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Pourquoi le marché obligataire pourrait revoir ses perspectives concernant les USA
information fournie par Reuters 25/08/2026 à 13:27
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par Howard Schneider

La plupart des investisseurs continuent de considérer les bons du Trésor américain comme un placement pratiquement sans risque, comme en témoignent la stabilité de la notation de crédit de la dette américaine et le fait que le coût de l'assurance contre le défaut de paiement fédéral n'ait pas explosé.

Les événements de ces dernières semaines ont toutefois replacé la dette et le déficit fédéraux dans le contexte plus large d'une nouvelle ère marquée par des taux d'intérêt plus élevés à l'échelle mondiale et par une concurrence féroce pour chaque dollar de crédit disponible, ainsi que par des vents géopolitiques et démographiques contraires.

Même si elle ne paraît pas imminente, la perspective d'une crise dans le futur semble plus tangible, comme le suggère l'annonce surprise du secrétaire au Trésor, Scott Bessent, d'une intervention visant à freiner la flambée des rendements des obligations à long terme.

Voici quelques-unes des raisons de s'inquiéter :

PLUS DE DETTE QUE DE CROISSANCE

De la Seconde Guerre mondiale jusqu'à la fin des années 2010, l'économie américaine dans son ensemble a connu une croissance plus rapide que la dette fédérale, ce qui a contribué à maintenir l'endettement à un niveau raisonnable par rapport au volume de la production nationale de biens et de services.

Ce rapport a commencé à se déséquilibrer en raison des dépenses engagées pour faire face à la crise financière de 2007-2009 et à la pandémie de COVID-19 une décennie plus tard.

Les importantes baisses d'impôts impulsées par le président Donald Trump au cours de ses deux mandats à la Maison blanche, ont également aggravé les déficits, ce qui a à son tour accru le montant total de la dette.

UN DÉFICIT D'UN NIVEAU TYPIQUE D'UNE RÉCESSION

Les déficits publics augmentent en période de récession, à mesure que les allocations chômage et autres "stabilisateurs" prennent de l'ampleur. Les fonds injectés dans les ménages contribuent à leur tour à stimuler la demande et à raccourcir la durée de la crise.

Au cours de la crise sanitaire liée au COVID-19, les aides accordées aux ménages ont atteint des niveaux historiques et l'économie s'est rapidement redressée ensuite, démentant ainsi les craintes d'un effondrement prolongé.

Le déficit, c'est-à-dire la différence entre les dépenses publiques et les recettes fiscales, est toutefois resté proche des niveaux d'une récession, alors même que l'économie était en croissance.

Cela s'explique en partie par les allègements fiscaux adoptés par Donald Trump, mais aussi par l'augmentation inévitable des dépenses liées à une population vieillissante, ainsi que par la récente suppression des droits de douane américains, qui a contraint le gouvernement à commencer à rembourser les importateurs.

Les États-Unis ont franchi le seuil symbolique des 40.000 milliards de dollars de dette, mais c'est sans aucun doute l'augmentation du déficit annuel, qui avoisine désormais les 6% du PIB, qui représente la plus grande menace.

Les économistes considèrent généralement que le ratio gérable se situe à 3%, soit la moitié du niveau actuel.

40.000 MILLIARDS DE DOLLARS, C'EST TROP ?

Environ 8.000 milliards de dollars de la dette américaine totale en cours correspondent à des montants que le gouvernement se doit à lui-même, qui représentent, par exemple, des fonds "empruntés" à divers fonds fiduciaires, parmi lesquels le programme de Sécurité sociale destiné aux retraités et aux personnes en situation de handicap.

Ces fonds ont un statut différent de celui des détenteurs des 32.000 milliards de dollars de dette restants, qui comprennent des particuliers, des gouvernements étrangers et la Réserve fédérale (Fed).

Ces dettes publiques s'élèvent désormais à environ 100% du PIB annuel.

En tant qu'émetteur de la principale monnaie de réserve mondiale, les États-Unis bénéficient de certains avantages à cet égard, et tant que le pays sera perçu comme stable, respectueux des règles et conforme à l'État de droit, ce "privilège exorbitant" contribuera à assurer le financement de la dettes.

Mais personne ne peut savoir avec certitude où se situe le point d'inflexion en ce qui concerne les perceptions du marché quant à ce qui est viable.

Un ratio dette/PIB donné n'est pas nécessairement bon ou mauvais en soi. Cependant, les écarts de crédit des entreprises et les autres primes prises en compte dans les cours des obligations suggèrent que l'avantage des États-Unis par rapport à leurs concurrents endettés s'est réduit.

TENDANCES PRÉOCCUPANTES

Olivier Blanchard, ancien chef économiste du Fonds monétaire international (FMI), a souligné que, tant qu'un gouvernement peut s'endetter à un taux d'intérêt inférieur au rythme de la croissance économique, la dette peut être renouvelée de manière durable.

Cette règle empirique simple s'est avérée décisive pendant la crise du COVID-19, jetant les bases des prêts massifs de l'époque de la pandémie.

Elle s'est également révélée pertinente lorsque les taux d'intérêt mondiaux semblaient se situer à des niveaux bas, mais ils semblent désormais structurellement plus élevés, et pour les États-Unis, les coûts d'emprunt ne sont plus confortablement ancrés en dessous du taux de croissance économique.

Les paiements d'intérêts en pourcentage du PIB en disent long. Contrairement au ratio dette/PIB global, les paiements d'intérêts montrent le flux de revenu national nécessaire au service de la dette publique, à l'instar d'un ménage qui examine la part de ses revenus consacrée au remboursement de son crédit immobilier.

Entre des déficits importants, une dette croissante et des taux d'intérêt plus élevés, la part du PIB consacrée au paiement des intérêts a doublé pour atteindre environ 3%.

UNE CONCURRENCE ACCRUE POUR L'ÉPARGNE MONDIALE

Donald Trump et Scott Bessent ont promis une solution sans aucun coût pour résoudre les problèmes d'endettement grâce à une croissance économique plus rapide.

Ce pari n'est pas gagné d'avance. Des événements imprévus peuvent survenir, et une récession obligerait les États-Unis à renforcer leur capacité budgétaire pour contracter davantage d'emprunts afin de soutenir l'économie.

Le rythme et les sources de la croissance peuvent également jouer un rôle.

Les estimations actuelles du taux de croissance non inflationniste se situent généralement autour de 2%, voire légèrement en dessous, ce qui est bien inférieur à ce qui serait nécessaire pour réduire le poids relatif de la dette.

L'essor de l'intelligence artificielle (IA) pourrait contribuer à stimuler la production, mais le calendrier reste incertain pour une technologie susceptible à la fois de nuire à l'emploi, ce qui entraînerait une baisse des recettes de l'impôt sur le revenu.

Parallèlement, l'IA stimule considérablement la demande de crédit, ce qui pousse les "hyperscalers" à rivaliser avec le gouvernement des États-Unis pour attirer l'épargne mondiale et contribue à maintenir des rendements élevés.

(Reportage Howard Schneider; version française Diana Mandia, édité par Benoit Van Overstraeten)

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