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Zone euro: Les rendements obligataires se tendent encore
information fournie par Reuters 08/10/2026 à 11:17

L'illustration montre des billets en euros

L'illustration montre des billets en euros

par Harry Robertson

Les rendements obligataires de la zone euro enregistrent jeudi de nouvelles fortes tensions, dans ‌un contexte de hausse des prix de l'énergie, les investisseurs continuant à se débarrasser des obligations des pays les plus endettés comme la France et l'Italie, provoquant un creusement des "spreads" dans le bloc.

La ​vague de ventes sur les marchés obligataires dans le monde est alimentée par des anticipations croissantes de hausses des taux par les banques centrales et par des inquiétudes concernant l'endettement des Etats.

Cela a propulsé les rendements à des niveaux inédits depuis plusieurs décennies dans de nombreux pays de la zone euro.

La France a été la plus durement touchée ces derniers jours alors qu'elle peine à maîtriser son déficit ​budgétaire, supérieur à 5% du produit intérieur brut (PIB). La prime de risque exigée par les investisseurs sur les obligations souveraines françaises, très surveillée par les marchés, a atteint son plus haut niveau depuis la crise de la zone euro de 2011-2012.

Le rendement de l'OAT ​française à dix ans monte jeudi de cinq points de base, 4,91%, après avoir touché en ⁠séance à 4,9349%, très proche de son pic de 24 ans enregistré vendredi, à 4,994%.

Le "spread", c'est-à-dire l'écart entre deux rendements, a augmenté de quatre points de base pour s'établir à 142 ‌points sur la maturité à dix ans entre le Bund allemand, référence pour la zone euro, et l'OAT française. Il avait atteint la semaine dernière son plus haut niveau depuis 2012, à près de 160 points de base.

Le rendement des obligations allemandes à dix ans s'affiche jeudi à 3,50%, en hausse de ​1,8 point de base.

Les rendements à court terme en zone euro, plus sensibles ‌aux anticipations de taux de la Banque centrale européenne (BCE), montent également jeudi, celui du Bund allemand à deux ans s'établissant à 3,05%, en ⁠hausse de 2,5 points de base.

Les rendements évoluent à l'inverse des prix des obligations.

LE RENDEMENT DU BUND PROGRESSE MOINS VITE

Les obligations allemandes ont bénéficié cette semaine de leur statut d'actif refuge. Les rendements de la première économie de la zone euro ont fortement baissé la semaine dernière alors que ceux des obligations des autres membres du bloc bondissaient.

Le rendement du Bund allemand a également progressé à un ⁠rythme moindre cette semaine que ceux de ‌nombreux autres pays.

Le catalyseur de la hausse de ce jeudi a été une nouvelle augmentation des prix de l'énergie due aux inquiétudes concernant l'approvisionnement au Moyen-Orient, sur ⁠fond de poursuite de la guerre menée par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran et du conflit connexe entre l'Arabie saoudite et les Houthis au Yémen.

Le cours du Brent bondit jeudi de 3,96% ‌à 104,14 dollars le baril, soit son plus haut niveau depuis une semaine.

"Le sentiment de risque reste fragile", observe Erik Liem, stratège en taux chez Commerzbank.

Les rendements des bons ⁠du Trésor américain à dix ans, qui donnent le ton aux coûts d'emprunt à l'échelle mondiale, progressent jeudi de près de cinq ⁠points de base, à 5,33%. Ils ont atteint mercredi ‌leur plus haut niveau depuis 2002 avant de reculer à la suite d'une adjudication réussie des bons du Trésor à dix ans.

LE DOLLAR PROCHE D'UN PIC DE 18 MOIS

Parallèlement, le dollar s'est rapproché ​jeudi de son sommet de 18 mois face à un panier de devises de référence, le compte rendu ‌de la dernière réunion de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine (Fed) ayant montré que ses responsables considéraient l'inflation comme le plus grand risque pour leurs perspectives.

La fermeté du billet vert pèse sur l'euro qui s'affiche jeudi à 1,1191 ​dollar, proche d'un creux de 17 mois.

"Si l'on regarde le taux de change euro-dollar, il ne s'agit pas seulement de la force du dollar, mais aussi de la faiblesse de l'euro due à la situation politique en France", a déclaré Tommy von Brömsen, stratégiste devises chez Handelsbanken.

Par ailleurs, des informations du Wall Street Journal font état de grandes entreprises technologiques qui cherchent à lever des milliards ⁠de dollars par emprunt, entrant ainsi en concurrence directe avec les Etats alors que les niveaux de financements sont limités.

Broadcom envisage de lever 50 milliards de dollars, tandis que SpaceX prévoit d'émettre 30 milliards de dollars de dette notée "investment grade" et de contracter 10 milliards de dollars de prêts pour acheter des puces à Nvidia, qui est l'un des principaux actionnaires de SpaceX.

Les marchés n'accordent qu'une probabilité de 19% à une nouvelle intervention de la Fed ce mois-ci, mais anticipent à 80% une hausse en décembre.

"Nous anticipons une deuxième hausse (de taux) de la Fed en décembre, même si nous estimons qu'il y a de fortes chances que la Fed finisse par conclure qu'un resserrement supplémentaire n'est pas nécessaire", écrivent les analystes de Goldman Sachs dans une note.

(Reportage Harry Robertson; avec la contribution de Wayne ​Cole; version française Claude Chendjou, édité par Benoit Van Overstraeten)

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