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CAC 40 : Chronique de ceux qui ont échangé leurs rêves contre du confort

04 nov. 2026 04:55

[Je suis l'auteur de ce texte]

Bonjour à tous !

« À quoi bon ? » Trois mots. Trois petits mots qui suintent des terrasses de cafés parisiens, des salles de pause de nos entreprises et des fils d’actualité que l’on fait défiler d’un pouce mécanique. Ce n’est plus de la mélancolie, cette vieille coquetterie française dont on aimait se parer dans les salons littéraires ; c’est une anesthésie générale. La France, et dans son sillage une vieille Europe fatiguée d’elle-même, s’enfonce dans un nihilisme pantouflard. Nous ne sommes même plus au bord du gouffre : nous y avons installé un canapé, souscrit à trois abonnements de streaming et commandé un repas tiède livré à vélo.

Il y a cent quarante ans, Friedrich Nietzsche prophétisait l’avènement du « Dernier Homme ». Cet être qui ne sait plus mépriser, qui ne sait plus créer, qui ne lance plus la flèche de son désir au-delà de l’homme. « Nous avons inventé le bonheur, disent les derniers hommes, et ils clignent de l’œil. » Regardez autour de vous : le voilà, ce clignement d’œil. C’est notre sourire blasé devant l’effondrement de l’école, devant la désindustrialisation, devant la vassalisation technologique de notre continent. Tandis que les États-Unis et la Chine se disputent la maîtrise de l’intelligence artificielle, de l’espace et de la fusion nucléaire, l’Europe se passionne pour l’attache solidaire des bouchons en plastique et la régulation du nombre de litres qu'envoie une chasse d'eau. Nous sommes devenus les conservateurs d’un musée à ciel ouvert, persuadés que le reste du monde continuera éternellement de payer le ticket d’entrée pour venir admirer nos vieilles pierres.

Mais soyons honnêtes : cette apathie ne tombe pas du ciel. Si une génération entière hausse les épaules en demandant « à quoi bon ? », c’est parce que le contrat social s’est mué en une farce cynique. Pendant des décennies, la promesse républicaine et européenne reposait sur un moteur simple : l’effort individuel nourrissait une ascension collective. Aujourd’hui, le travail ne paie plus, c’est la rente et l’héritage qui dictent leur loi. Un jeune actif diplômé à Lyon, Paris ou Milan constate très vite que son salaire lui permet tout juste de louer trente mètres carrés à un retraité qui les a achetés pour une bouchée de pain quarante ans plus tôt.

Le symptôme le plus implacable de cette fatigue existentielle ne se lit pas dans les discours politiques, mais dans les maternités : jamais le continent européen n’a fait aussi peu d’enfants. On invoque le climat, le pouvoir d’achat, les crises géopolitiques. La vérité est plus crue, plus philosophique : on ne transmet la vie que lorsqu’on estime qu’elle vaut la peine d’être vécue et continuée. Le berceau vide est l’ultime vote de défiance d’une civilisation qui ne croit plus en son propre récit.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : la mort des grands récits. Après la Seconde Guerre mondiale, l’Europe a légitimement eu peur de ses propres passions. Pour ne plus jamais sombrer dans le fanatisme, nous avons décidé d’éradiquer toute forme de transcendance, d’héroïsme et de tragique. Nous avons remplacé la politique par la gestion, l’ambition historique par le droit de la concurrence, l’idéal par le principe de précaution. Comme le diagnostiquait déjà Alexis de Tocqueville, les démocraties vieillissantes ne meurent pas toujours sous les bottes d’un tyran ; elles s’étouffent doucement sous un « despotisme doux », maternel et infantilisant, qui « ôte entièrement aux citoyens l’usage de leur libre arbitre » jusqu’à réduire chaque nation à « un troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger ».

Nous avons voulu une vie sans risques ; nous avons obtenu une vie sans saveur. Or, l’être humain n’est pas câblé pour la simple survie confortable. Albert Camus nous rappelait que le point de départ de toute pensée honnête est l’absurde, ce silence déraisonnable du monde face à notre besoin de sens. Mais chez Camus, le constat de l’absurde ne mène pas à la démission : il mène à la révolte. Sisyphe pousse son rocher non pas parce qu’on lui a promis une prime en haut de la colline, mais parce que l’effort même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme.

Le réveil viendra-t-il ? Il ne viendra ni d’une énième commission bruxelloise, ni d’un homme providentiel de plateau télévisé. L’Histoire est cruelle avec les peuples qui s’endorment : soit ils se réveillent d’eux-mêmes par un sursaut de fierté, soit le réel s’en charge avec une brutalité qui ne laisse pas le temps de bailler. Le nihilisme n’est pas une fatalité métaphysique, c’est une paresse. Et l’antidote au « à quoi bon ? » ne réside pas dans l’attente d’un espoir livré clé en main, mais dans une décision individuelle et farouche : retrouver le goût du risque, de l’excellence, de la création et du conflit fécond. Cesser de réclamer des droits à l’indifférence pour s’imposer, enfin, le devoir d’exister.

Bien à vous

2 réponses

  • 06:22

    Hello Phopho

    On peut faire tout ça est aussi s'inquiéter du nombre de litres d'eau consommés par habitant, surtout quand on voit ce que consomment les américains.
    On peut faire tout ça et aussi s'inquiéter des bouchons plastique que l'on consomme en mangeant du poisson.
    Pourrir la planète, se comporter comme des lâches, continuer à voir , de plus en plus, quelques-uns tout posséder, rester leur esclave, n'est pas forcément la solution.
    Et si ne pas avoir d'enfants permet à certains d'agir sans avoir peur pour leur descendant, pourquoi pas.
    Ce que certains prennent pour du nihilisme n'est peut-être qu'une forme différente de combat.


  • 06:24
    06:22

    Hello Phopho

    On peut faire tout ça est aussi s'inquiéter du nombre de litres d'eau consommés par habitant, surtout quand on voit ce que consomment les américains.
    On peut faire tout ça et aussi s'inquiéter des bouchons plastique que l'on consomme en mangeant du poisson.
    Pourrir la planète, se comporter comme des lâches, continuer à voir , de plus en plus, quelques-uns tout posséder, rester leur esclave, n'est pas forcément la solution.
    Et si ne pas avoir d'enfants permet à certains d'agir sans avoir peur pour leur descendant, pourquoi pas.
    Ce que certains prennent pour du nihilisme n'est peut-être qu'une forme différente de combat.

    Je sais, on voit, vu comme c'est écrit, que ce texte est de moi. 😘


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