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Protectionnisme : le divorce entre économie et politique
information fournie par Le Cercle des économistes 19/01/2026 à 08:21

Pierre  Jacquet
Pierre  Jacquet

Pierre Jacquet

Ecole des Ponts Paris Tech

Professeur de politique économique

https://www.ecoledesponts.fr/

Des citoyens manifestent le 5 novembre 2025 devant la Cour suprême pour dénoncer la politique tarifaire du président Trump. Le même jour, l'institution ouvrait les audiences d’un recours contestant la légalité des «tarifs réciproques» instaurés par son administration. (Photo : Takayuki Fuchikami / Yomiuri Shimbun via AFP)

Des citoyens manifestent le 5 novembre 2025 devant la Cour suprême pour dénoncer la politique tarifaire du président Trump. Le même jour, l'institution ouvrait les audiences d’un recours contestant la légalité des «tarifs réciproques» instaurés par son administration. (Photo : Takayuki Fuchikami / Yomiuri Shimbun via AFP)

Économie et politique ne font pas bon ménage au sujet du commerce international. Pour un économiste, les avantages du commerce sont dans l'importation, et il faut exporter pour pouvoir importer (ce que nos ancêtres émerveillés par les épices d'Orient avaient bien compris). Mais pour de nombreux élus, commentateurs et gouvernants, l'intérêt de commercer consiste à exporter, et la dépendance vis-à-vis des importations est une faiblesse, ou pour certains comme Donald Trump, un cadeau fait aux autres pays. Un aspect de ce divorce, que la capture par les lobbys amplifie, tient à la compréhension des intérêts nationaux : sont-ils représentés par ceux des exportateurs, ou doit-on prendre aussi en compte ceux des consommateurs (ou des utilisateurs de biens intermédiaires), qui bénéficient des importations ?

En démocratie, tous ces points de vue sont légitimes, et le défi consiste à les mettre en cohérence. Cela peut amener l'économiste à reconnaître certains rôles du protectionnisme, par exemple (dont la compensation entre systèmes de normes inégaux ou concurrence excessive ou déloyale ou la nécessiter de gérer les transitions), et le politique à comprendre que le commerce international n'est pas un jeu à somme nulle. Au début 2026, ce défi reste largement devant nous. Mais l'idéologisation du « libre-échange » au cours des décennies passées n'a rien fait pour rapprocher les positions et on en paie aujourd'hui les excès.

Quelle interprétation des déficits commerciaux ?

Un autre aspect de la tension renvoie à l'interprétation des déficits commerciaux. Dès que l'on voit un signe négatif devant un solde (exportations moins importations), on considère qu'il y a un problème. Or il n'y a aucune raison de vouloir que le commerce bilatéral entre deux pays soit équilibré ! L'intérêt du commerce, entre nations comme entre individus, c'est bien de dégager des excédents quelque part et de les utiliser pour financer des déficits ailleurs. Et si, globalement, le commerce fait apparaître un déficit, la raison essentielle tient à la macroéconomie, en l'occurrence une insuffisance de l'épargne nationale par rapport à l'investissement, puisque, comptablement, le solde extérieur (en gros) est égal à la différence entre épargne et investissement. La tentation d'utiliser le protectionnisme pour y remédier paraît au mieux décalée !

L'actualité, en France et ailleurs, ramène ces tensions au cœur des débats. Donald Trump, utilise le protectionnisme comme une arme offensive pour obtenir des gains politiques et en a libéré l'usage par les autres pays. La France est tentée de l'utiliser vis-à-vis de la Chine, comme s'il y avait là une solution cohérente aux problèmes du pays, une double réponse à la montée en puissance de la Chine et à la désindustrialisation. Le terme même de désindustrialisation / réindustrialisation n'est pas mobilisateur. Plutôt que vouloir revenir sur des batailles du passé déjà perdues, tournons-nous vers l'avenir. Le défi est d'inventer les activités de demain, d'innover soi-même et sur les innovations produites par d'autres, dans un faisceau dense de contraintes essentielles : à la fois de créer des emplois bien rémunérés, d'accompagner la transition énergétique et environnementale et de contribuer à l'équité sociale et au bien-être des populations.

Ces défis conduisent à une tout autre approche, fondée sur nos propres efforts : libérer les énergies, voir le commerce international comme un ensemble d'opportunités à gérer et réguler, investir dans la recherche et l'éducation (ce que la Chine a largement fait), repenser le système d'innovation, et, en facteur commun, prendre en compte et maîtriser les enjeux sociaux, climatiques et environnementaux. Il s'agit d'une nouvelle éthique de croissance, autour de laquelle l'objectif serait de reconstruire l'identité européenne et de négocier de nouveaux accords multilatéraux. Ne serait-ce pas la meilleure réponse au Trumpisme et au déclin civilisationnel qu'il véhicule ?

2 commentaires

  • 09:49

    l’identité de l’Europe c'est quoi ? C'est l'union des 27 pays. En principe démocratiques


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