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CAC 40 : Le Dividende Trump, ou la République aux enchères !

11 sept. 2026 09:37

Bonjour à tous !

Dallas, mercredi soir. Le Parti républicain tient la première convention de mi-mandat de son histoire, invention de circonstance pour une élection qui s'annonce mal. Le président américain lâche la phrase : si les Républicains gagnent, vous recevez 5 000 dollars. Chaque adulte citoyen. A une seule condition : que la Chambre et le Sénat restent républicains en novembre.

Plus de mille milliards de dollars. Une dette fédérale qui vient de franchir les 40 000 milliards. Aucun financement, aucun vote, aucune loi. Une promesse suspendue à un bulletin.

On peut crier au scandale. Mais l'indignation est une émotion, pas une analyse. Le mot juste est corruption, au sens le plus ancien du terme : non pas l'enveloppe glissée sous la table, mais la décomposition d'un corps qui a cessé d'être vivant. Comment un tribun élu en 2016 contre les élites en vient-il, dix ans plus tard, à se présenter en distributeur de subsides ?

Observez la séquence. Début 2025, le dividende DOGE, financé par les économies arrachées à la bureaucratie. Jamais versé. Fin 2025, le dividende tarifaire, 2 000 dollars financés par les droits de douane, et ceux qui doutaient étaient traités d'imbéciles. Jamais versé. Et voici 5 000 dollars. Chaque promesse non tenue exige la suivante, plus grosse. Quand la pièce perd de sa valeur, il faut en frapper davantage, et chaque frappe accélère la perte. Néron l'a appris avec le denier. Ce que le président américain dévalue, ce n'est pas le dollar. C'est la parole présidentielle. Et cette monnaie-là, une fois débasée, ne se refrappe pas.

Faut-il remonter plus loin ? En 193, après l'assassinat de Pertinax, la garde prétorienne mit l'Empire romain aux enchères. Didius Julianus l'emporta à 25 000 sesterces par soldat. Que l'argent monte de l'aspirant vers ceux qui font l'empereur, ou qu'il descende du président vers ceux qui font le Congrès, la structure est la même : ceux qui détiennent la clé du pouvoir, prétoriens hier, électeurs aujourd'hui, apprennent que leur choix est une marchandise. Là où il devrait y avoir un lien, il y a un flux. Le jour où le citoyen romain est devenu un client, la République était morte, bien avant que les Césars ne portent le diadème.

Julianus régna soixante-six jours. Retenez ce détail.

Comment passe-t-on du tribun au patron ? Le trumpisme est né comme réaction contre le paternalisme technocratique, ce pouvoir tutélaire que Tocqueville décrivait. Mais toute tendance poussée à l'extrême engendre son reflux, et le reflux de l'anti-paternalisme n'est pas l'autonomie. C'est un autre paternalisme, personnel. On a chassé le tuteur anonyme pour se retrouver dans les bras du père. La bureaucratie sans visage a été remplacée par un visage sans bureaucratie.

Quand la confiance institutionnelle s'effondre, il ne reste que deux monnaies pour tenir un peuple : le charisme et l'argent. Tant que le charisme opère, l'argent est inutile. Quand les sondages plongent et que des candidats républicains sèchent la convention du président, il faut passer à la seconde monnaie. Le chèque n'est pas une preuve de force. C'est l'aveu que le charisme ne suffit plus. Le tribun demandait la confiance. Le patron achète l'allégeance.

On m'objectera que j'ai défendu en janvier le transactionnalisme du Board of Peace, un milliard pour un siège. Entre Etats, tout est prestation, et y mettre un prix, c'est nommer un coût que la diplomatie préférait taire. Brutal, pas corrompu. Entre un dirigeant et son peuple, le vote n'est pas une prestation. Le consentement des gouvernés est la seule chose qui, dans une république, doit être donnée et ne peut être vendue, parce que c'est d'elle que procède la valeur de tout le reste. Quand un président y met un prix, il déclare que ce consentement ne vaut rien en soi. Vos convictions pèsent si peu que j'en fixe le tarif.

