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CAC 40 : "Murrica", avec l'accent...

18 juin 2026 21:26

Bonjour à tous !

29%. Telle est la part des électeurs démocrates qui se déclarent aujourd'hui profondément fiers d'être américains, contre 90% chez les républicains. Et chez les jeunes de dix-huit à trente-quatre ans, à peine plus d'un tiers, là où les plus de soixante-cinq ans sont les trois quarts. Ne vous arrêtez pas au caractère anecdotique du sondage. Ces chiffres ne mesurent pas le mécontentement à l'égard d'un président ou d'un Congrès, ils mesurent quelque chose de bien plus grave : la confiance d'une nation dans sa propre existence.

On accuse volontiers Trump d'avoir déchiré l'Amérique. Erreur de perspective. La fêlure est bien antérieure à son entrée en politique. Elle s'est ouverte sous Obama, lorsque le grand basculement financier de 2008 est venu lézarder la foi dans les gouvernements occidentaux et que s'est épuisée, année après année, la cohésion née des lendemains du 11-Septembre. Dès 2013, dès 2014, les lignes de faille affleuraient déjà. L'élection de 2016 n'a pas créé la division. Elle l'a exhibée.

Car une nation, comme tout organisme, ne tient pas par ses lois mais par une fiction partagée. Un récit. Une croyance commune en sa propre légitimité. Rome n'a pas vécu mille ans par la seule vertu de ses légions, elle a vécu tant que ses fils crurent à la grandeur de Rome. Le jour où cette foi s'évanouit, les institutions demeurent debout mais l'âme a déserté, comme un temple dont le dieu serait parti sans bruit. L'empire ne meurt jamais d'abord de ses ennemis. Il meurt de cesser de se raconter.

Observez alors la métamorphose. Longtemps, les Américains perdirent foi en Washington tout en croyant encore en l'Amérique. La colère visait les politiciens, les banquiers, les institutions. Les républicains accusaient les démocrates, les démocrates accusaient les républicains, mais sous la querelle subsistait un socle, une identité commune que nul ne songeait à renier. Puis le covid acheva l'ouvrage. Les familles cessèrent de se parler. Des amitiés s'éteignirent. Le voisin devint suspect, l'adversaire devint ennemi, et chaque scrutin se mua en combat du Bien contre le Mal. La politique cessa d'être l'art de gouverner la maison pour devenir le procès de la maison elle-même.

Et voici le seuil que nous franchissons aujourd'hui. La ligne de partage ne sépare plus seulement la gauche de la droite, elle sépare une part du pays de l'idée même de pays. Relisez ce vingt-neuf pour cent. Il ne s'agit pas de désapprouver une politique, il s'agit de ne plus tirer aucune fierté de la nation qui vous a vu naître. Ce qui passait, voici vingt ans, pour une trahison impensable se proclame désormais sans fard : des candidats déclarent ouvertement ne pas soutenir leur propre pays. Des institutions vouées au savoir ont enseigné, des années durant, à lire l'histoire nationale comme un long réquisitoire, si bien qu'une génération entière a grandi dans cette conviction étrange où le ressentiment envers la patrie se pare des couleurs de la vertu tandis que la fierté, elle, fait baisser les yeux.

Comment nommer ce phénomène ? Voici la cruelle ironie. On avait cru émanciper les peuples en les détachant de la nation, jugée trop étroite pour l'âge des flux mondialisés. Le projet, généreux dans son énoncé, a produit l'inverse de sa promesse : non pas des esprits libres, mais une population en guerre avec elle-même, trop absorbée par son propre procès pour bâtir quoi que ce soit. Les remèdes à la crise du nationalisme ont enfanté la crise de la cohésion. Car celui qui méprise sa maison ne la quitte pas pour mieux vivre ailleurs. Il y demeure, et il la sabote.

Que l'on mesure bien le péril. Tant que deux camps se disputent le taux de l'impôt ou le partage des dépenses, ils demeurent dans la politique, c'est-à-dire dans la maison commune. Mais lorsque le débat ne porte plus sur la manière de gouverner le pays mais sur la question de savoir s'il mérite seulement d'exister, on a quitté la politique pour entrer dans autre chose, dont l'Histoire connaît le nom et redoute la suite. Une nation survit à tous les désaccords sauf à un seul : celui qui porte sur son droit à être.

Bien à vous

1 réponse

  • 22:15

    Quand l'Amérique du nord et l'Amérique du sud ne formerons plus qu'une nation, alors cette partie du Monde seras en Paie avec elle même.


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