PARIS, 17 juin (Reuters) - La France profite de sa présidence du G7 pour mettre en lumière les déséquilibres économiques mondiaux croissants, alors que la forte hausse des exportations chinoises, les déficits chroniques des États-Unis et la faiblesse des investissements en Europe risquent d’exacerber les tensions commerciales et d’exposer l’économie mondiale à des chocs financiers.
Les déséquilibres entre le commerce mondial et les flux de capitaux ont atteint ce que le président français Emmanuel Macron a qualifié de niveaux insoutenables, ce qui l’a incité à inscrire cette question au programme du sommet des dirigeants du G7 qui se tient du 15 au 17 juin à Évian-les-Bains.
Les ministres des Finances du G7 sont convenus le mois dernier qu’une action coordonnée, longtemps restée lettre morte au sein du G20, était nécessaire, et ont averti que, sans cela, ces déséquilibres pourraient déboucher sur une crise financière.
Tour d'horizon des principales préoccupations :
UN MONDE D'ÉPARGNANTS ET DE DÉPENSEURS
Les balances courantes, qui mesurent les flux financiers entrant et sortant d’un pays sous forme d’importations et d’exportations, de revenus d’investissements et d’aide étrangère, illustrent un fossé qui ne cesse de se creuser depuis la pandémie de Covid-19.
Après s'être réduit au cours de la décennie qui a suivi la crise financière mondiale de 2008-2009, l'excédent de la Chine atteint désormais des niveaux records, la zone euro a conservé son rôle de prêteur et les États-Unis continuent de compter sur les capitaux étrangers pour financer leur consommation.
Dans l’ensemble, ces tendances laissent entrevoir un système mondial dans lequel l’excédent d’épargne est réinjecté dans la demande ailleurs, les États-Unis jouant le rôle de principal absorbeur mondial.
CHINE : UN EXCÉDENT FONDÉ SUR LA SURCAPACITÉ
Le modèle de croissance chinois, tiré par les exportations, fait l’objet d’une attention croissante, le soutien de l’État dépassant de loin celui de la plupart des autres économies et contribuant à porter la production bien au-delà de ce que ses ménages sont en mesure de consommer.
Sa position extérieure a radicalement changé ces dernières années, son excédent courant ayant bondi depuis la pandémie pour atteindre un niveau record de 735 milliards de dollars (633,46 milliards d'euros), à la suite d’un essor des exportations post-pandémique qui s’est produit malgré la hausse des droits de douane américains.
La faiblesse de la demande intérieure et la vigueur des exportations manufacturières ont contribué à accroître l’excédent chinois. Les détracteurs, dont le président américain Donald Trump, affirment qu’une monnaie artificiellement faible stimule les exportations chinoises, tandis que les entreprises bénéficient de subventions d’une ampleur bien supérieure à celle observée dans la plupart des économies avancées.
Emmanuel Macron a déclaré en décembre que, à moins que les grandes économies ne rétablissent un équilibre par la coopération, l’Europe n’aurait d’autre choix que de prendre des mesures protectionnistes.
Pékin rejette l’idée selon laquelle ses pratiques commerciales fausseraient les échanges. La Chine affirme que ses entreprises sont compétitives et qu’elle défendra leurs intérêts contre toute barrière commerciale.
ÉTATS-UNIS : UN MOTEUR DE LA DEMANDE EN DÉFICIT
À l’inverse, les États-Unis continuent de soutenir la demande mondiale avec des déficits courants persistants, reflétant une forte consommation des ménages et un faible taux d’épargne.
Cette tendance a été renforcée par une politique budgétaire accommodante, avec de multiples vagues de baisses d’impôts, des mesures de relance liées à la crise financière et des dépenses liées à la pandémie qui ont plongé le déficit fédéral profondément dans le rouge.
Cette combinaison rend les États-Unis dépendants des entrées de capitaux étrangers, ce qui revient à importer l’épargne des économies excédentaires pour financer leurs dépenses intérieures.
Si cette dynamique soutient la croissance mondiale, elle fait également des États-Unis un point névralgique des tensions commerciales, les décideurs politiques se tournant vers les droits de douane et la politique industrielle pour lutter contre ces déficits persistants.
EUROPE : UN EXCÉDENT LIÉ AU MANQUE D’INVESTISSEMENT
Alors que l’excédent de la Chine reflète une surproduction, la position externe de l’Europe trouve son origine dans la faiblesse de l’investissement intérieur et un niveau d’épargne élevé.
Les pays européens doivent mieux convertir l’épargne des ménages en investissements productifs, sous peine de prendre encore plus de retard par rapport aux États-Unis et à la Chine, selon un rapport de 2024 rédigé par l’ancien président de la BCE, Mario Draghi.
La croissance des investissements dans la zone euro est restée bien en deçà de celle des États-Unis depuis la pandémie, en particulier dans le secteur technologique.
Les économistes estiment que la faiblesse des investissements limite la demande intérieure, ce qui pousse l’épargne excédentaire à rechercher des rendements plus élevés à l’étranger, contribuant ainsi à alimenter l’excédent de la balance courante de la zone euro.
goto 8888.88