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CAC 40 : Une vérité survit à ses contradicteurs

22 sept. 2026 06:52

Bonjour à tous !

Le potier n'a jamais demandé son avis à l'argile. Il la malaxe, l'humidifie, la tourne et la cuit. Le vase ne se plaint pas de sa forme car il n'a aucun souvenir du bloc informe dont il est issu. Alors voici la question qui m'obsède depuis quelques semaines : comment un groupe d'individus parvient-il à imposer une vision du monde expurgée de tout ce qui pourrait la contredire ? Est-ce de la dictature déguisée en agneau ? Et quand le réel est pétri comme de la terre glaise avant d'être servi à une population rendue aveugle par un individualisme devenu pathologique, comment cela s'appelle-t-il ?

Commençons par la mécanique car elle est d'une simplicité désarmante. On ne supprime pas le contradicteur, on le disqualifie. Athènes gravait le nom du gêneur sur un tesson d'argile et l'exilait dix ans. Nous avons fait des progrès : le tesson est devenu une étiquette et l'exil est intérieur. Complotiste, réactionnaire, irresponsable, choisissez votre poterie. L'argument n'a plus besoin d'être réfuté puisque celui qui le porte n'existe plus socialement. Deuxième temps, on remplace le fait par le récit. Un fait se vérifie, un récit se ressent. Et le ressenti, contrairement au fait, ne supporte pas la contradiction sans s'effondrer, ce qui rend la contradiction obscène par nature. Troisième temps, le plus subtil : on laisse faire.

Car c'est là que la question devient vertigineuse. Le sculpteur n'a même plus besoin de sculpter. Tocqueville l'avait anticipé dès 1840 en décrivant un pouvoir qu'il qualifiait de tutélaire, doux, prévoyant, qui ne tyrannise point mais qui comprime, énerve et éteint. Sa condition d'existence ? Une population repliée sur elle-même, chaque citoyen absorbé par ses petits plaisirs privés, incapable de comparer ses observations avec celles de son voisin. L'individualisme pathologique n'est donc pas un effet collatéral du système, il en est le ciment. Une brebis isolée ne peut pas savoir que le troupeau entier voit la même chose qu'elle. Elle croit être seule à douter, donc elle se tait, donc elle se soigne.

Dictature déguisée en agneau, alors ? Je ne le crois pas et la nuance est capitale. Une dictature a un visage, donc une cible. Elle a un dictateur, donc une fin biologique. Elle a une police, donc un coût. Ce dont je vous parle n'a ni visage, ni coût, ni police. Personne ne l'a décrété. C'est un comité sans président, un consensus sans signataire, un algorithme sans auteur. Le loup ne s'est pas déguisé en agneau. Il a simplement compris qu'un troupeau suffisamment fragmenté se garde tout seul. Le berger n'aboie plus, ce sont les brebis qui se mordent entre elles.

Vous vous demandez sans doute pourquoi j'aborde cela sur un forum boursier. Tout simplement parce que le marché est le dernier endroit au monde où la contradiction ne peut pas être disqualifiée. Traitez le vendeur de tous les noms, il vendra quand même et son ordre s'affichera dans le carnet. Le prix est la seule opinion que l'on ne peut ni censurer, ni malaxer, ni ressentir. Une vision débarrassée de ses contradicteurs, c'est une position longue sans stop de protection. Elle est magnifique tant qu'elle monte. Et le jour où le réel envoie son appel de marge, il n'y a plus personne pour expliquer d'où vient le trou car tous ceux qui l'avaient vu venir ont été exilés sur leur tesson.

Alors comment cela s'appelle-t-il ? En 1922, un journaliste américain avait trouvé la formule en parlant de fabrication du consentement. Le terme est exact mais trop technique. Je préfère dire que cela s'appelle une religion qui a oublié qu'elle en était une. Toute vision sans contradicteur possible devient un dogme, tout dogme exige des fidèles et tout fidèle finit par payer la dîme. Simplement, cette fois, la dîme se règle en pouvoir d'achat, en libertés et en capacité de jugement.

Franklin avait prévenu qu'une République ne se conserve pas, elle se surveille. Le réel non plus ne se conserve pas. Il se teste, tous les jours, contre ceux qui pensent différemment. Le jour où l'on cesse de le tester, il n'a pas disparu. Il attend. Et le Temps reste un juge impartial.

Bien à vous

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