourrit une "vraie incertitude", souligne Danny Ruthenberg, président du comité d'entreprise.
L'annonce par Donald Trump de sanctions en octobre 2025 contre Rosneft n'a rien arrangé, même si Berlin a négocié avec Washington une exemption pour ses filiales allemandes.
Des sociétés américaines de logiciels travaillant avec la raffinerie, comme Microsoft et Honeywell, avaient déjà annoncé se retirer, par peur des sanctions, étaye-t-il.
"Beaucoup de choses nous échappent complètement. La communication se fait souvent en coulisses", déplore-t-il.
La ministre allemande de l'Économie et de l'Énergie, Katherina Reiche (G), le ministre-président du Land du Brandebourg, Dietmar Woidke (C) et le directeur de la raffinerie PCK, Ralf Schairer, le 11 mai 2026 à Schwedt, dans le nord-est de l'Allemagne ( POOL / Patrick Pleul )
Ces incertitudes compliquent aussi d'autres projets du site, comme le développement de carburants verts à base d'hydrogène.
En outre, les "positions divergentes" des autres actionnaires - le britannique Shell, qui veut vendre ses 37,5%, et l'italien Eni (8%) - "compliquent les investissements colossaux" nécessaires pour la transition verte, explique M. Schairer, patron du site.
Ce dernier dénonce aussi l'entrée en vigueur en 2028 d'un second marché du carbone dans l'UE pour contraindre les raffineries à acheter des quotas pour les émissions des automobilistes.
La maire sociale-démocrate de Schwedt, Annekathrin Hoppe, constate elle que "la confiance dans le gouvernement s'est massivement érodée" parmi ses 34.000 administrés, profitant à l'AfD, parti d'extrême droite ayant le vent en poupe en ex-Allemagne de l'Est, et à la ligne prorusse.
D'aucuns rêvent d'un retour en arrière, quand l'or noir russe affluait. Se produira-t-il si la guerre en Ukraine s'arrête ? "Pour l'instant, j'ai peu d'espoir. Je pense que trop de porcelaine a été cassée", ajoute-t-elle.

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