[Je suis l'auteur de ce texte]
Bonjour à tous !
Pendant que nos gouvernants soupirent de soulagement et que les commentateurs officiels célèbrent ce qu’ils prennent pour un sursis miraculeux, la décision de Moody’s de ne pas dégrader la note de la France doit être lue pour ce qu’elle est réellement : l’aveu de terreur pure d’un système financier mondial arrivé au bout de ses artifices. Ne vous y trompez pas, ce statu quo n’est en rien un brevet de bonne santé économique décerné à Paris. C’est la trace la plus éclatante de la panique glacée qui saisit aujourd’hui la planète finance au chapitre fatal des dettes souveraines.
I. La main qui tremble : un acte politique et diplomatique, non pas comptable
Si les mathématiques élémentaires et l’honnêteté intellectuelle avaient encore droit de cité dans les tours de verre de Manhattan et de la City, la note française aurait dû être sabrée sans ménagement. Tous nos indicateurs sont au rouge écarlate : un déficit hors de contrôle, une dépense publique obèse que personne n’ose réformer, une désindustrialisation avancée et un mur de remboursement qui s’élève chaque jour davantage.
Pourquoi, dès lors, l’agence Moody’s a-t-elle retenu son bras au dernier instant ? Parce que sa décision a cessé d’être financière pour devenir éminemment politique et diplomatique. Lorsqu’un patient est en phase terminale, le médecin qui craint que l’annonce du diagnostic ne provoque un arrêt cardiaque immédiat préfère mentir à la famille. Les agences de notation ne notent plus la solvabilité réelle de la France ; elles gèrent la survie psychologique du marché obligataire mondial. Elles ont regardé au fond du puits, elles ont vu le vertige du vide, et leur main a tremblé.
II. 2015, l’année bascule : la grande mécanique de la chute des empires
Pour comprendre cette paralysie, il faut prendre la hauteur historique que nos élites refusent d’adopter. Comme je m’évertue à en avertir depuis des années, nous sommes entrés dès 2015 dans la phase critique et irréversible du cycle : celle de la crise des dettes souveraines.
L’Histoire est un juge impitoyable qui ne varie jamais ses sentences. Qu’il s’agisse de Rome, de l’Empire espagnol, de la monarchie française de 1789 ou de la Grande-Bretagne au sortir des guerres mondiales, les empires ne meurent jamais d’abord sur les champs de bataille. Ils s’effondrent toujours par la fiscalité au sens large : lorsque l’État, devenu prédateur et impuissant, détruit sa base productive par l’impôt, épuise la confiance dans sa monnaie et s’enferme dans une spirale d’endettement où l’on emprunte désormais uniquement pour payer les intérêts des dettes passées.
Nous y sommes. La fiscalité confiscatoire française a atteint son point de rendement décroissant, et la montagne de dette publique n’est plus une variable d’ajustement : elle est devenue le tombeau de notre souveraineté.
III. L’effet domino : pourquoi la France ne peut pas tomber officiellement
Pourquoi Wall Street et les grands argentiers internationaux ont-ils intimé l’ordre implicite de ne pas toucher à la France aujourd’hui ? La réponse tient en une réaction en chaîne mécanique que personne, dans les banques centrales, n’a les moyens d’arrêter.
La France n’est pas la Grèce de 2010. Elle est la clé de voûte politique et le deuxième pilier financier de la zone euro. Si vous dégradez la France à son niveau réel de faillite latente, vous déclenchez la vente forcée de ses obligations par les grands fonds institutionnels mondiaux dont les statuts interdisent de détenir des actifs dégradés. En quelques heures, les taux d’intérêt français s’envolent, le service de la dette devient instantanément insoutenable et Paris fait défaut.
Or, la suite de l’équation est d’une simplicité biblique : si la France tombe, la zone euro vole en éclats et l’Europe entière tombe avec elle. Et si le bloc européen, avec ses milliers de milliards de dettes croisées dans le bilan des banques américaines et asiatiques, s’effondre, c’est le système financier mondial tout entier qui tombe gravement malade et entre en convulsion systémique. Voilà l’unique raison de la clémence de Moody’s : ils n’ont pas voulu sauver la France, ils ont voulu éviter d’allumer eux-mêmes la mèche du krach obligataire mondial.
IV. Le calme trompeur avant la tempête
Ceux qui applaudissent aujourd’hui ce sursis me font penser à cet homme qui tombe du cinquantième étage d’un immeuble et qui, en passant devant le vingtième, se répète avec un sourire béat : « Jusqu’ici, tout va bien. »
En refusant de nommer la faillite par peur de la précipiter, les gardiens du temple financier ne résolvent rien ; ils ne font que comprimer davantage le ressort de la catastrophe. On ne guérit pas un cancer de la dette en cassant le thermomètre des agences de notation.
Ce faux répit accordé par Moody’s est le signal ultime pour tout citoyen et tout épargnant lucide : le système est désormais si fragile qu’il ne supporte même plus la vérité des chiffres. Mais la gravité économique, contrairement aux agences de notation, ne fait jamais de diplomatie. Et lorsque le réel finira par défoncer la porte que l’on tente désespérément de maintenir fermée à coups de tampons complaisants, l’onde de choc n’en sera que plus dévastatrice.
Bien à vous