La tension sur les rendements obligataires dans le monde, principalement aux Etats-Unis, en Europe et au Japon, ne retombe pas jeudi, les dernières données économiques montrant une accélération des pressions inflationnistes, ce qui plaide pour de nouveaux resserrements monétaires.
En zone euro, le rendement du Bund allemand à dix ans , référence pour le bloc monétaire, grimpe encore, de deux points de base, à 3,5683%, vers 09h00 GMT, après avoir atteint en séance 3,5732%, dépassant son sommet de 17 ans, à 3,5723%, enregistré la semaine dernière.
L'activité économique en zone euro a accéléré depuis le début du mois, à son rythme le plus rapide depuis plus de trois ans, ont montré mercredi les indices PMI. Mais les entreprises ont dû faire face à une augmentation de leurs coûts de production en raison de la flambée des prix de l'énergie liée à la guerre entre les Etats-Unis et l'Iran. Elles ont pu répercuter une partie de cette hausse sur leurs clients, peut-on lire dans les données d'enquêtes des PMI.
Les craintes budgétaires contribuent également à l'appréciation des rendements souverains alors que la guerre israélo-américaine contre l'Iran fait grimper les prix de l'énergie et les dépenses des Etats pour atténuer l'impact de cette hausse. La vague de ventes d'obligations a été particulièrement marquée dans les pays de la zone euro les plus endettés, comme la France et l'Italie, où les rendements montent davantage.
L'OAT FRANÇAISE À UN PIC DE 18 ANS
Le taux de l'OAT à dix ans s'affiche jeudi à 4,6914%, en hausse de 3,4 points de base, après avoir franchi la veille le seuil des 4,65%, son plus haut niveau depuis plus de 18 ans.
Le spread mesurant l'écart de taux entre les obligations françaises et allemandes à dix ans s'est creusé jeudi à 111,14 points de base, au plus haut depuis mi-2012, après avoir atteint en matinée 114 points. Un écart qui se creuse est généralement perçu comme un signe que les investisseurs considèrent que la détention de la dette publique française comporte un risque plus élevé que celle de l'Allemagne.
Les tensions observées sur les taux en Europe se reflètent au Japon où le rendement des obligations souveraines nippones à dix ans a progressé jeudi de huit points de base, à 3,06%, un niveau inédit depuis août 1996.
Aux Etats-Unis, le rendement des Treasuries à dix ans a grimpé à 5,1393%, en hausse de 2,3 points de base, tandis que la maturité à 30 ans a touché un sommet depuis 2004, à 5,4439%, en hausse de trois points de base.
Les rendements américains continuent de réagir aux chiffres encourageants des PMI concernant l'activité économique, ainsi qu'à une adjudication à cinq ans des bons du Trésor, mal accueillie, qui a propulsé le rendement des obligations à cinq ans à 5%, une première depuis 2007.
Le dix ans américain avait déjà pris mercredi près de 16 points de base, plus forte progression en une seule séance depuis la crise obligataire provoquée par le "Liberation Day ("Jour de la Libération") en 2025, lorsque le président américain Donald Trump avait imposé des droits de douane dits "réciproques" à la quasi-totalité des pays dans le monde.
"La combinaison d'une économie toujours solide et de prix élevés de l'énergie renforce encore les anticipations de hausses des taux directeurs", souligne Marcus Widén, économiste chez SEB.
Le Brent progresse jeudi de 2,29% à 105,43 dollars le baril et le brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI) gagne 1,75% à 93,77 dollars .
Les contrats à terme sur le marché monétaire anticipent un resserrement de 35 points de base des taux de la Banque centrale européenne (BCE) d'ici la fin de l'année.
DES HAUSSES DE TAUX ANTICIPÉES
En Norvège, la banque centrale a relevé jeudi ses taux directeurs et a dit prévoir une nouvelle hausse, tandis qu'en Suède, la Riksbank a laissé entendre que son principal taux directeur devrait remonter prochainement. La Banque nationale suisse (BNS), elle, a opté pour un maintien de son principal taux directeur malgré une accélération de l'inflation.
En Grande-Bretagne, la vice-gouverneure de la Banque d'Angleterre (BoE), Clare Lombardelli, a déclaré jeudi que les taux directeurs devront probablement augmenter si les prix de l'énergie restent élevés.
Aux Etats-Unis, le président de la Réserve fédérale de New York, John Williams, a jugé jeudi raisonnable de penser que la banque centrale américaine pourrait devoir relever à nouveau ses taux directeurs avant la fin de l'année afin d'atténuer le risques inflationnistes.
Et oui, chacun ressert quelque chose😁