Mis en service en 1952, ce pipeline stratégique connectant les champs pétrolifères de l'est irakien à la Méditerranée via la Syrie a connu une histoire mouvementée, entre conflits et désaccords entre régimes. Bombardé et à l'arrêt depuis la dernière guerre d'Irak, il est aujourd'hui observé avec attention face aux tensions dans le détroit d'Ormuz.
Un raffinerie à Kirkouk (Irak), en 2007 (illustration) ( AFP / MARWAN IBRAHIM )
Rouvrir un robinet du pétrole irakien vers la Méditerranée : la Syrie et l'Irak sont en négociations pour remettre en état un oléoduc stratégique reliant les deux pays, a indiqué mardi 4 août un responsable syrien, précisant que les travaux devraient s'étaler sur environ trois ans.
Cette annonce intervient alors que les pays de la région cherchent des alternatives au détroit d'Ormuz, verrouillé par l'Iran depuis le début de la guerre l'opposant aux Etats-Unis. Ce blocage a fortement perturbé les exportations de pétrole irakiennes, et en avril, Bagdad a annoncé avoir commencé à acheminer du brut par camion via la Syrie.
L'Irak a dans le même temps signé le mois dernier un protocole d'accord avec Damas visant à remettre en service l'oléoduc connectant Haditha-Banias, destiné à transporter la production irakienne vers les marchés d'exportation méditerranéens et au-delà. Cette section est historiquement reliée au Kirkouk-Banias, qui court sur près de 900 kilomètres, des champs pétrolifères de l'est irakien jusqu'au port syrien donnant sur la Méditerranée.
Mise en service en 1952, cette voie stratégique a connu une histoire tumultueuse, interrompue pour de bon par les bombardements américains de la guerre en Irak de 2003. Les dommages avaient alors forcé Bagdad à se tourner vers des solutions alternatives, tandis que le régime syrien se voyait privé d'une infrastructure stratégique et d'une importante source de revenus. Syrie et Irak souhaitent désormais rétablir leur corridor énergétique, qui peut constituer une alternative à la voie de sortie obstruée du détroit d'Ormuz.
A date, un seul oléoduc en service ne raccorde le pétrole d'Irak à la Méditerranée, via la Turquie et le "Kirkouk-Ceyhan".
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L'américain Chevron sur les rangs
"Les négociations ont commencé en vue de finaliser le contrat" dans un délai de trois mois, a déclaré le PDG de la Société syrienne de pétrole (SPC), Youssef Qablawi, lors d'une conférence de presse organisée sur le site pétrolier de Rmeilan, dans le nord-est du pays. Selon lui, les études techniques, les procédures d'appel d'offres et les travaux devraient durer "trois ans au maximum". M. Qablawi a qualifié ce projet d'"essentiel" pour la Syrie, estimant que la capacité de l'oléoduc se situait entre "1,5 million et 2 millions de barils par jour".
Un consortium composé de trois entreprises, dont le géant américain Chevron, sera aux manettes du projet, dont les Etats-Unis ont salué en juillet "l'importance stratégique bilatérale et régionale". Les nouvelles autorités syriennes, qui ont renversé en décembre 2024 Bachar al-Assad au terme de plus de 13 ans d'une guerre civile dévastatrice, s'efforcent de relancer l'économie du pays et de rénover ses infrastructures. Au-delà de la remise en état de l'oléoduc, la Syrie veut porter sa propre production de pétrole à un million de barils d'ici 2030, contre quelque 100.000 actuellement, selon Youssef Qablawi. Damas contrôle désormais l'ensemble des gisements de pétrole et de gaz du pays, après s'être emparé, en début d'année, de zones du nord qui étaient auparavant sous contrôle kurde, notamment Rmeilan.
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