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« Taux d'intérêt, qu'attendre de la Fed cette semaine ? » (Cercle des Economistes)

Boursorama19/09/2016 à 10:06

« Taux d'intérêt, qu'attendre de la Fed cette semaine ? » (Cercle des Economistes)

Le Comité de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine se réunit jeudi. Cette réunion de rentrée marquera-t-elle une inflexion dans l’évolution des taux d’intérêt outre-Atlantique ? Christian de Boissieu détaille les indicateurs qui pèseront dans la balance.

Lors de la dernière réunion du Comité de politique monétaire (FOMC) de la Fed en juillet 2016, Esther George fut la seule parmi les gouverneurs à voter contre le statu quo et pour un relèvement du taux des fonds fédéraux (taux directeur) de 0,5%  à 0,75%. Le rapport de force entre les « faucons » et les « colombes » sera-t-il  modifié lors du FOMC de cette semaine ? La Fed va-t-elle reprendre le chemin de la « normalisation » des taux amorcée en décembre dernier et interrompue depuis pour de bonnes raisons ? 

Le gouverneur Lael Brainard, l’un des membres  du FOMC, a donné le 12 septembre une conférence éclairante sur ce qu’il dénomme le « new normal » pour la politique monétaire. De multiples changements structurels invalident les repères  habituels. On l’avait compris dès la mise en œuvre des politiques monétaires non conventionnelles, mais cela s’applique encore au moment où la Fed hésite à réactiver l’arme conventionnelle du taux d’intérêt.

La Fed a un mandat beaucoup plus large que la BCE. Les membres du FOMC se déterminent à partir d’une palette d’indicateurs : l’inflation bien sûr, mais aussi la croissance, le chômage, les taux longs…

L’inflation ? Elle remonte un peu, à 1,1% en août 2016 en rythme annuel, encore nettement en deçà de la cible officielle d’inflation de la Fed qui est à 2%. Le noyau dur d’inflation (hors énergie et alimentation) progresse plus vite (2,3% en août) mais tout cela ne traduit pas de menace inflationniste à court terme. Les anticipations d’inflation demeurent basses. Avec les prix de l’énergie constatés  et anticipés à court terme, elles n’ont aucune raison de s’emballer.

La croissance ? Elle demeure volatile. Les bons et les moins bons chiffres se succèdent, à une cadence presque régulière ! Au second trimestre, le PIB n’a crû que de 1,1% en rythme annuel. En moyenne sur l’ensemble de l’année, la progression ne devrait pas dépasser 2%. Donc, pas de surchauffe, loin de là, et pas de motif de ce côté-là à un resserrement monétaire.

Le chômage ? Le diagnostic est plus complexe. Le taux de chômage est bas : 4,9% en août 2016. Des chiffres qui, vus de France, nous font rêver et qui suggèrent que l’économie américaine serait proche du plein emploi. En fait, il n’en est rien. Car la baisse tendancielle du taux de chômage depuis plusieurs années résulte de deux mouvements très différents : la reprise économique certes, mais aussi le recul du taux de participation signifiant qu’un certain nombre d’Américains, découragés, ne sont plus en recherche d’emploi. A 4,9%, le taux de chômage effectif est encore au-dessus du taux de chômage « naturel », lui-même en baisse, ce qui signifie que la probabilité d’une inflation salariale est faible. Une raison de plus pour la Fed de ne pas se précipiter.

On pourrait ajouter un argument lié au change : une hausse du taux  de la Fed ferait monter le dollar, pesant ainsi sur la compétitivité et les exportations américaines.

Last but not least, le contexte politique. La Fed, soucieuse de son indépendance, souhaite aussi ne pas être accusée d’interférer avec le cycle électoral. On l’imagine mal prendre l’initiative d’un tour de vis monétaire à quelques semaines de l’élection présidentielle.

Au total, Esther George ne sera peut-être plus la seule à voter le 21 septembre en faveur d’un resserrement monétaire, mais la majorité des votants au FOMC autour de la Présidente Janet Yellen devrait logiquement préférer le statu quo. La logique sera-t-elle respectée ?

 

Christian de Boissieu

Vice-Président du Cercle des économistes

Professeur à l’Université Paris I Panthéon- Sorbonne 

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