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CAC 40 : Joyeux anniversaire, USA, si vous parvenez à le fêter...

03 juil. 2026 12:28

Bonjour à tous !

Demain, 4 juillet 2026, les Etats-Unis souffleront leurs 250 bougies. Un quart de millénaire pour l'une des plus grandes expériences politiques de l'Histoire moderne. On imaginerait des feux d'artifice à perte de vue et une nation communiant dans le souvenir de 1776. La réalité est autre : selon un sondage Reuters/Ipsos, près d'un Américain sur cinq ne compte pas célébrer l'Independence Day. Et deux sur cinq doutent que leur pays existe encore dans 250 ans. Laissez infuser ces chiffres un instant. Ce ne sont pas des projections d'analystes moroses, c'est le regard qu'un peuple porte sur sa propre pérennité.

La cartographie de la fracture est éloquente. Vingt-neuf pour cent des démocrates se disent très fiers d'être américains, contre 90% des républicains. Chez les 18-34 ans, la fierté nationale tombe à 36%, quand elle culmine encore à 75% chez les plus de 65 ans. La faille n'est donc pas seulement partisane, elle est générationnelle. Certains refusent de fêter la nation parce qu'ils rejettent l'administration en place. D'autres rétorquent que la fête nationale devrait transcender les querelles du moment. Quand un peuple ne parvient même plus à s'accorder sur la célébration de sa propre naissance, c'est que la déchirure de la fabrique sociale est bien avancée.

Or il y a dans ce rejet un paradoxe savoureux. Ceux qui maudissent l'Amérique le font grâce aux libertés que l'Amérique leur garantit. Critiquer le gouvernement, manifester contre les élus, publier des opinions impopulaires, voter pour renverser les puissants : dans combien de pays, hier comme aujourd'hui, ces gestes conduisent-ils en prison, ou pire ? La Déclaration d'Indépendance fut elle-même un acte de protestation contre l'autorité, et la Constitution fut conçue pour limiter le pouvoir de l'Etat, non celui du peuple. Cracher sur ses racines tout en réclamant l'ombre de l'arbre, voilà l'exercice d'équilibrisme auquel se livre une partie de la population. Une nation ne survit pas longtemps lorsqu'on enseigne à la moitié de ses enfants le mépris de sa fondation tout en exigeant les protections que cette fondation a créées.

Mais ne nous trompons pas de diagnostic. La polarisation n'est pas la maladie, elle en est le symptôme. Les troubles civils prospèrent toujours sur le terreau de la détresse économique. Dette insoutenable, inflation, niveau de vie qui s'érode, confiance qui s'évapore : les gouvernements accablés finissent invariablement par diviser leurs propres populations. Chaque empire a connu ce moment de bascule où l'appartenance au clan supplante l'appartenance à la nation. C'est là que commence la fragmentation.

Faut-il rappeler la réponse de Benjamin Franklin à qui lui demandait quel régime venait d'être créé à Philadelphie ? "Une République, si vous parvenez à la conserver..." Cet homme savait que rien n'est jamais acquis, que tout système politique dérive sous le poids du temps et de la corruption. Les institutions américaines ont survécu à une guerre civile, à des dépressions, à deux guerres mondiales, précisément parce qu'elles furent dessinées pour encaisser le désaccord. Elles ne sont pas conçues, en revanche, pour encaisser la haine. Le jour où les citoyens cessent de voir dans leurs contradicteurs des membres de la même république pour n'y voir que des ennemis, les fondations se fissurent en silence.

Alors demain, que l'on soutienne ou que l'on combatte l'administration en place n'a strictement aucune importance. Deux cent cinquante ans, cela ne se fête pas pour un président, cela se fête malgré lui. Reste à savoir combien d'Américains s'en souviendront en regardant le ciel s'illuminer...

Bien à vous

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