Et le mot achève la démonstration. Une baisse d'impôt reste de la politique : on vous dit ce que l'on fera du pays. Un dividende est le vocabulaire de l'actionnaire. Le citoyen n'est plus membre d'une communauté politique, il est porteur de parts, et le dirigeant distribue les bénéfices à ceux qui ont voté pour le conseil d'administration. L'être de lien est devenu un être de rendement.

Ce chèque ne sera probablement jamais versé. Le Congrès ne le votera pas, et le président dispose depuis 2024 d'une majorité s'il voulait vraiment distribuer mille milliards. Mais les électeurs ne sont pas des enfants : en 2018, une baisse d'impôt fut promise cinq jours avant les midterms, elle n'existait pas, et la Chambre fut perdue quand même. Un pot-de-vin n'opère que si le corrupteur est crédible. Il se peut que le dividende soit sans effet parce que plus personne ne croit aux dividendes. Rassurant sur les Américains, terrifiant sur leur République : une démocratie où la parole du président ne vaut plus rien n'est pas vaccinée contre la corruption. Elle n'a simplement plus de monnaie du tout.

Revenons à Julianus. Il avait acheté l'Empire et l'a gardé soixante-six jours avant d'être supprimé. Celui qui est resté, Septime Sévère, n'avait pas payé. Il avait les légions. La leçon de 193 n'est pas que le pouvoir s'achète. C'est que le pouvoir acheté ne tient pas, parce que celui qui a vendu une fois vend toujours, et au plus offrant.

Quand tout a un prix, la seule chose qui redevient précieuse est ce qui n'en a pas. Le reflux ne sera pas un retour aux institutions d'avant. Il sera la recherche, confuse et probablement violente, de ce qui ne se monnaye pas : une foi, une nation, un chef, une cause. L'Histoire propose rarement ce menu-là sans arrière-goût.

Un homme a mis un prix sur la paix en janvier. Il met un prix sur son peuple en septembre. Il reste une chose sur laquelle il n'a pas encore mis de prix. Nous saurons bientôt laquelle.

Bien à vous

7 réponses

  • 11 septembre 2026 11:54

    quelle culture G !
    impressionnant !


  • 11 septembre 2026 12:07

    Nexter
    J'ai 41 ans. J'ai accumulé beaucoup d'expériences au cours de cette vie et je sais que toi aussi. Il s'agit juste de faire péter les digues que l'on nous force à ériger à l'école. Attention, c'est un mal nécessaire mais l'enseignement scolaire n'est pas une fin en soi, c'est au contraire le commencement de quelque chose de crucial : l'appropriation des connaissances. Tu les revois sous le prisme du jugement critique et tu bâtis un nouveau système de pensées. C'est tout ce que j'ai fait, relire :D


  • 11 septembre 2026 12:17
    11 septembre 2026 12:07

    Nexter
    J'ai 41 ans. J'ai accumulé beaucoup d'expériences au cours de cette vie et je sais que toi aussi. Il s'agit juste de faire péter les digues que l'on nous force à ériger à l'école. Attention, c'est un mal nécessaire mais l'enseignement scolaire n'est pas une fin en soi, c'est au contraire le commencement de quelque chose de crucial : l'appropriation des connaissances. Tu les revois sous le prisme du jugement critique et tu bâtis un nouveau système de pensées. C'est tout ce que j'ai fait, relire :D

    lorsqu' un prof m'a sorti ''nous sommes là pour vous apprendre à apprendre''

    je me suis dit : all right , j'ai arrêté d'apprendre, pour me concentrer sur les jupes des filles 😂


  • 11 septembre 2026 21:14

    Belle tribune, mais rien de vraiment étonnant tellement c'est en accord avec le personnage.


  • 12 septembre 2026 04:39

    Après le pot de vin il est passé à l'incitation à tricher au maximum dans ces élections : il faut arrêter ce type, il faut que ça s'arrête....Aux Américains de faire le boulot.....


  • 12 septembre 2026 09:49

    Bravo sympho, un plaisir de lire votre essai. Ça devrait être déclaré d utilité publique...


  • 19 septembre 2026 13:35

    Vive le Groenland libre !


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