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Pour la rentrée, notre stratégie reste résolument prudente
information fournie par Les sélections de Roland LASKINE 04/09/2026 à 14:09
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Un trader vu de dos (Crédits: Adobe Stock)

Un trader vu de dos (Crédits: Adobe Stock)

Le 4 septembre 2026

Notre note hebdomadaire de rentrée ayant consisté à recommander, la semaine dernière, de « dépondérer » la part des actions françaises dans les portefeuilles, n'est pas passée inaperçue. Si les arguments avancés sont dans l'ensemble partagés par les lecteurs, certains ont trouvé la conclusion stratégique un peu « radicale », en soulignant que la France n'est pas le seul pays concerné par les tensions sur les taux d'intérêt. Pour s'en convaincre, il suffit en effet de regarder les Etats-Unis, où le rendement des Fed Funds à 10 ans a récemment dépassé les 5%, son niveau le plus élevé depuis 2007. L'Allemagne, peu réputée pour son laxisme budgétaire, a également vu le taux de ses emprunts d'État à 10 ans monter de façon rapide ces dernières semaines, pour atteindre les 3,63%. Pour compléter le tableau, on pourrait ajouter le Japon qui emprunte désormais à 10 ans à 3%, au plus haut depuis 30 ans.
La hausse des taux d'intérêt touche en effet tous les pays occidentaux (sauf la confédération helvétique qui peut se permettre de lever de la dette à 0,44%). Les tensions que nous observons sur le marché obligataire s'expliquent par l'envolée du prix de l'énergie (pétrole et gaz) en lien avec la persistance de la guerre en Iran qui attise l'inflation et incite les détenteurs de capitaux à exiger des rendements plus élevés. Nous assistons aussi à un dérapage généralisé des déficits publics dans le monde et à l'arrivée en force des emprunteurs privés, notamment les géants de l'IA qui concurrencent directement les États sur le marché de la dette.

laskine

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Ce climat est évidemment peu favorable. Des rémunérations plus attractives sur les obligations signifient que les investisseurs préfèrent les placements sans risque, aux actions considérées comme moins sûres. Une hausse du coût du crédit est surtout synonyme de ralentissement de la croissance, ce qui peut finir par peser sur les perspectives de progression des résultats d'entreprises. Or, celles-ci sont aujourd'hui le principal élément de soutien du marché.

Pourquoi, dans ce contexte, une prudence accrue sur la Bourse de Paris ? Pour comprendre l'ampleur du phénomène, il suffit d'observer le comportement de notre CAC 40 en progression de seulement 1,3% depuis le début de l'année, comparé à 9,90% pour l'Eurostoxx 50 et à plus de 12% pour le S&P 500 américain. Ce retard est très inhabituel. Il s'explique en premier lieu par la structure de la cote parisienne peu garnie en valeurs technologiques qui font aujourd'hui l'essentiel de la hausse. La forte pondération de valeurs financières, bancaires notamment, constitue aussi un élément de fragilité. En temps normal, une hausse progressive et raisonnable des taux d'intérêt est plutôt favorable au secteur bancaire en Bourse, mais les tensions auxquelles nous assistons à huit mois de l'élection présidentielle peuvent devenir préoccupantes. Cette semaine, la presse a fait état des déclarations de Daniel Baal, le patron du Crédit Mutuel, selon lesquelles « le seuil d'alerte est atteint sur la dette française ». Son niveau est jugé « inacceptable ». Et, elle le sera encore plus avec la hausse des taux auxquels la France emprunte. Au passage, il a rappelé que les banques et compagnies d'assurances françaises, figurant parmi les premiers prêteurs de l'État français, seraient en première ligne en cas d'incident.

laskine

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Ce type de déclaration claque comme un avertissement à l'adresse des candidats à la fonction suprême, trop souvent dans le déni sur le sujet des déficits publics. Notre pays n'est pas le seul à être en butte à un déficit excessif. Mais, à la différence des Etats-Unis, où l'activité reste soutenue, la croissance est tombée, selon l'Insee, à zéro au cours du deuxième trimestre. Dès lors, il n'est pas sûr que la prévision d'une progression de 0,5% avancée par la Banque de France pour cette année puisse être tenue. Quand on sait que la croissance est le principal vecteur de recettes budgétaires pour les États, il est permis de s'inquiéter.  Surtout avec une balance des paiements courants déficitaire, ce qui n'est pas le cas de l'Italie ou de l'Allemagne. C'est ce que les économistes appellent les « twin deficits », toujours synonyme de mauvaise pente…

Quelle stratégie convient-il d'adopter pour cette rentrée de septembre ? A court terme, nous ne voyons aucun signe de détente durable et significative des taux d'intérêt. La guerre en Iran s'éternise, ce qui ne permet pas d'espérer une détente rapide du prix du pétrole et du gaz, dont les économies occidentales ont besoin pour casser l'inflation. Avec un indice des prix à la consommation supérieur à 3% dans la zone euro et aux Etats-Unis, il paraît difficile d'éviter un prochain train de hausse des taux directeurs de part et d'autre de l'Atlantique. Nous préférons, dès lors, conserver une stratégie globalement prudente sur l'ensemble des portefeuilles, avec un niveau conséquent de liquidités.

S'agissant de la France, nous maintenons notre stratégie de « dépondération » des valeurs cotées à la Bourse de Paris annoncée la semaine dernière. Celle-ci n'a rien de définitif, elle répond à une crainte de dégradation de l'attractivité boursière de la France dans un contexte de tensions pré-électorales. Notre sélection d'ETF Monde, dans laquelle nous avons réduit au minimum la part du tracker Amundi consacré au CAC 40 avec seulement 50 parts (soit la plus petite ligne du portefeuille) et, au contraire, renforcé les positions sur le tracker Amundi Nasdaq 100, ainsi que sur celui dédié aux « techs » européennes, a pleinement profité de ces arbitrages. Il n'a rien cédé sur un mois glissant, alors que sur la même période le CAC 40 a reculé de 4,4%. Depuis le début de l'année, il ressort en hausse de 6,4%. Notre sélection ISR/PEA, composée de fonds très largement ouverts sur les valeurs européennes, affiche à peu près la même performance.

Nos deux portefeuilles PEA d'actions détenues en direct sont par construction plus orientés vers le marché français. L'Offensif (+25,6% cette année) est plus ouvert sur la « tech » et l'énergie européenne. Avec dix actions « non exclusivement françaises », il a pris une bonne longueur d'avance sur notre stratégie d'ouverture de l'actif investi. Le Défensif présente un profil nettement plus hexagonal. Nous avons cette semaine réduit notre exposition sur deux valeurs phares du portefeuille : il s'agit d'Air Liquide et de Veolia Environnement qui figuraient parmi les lignes les plus importantes. Nous avons, par ailleurs, liquidé la position résiduelle de 5 actions Christian Dior que nous détenions encore en portefeuille.

Bonne lecture et bon week-end à tous,
Roland Laskine

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