Les taux d'emprunt de la France repartent à la hausse mardi après un recul net mais de courte durée la veille, ce qui met en évidence les défis auxquels la deuxième économie de la zone euro continue de faire face dans un contexte d'incertitude budgétaire et politique.
Le rendement de l'OAT à dix ans FR10YT=RR avance de de plus de 5 points de base pour s'établir à 4,9528% à 10h00 GMT, allant ainsi à contre-courant de son homologue allemand
DE10YT=RR , qui s'affiche en légère baisse à la même heure, à 3,3539%.
Le "spread", qui mesure la prime de risque exigée par les investisseurs pour détenir de la dette française par rapport à la dette allemande, considérée comme plus sûre, se creuse à nouveau pour évoluer à 160 points de base.
Le rendement de l'OAT reste toutefois inférieur à la barre des 5%, un seuil qu'il a franchi la semaine dernière pour la première fois depuis l'été 2002, un niveau révélateur de la vigilance accrue dont font preuve les investisseurs à l'égard d'une France aux prises avec un déficit élevé et une incertitude politique croissante.
"La discussion du budget 2027 n'est pas finie, mais à ce stade il ne laisse guère entrevoir de voie pour remettre le budget dans une trajectoire plus soutenable", écrivent mardi les analystes de LBP AM.
Ils soulignent que certaines mesures importantes d'économies, notamment sur les retraites, ont été rejetées par les députés et que la difficulté à arriver à des compromis entre forces politiques "ouvre la voie à un passage en force par le gouvernement, en utilisant par exemple l'article 49-3 de la constitution".
La situation politique n'en est pas moins tendue à l'approche de l'élection présidentielle de 2027 et alors que le gouvernement peine à mettre fin au vaste mouvement de contestation des lycéens et des étudiants, qui appellent à continuer la mobilisation malgré certaines concessions annoncées lundi par le ministre de l'Éducation nationale.
Les investisseurs craignent surtout que les mouvements sociaux ne compliquent encore davantage la réduction des déficits, un scénario que le ministre de l'Économie, Roland Lescure, a écarté en appelant lundi, dans le Financial Times, à apaiser les manifestants sans recourir à des dépenses supplémentaires.
Le coût de la vie reste par ailleurs l'une des principales préoccupations des Français, ce qui s'est traduit par une baisse de la confiance des ménages à son plus bas niveau depuis juin 2013, selon une enquête publiée mardi par l'Insee.
L'OAT avait pourtant bénéficié lundi du maintien, inattendu, de la note de crédit de la France à "Aa3" par l'agence de notation Moody's, son rendement ayant ensuite baissé d'environ 11 points de base pour enregistrer son plus fort recul quotidien depuis mai.
(Rédigé par Diana Mandiá, édité par Augustin Turpin)

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