Bonjour à tous !
Il y a dans l'histoire économique un réflexe pavlovien qui ne cesse de m'émerveiller par sa constance : dès que les prix de l'énergie s'envolent, les gouvernements dégainent le contrôle des prix comme on sort un parapluie en pleine tempête tropicale. Ça rassure celui qui le tient, mais ça ne change strictement rien à la violence des éléments.
La Corée du Sud vient d'en offrir une illustration limpide. Pour la première fois en près de trente ans, Séoul annonce un plafonnement des prix du carburant tandis que le Brent tutoie les 119 dollars le baril dans la foulée de l'escalade iranienne. Il faut comprendre la vulnérabilité structurelle du pays : 70% de son pétrole provient du Moyen-Orient. Quand votre fournisseur principal s'enflamme, littéralement, le robinet ne coule plus de la même façon. Le KOSPI a décroché de 6%, le won s'est affaissé vers les 1500 contre le dollar, et les prix à la pompe à Séoul filent vers les 1945 wons le litre. Face à cela, le président Lee Jae Myung promet un programme de stabilisation de 100 000 milliards de wons, soit environ 67 milliards de dollars. De quoi colmater une brèche avec du papier crépon.
Car plafonner les prix, c'est déplacer le problème, jamais le résoudre. Soit l'État subventionne la différence et creuse un déficit qui se vengera plus tard, soit les fournisseurs cessent de vendre à perte et les pénuries s'installent. Les Américains l'ont expérimenté dans les années 70 lors du choc pétrolier : le résultat ne fut pas de l'essence bon marché mais des files d'attente interminables aux stations-service. L'eau ne remonte pas la pente parce qu'un décret l'y oblige.
Et c'est là que l'illusion la plus dangereuse entre en scène. Washington, avec cette assurance tranquille qui caractérise ceux qui n'ont jamais vu leurs certitudes exploser en vol, affirme que tout cela est temporaire. Le Secrétaire au Trésor Bessent rassure les marchés en expliquant que l'offre mondiale reste abondante, qu'il y a des centaines de millions de barils en transit, et que l'on pourrait au besoin relâcher du pétrole russe en levant partiellement les sanctions. L'administration accorde même une dérogation temporaire à l'Inde pour qu'elle achète du brut russe afin de soulager la pression. Quant à Trump, il assure que les prix retomberont rapidement une fois la menace nucléaire iranienne neutralisée. La guerre sera courte, le choc passager, circulez.
Mais depuis quand les guerres respectent-elles le calendrier de ceux qui les déclenchent ? L'Irak devait être réglé en quelques mois. L'Afghanistan, une affaire expéditive. Les deux se sont transformés en bourbiers de plusieurs décennies parce que les décideurs avaient sous-estimé les réalités culturelles et géopolitiques du terrain. Vingt pour cent du pétrole mondial transite par le détroit d'Ormuz. Il suffit que la menace d'une perturbation existe, pas même qu'elle se matérialise, pour que les marchés intègrent un risque qui ne s'évapore plus. Les traders ne réagissent pas aux gros titres, ils évaluent la probabilité que le conflit s'étende, que des infrastructures énergétiques soient frappées, que les routes maritimes soient coupées. Et une fois que ce risque est dans les cours, il ne s'en extrait pas d'un claquement de doigts.
Le pétrole au-dessus de 100 dollars, c'est déjà une réalité. L'essence américaine qui flirte avec les 4 dollars le gallon, c'est pour bientôt. Mais le diesel, lui, grimpe encore plus vite, et quand le diesel monte, c'est toute la chaîne qui suit : le transport, l'agriculture, l'industrie, l'alimentation. Tout est connecté dans une économie mondialisée où l'énergie est le sang qui irrigue chaque organe.
Et il y a un problème plus profond encore, celui que personne ne veut nommer. Pendant des années, les gouvernements occidentaux ont découragé les investissements dans la production énergétique tout en augmentant la demande mondiale. Ils ont fragilisé l'édifice de l'intérieur avant que la géopolitique ne vienne le secouer de l'extérieur. Quand on construit sur du sable, il ne faut pas s'étonner que la première vague emporte les fondations.
Lorsque les États commencent à parler de contrôle des prix et de fonds d'urgence, l'Histoire nous enseigne une chose simple : la crise ne fait que commencer.
Bien à vous