par Tuvan Gumrukcu, Humeyra Pamuk et Sabine Siebold
L'Otan a dévoilé mardi des dizaines de milliards de dollars de contrats d'armement, en forme de réponse aux demandes de Donald Trump, qui réclame de longue date davantage d'investissements de défense de la part des Européens et qui a toutefois répété sa déception alors que s'ouvre en Turquie un sommet de l'Alliance.
Les dirigeants de l'Otan se réunissent pendant deux jours à Ankara avec l'espoir d'afficher une unité mise à mal par les velléités de Donald Trump à l'égard du Groenland - territoire rattaché au Danemark, pays membre - et la menace du président américain de quitter l'organisation, reprochant aux alliés de tirer uniquement profit de la protection des Etats-Unis.
De nouvelles tensions sont apparues avec la guerre en Iran, lancée en février dernier par les Etats-Unis et Israël, le chef de la Maison blanche déplorant que des alliés n'ont pas répondu favorablement à ses demandes de soutien, notamment pour rétablir la circulation dans le détroit d'Ormuz, bloquée de facto par Téhéran en réponse aux bombardements israélo-américains.
Reçu par Recep Tayyip Erdogan à son arrivée à Ankara pour le sommet, Donald Trump a dit s'être abstenu de boycotter le rendez-vous, comme il l'avait envisagé, uniquement en raison de ses relations cordiales avec son homologue turc.
S'exprimant devant les journalistes, le président américain a de nouveau déclaré que les Etats-Unis devaient contrôler le Groenland et a dit aussi ne pas exclure de retirer des troupes supplémentaires d'Europe, alors que Washington a informé plus tôt cette année ses alliés de sa décision de revoir à la baisse son contingent militaire sur le Vieux Continent.
"On verra bien", a-t-il dit. "Je suis très déçu de l'Otan", a-t-il ajouté, citant en particulier la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne et l'Italie pour n'avoir pas suffisamment soutenu les Etats-Unis dans leur guerre contre l'Iran.
"Nous n'avons pas bien été traités" par les alliés, a dit également Donald Trump, tout en affirmant ne pas avoir besoin ni vouloir d'aide. "Avant même que je ne demande, ils ont dit qu'ils n'aideraient pas, alors que nous avons investi des milliers de milliards de dollars dans l'Otan".
RUTTE VANTE LES INVESTISSEMENTS DES ALLIÉS DE WASHINGTON
Au cours de ce qui constitue la première visite d'un président américain en Turquie en onze ans, Donald Trump a annoncé la levée des sanctions de Washington contre le pays, imposées en 2020 en réponse à l'achat de missiles de défense russes.
Il a également ouvert la voie à ce qu'Ankara puisse de nouveau se procurer des avions de chasse américains F-35. Cela réglerait un point épineux dans leurs relations bilatérales, même si un tel processus pourrait être fastidieux et non sans encombres.
Par ailleurs, il a affiché son optimisme à l'égard d'une issue à la guerre en Ukraine, comme il l'a déjà fait à maintes reprises depuis son retour au pouvoir en janvier 2025, indiquant qu'il s'était entretenu avant le sommet de l'Otan avec le président russe Vladimir Poutine et avec le président ukrainien Volodimir Zelensky.
"Ils veulent tous les deux conclure un accord", a-t-il dit aux journalistes. "C'est dommage que cela ait pris tant de temps (...) Quelque chose va arriver".
En amont du sommet d'Ankara, les alliés ont cherché à signaler au président américains qu'ils étaient passés à l'action en réponse à ses demandes.
Le secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, a souligné lundi la hausse "énorme" des dépenses de défense effectuées par les Européens. Il a également présenté mardi matin, lors d'un forum de l'industrie de défense, un éventail d'initiatives et de contrats d'armement, appelant à une "révolution" au sein de l'Alliance face aux dépenses militaires massives de la Russie et aux menaces de la Chine, de la Corée du Nord et de l'Iran.
"Nous n'avons pas le luxe d'attendre", a déclaré Mark Rutte. "Nous avons besoin maintenant de capacités garantissant que nous sommes prêts. La situation sécuritaire le réclame".
Le secteur européen de la défense a souvent été critiqué pour des lacunes imputées à des lourdeurs bureaucratiques et des rivalités entre entreprises et pays du continent, avec pour effet de rendre l'Europe dépendante de ses achats d'armement auprès des Etats-Unis.
QUERELLES
Face aux critiques de Donald Trump concernant ce qu'il juge comme un manque de soutien des pays de l'Otan pour la guerre en Iran, des responsables européens ont déclaré que les pays concernés ont globalement répondu à leurs engagements en matière d'accès de l'armée américaine à leurs espaces aériens et à leurs bases, en dépit d'une offensive déclenchée par Washington sans leur consentement pour un conflit très impopulaire en Europe.
Il était attendu que la France et la Grande-Bretagne présentent mardi, en marge du sommet, lors de discussions entre l'Otan et les ministres des Affaires étrangères de pays du Golfe, un projet de mission maritime internationale dans le détroit d'Ormuz.
Des diplomates ont toutefois indiqué que des avancées n'étaient pas anticipées, alors que l'Iran, en position de force sur la question dans ses négociations avec les Etats-Unis, a exprimé son opposition à toute initiative, critiquant Emmanuel Macron pour avoir déclaré qu'une telle mission verrait le jour.
Selon un diplomate européen, le président français, qui a effectué une visite à Damas avant de se rendre à Ankara, entend ainsi à démontrer à Donald Trump lors du sommet que l'Europe est un allié fiable de Washington. "Mais, au final, tant que l'Iran ne donnera pas son feu vert, tout le monde aura trop peur", a déclaré ce diplomate.
Plusieurs représentants européens ont dit avant le sommet d'Ankara se préparer à de nouvelles critiques de la part de Donald Trump et craindre que l'issue n'en soit pas positive, en partie en raison des relations volatiles du président américain avec certains dirigeants. La présidente du Conseil italien Giorgia Meloni, au coeur d'une querelle avec Donald Trump, est toujours dans le viseur du le chef de la Maison blanche.
(Reportage d'Andrew Gray, Tuvan Gumrukcu, Huseyin Hayatsever, Humeyra Pamuk et Sabine Siebold; rédigé par Jean Terzian, édité par Benoit Van Overstraeten)

0 commentaire
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer