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Où est passée l'IA chinoise ?
information fournie par Zonebourse 28/04/2026 à 15:55

Le 27 janvier 2025, une appli inconnue prend la première place de l'App Store américain. Elle s'appelle DeepSeek, vient de Hangzhou, et elle est gratuite. Dans la foulée, le Nasdaq dévisse de 3%, Nvidia perd 17% en une séance et voit s'évaporer 589 milliards de dollars de capitalisation, le plus gros effacement de valeur boursière jamais enregistré sur une journée.

Quinze mois plus tard, rebelote. Vendredi dernier, DeepSeek lance V4 en preview. Open source, 1,6 trillion de paramètres, entraîné sur des puces chinoises Huawei Ascend 950 et Cambricon. Dans la foulée, SMIC bondit de 10% à Hong Kong, Hua Hong de 15%. Mais cette fois, le Nasdaq ne cille pas. Entre deux cafés à la rédaction, on se demande depuis quelque temps où elle en est, cette IA chinoise.

Le silence vient de prendre fin

Dans son communiqué, DeepSeek estime que V4-Pro "rivalise avec les meilleurs modèles propriétaires au monde" et bat tous les modèles open source en codage agentique. Il ne reste devancé que par Gemini 3.1 Pro sur la connaissance générale. D'après CNN, V4 a été entraîné sur des puces chinoises Huawei Ascend 950 et Cambricon, pas sur Nvidia. Nous y reviendrons.

Reste à voir comment le modèle tient la route en conditions réelles : la version est encore en preview . DeepSeek reconnaît elle-même un retard de 3 à 6 mois sur GPT-5.4 et Gemini 3.1 Pro. Mais le signal est clair : la Chine vient de prouver qu'elle peut faire de la pointe, en open source.

Et Alibaba n'est pas en reste. D'après la fiche officielle publiée sur Hugging Face, son Qwen 3.5-9B, sorti le 2 mars, obtient 81,7 sur GPQA Diamond, un test de raisonnement de niveau doctorat. Le gpt-oss-120b d'OpenAI, qui pèse 13 fois plus de paramètres au total (les réglages internes qui déterminent la taille d'un modèle), plafonne à 80,1. Et derrière ces avancées, il y a un paradoxe.

Le décalage horaire des dollars

Selon le Stanford AI Index 2026, les Etats-Unis ont injecté 285,9 MdsUSD en investissement privé dans l'IA en 2025 contre 12,4 Mds en Chine. 23 fois plus. Et l'écart va se creuser : les 4 hyperscalers américains prévoient à eux seuls près de 700 MdsUSD d'investissements en infrastructure IA en 2026. Le sol américain compte déjà 5 427 data centers, 10 fois plus que n'importe quel autre pays.

Pourtant, plus les Américains dépensent, plus l'écart se réduit. D'après Artificial Analysis, deux modèles chinois (GLM-5.1 et DeepSeek V3.2) entrent désormais dans le top 10 mondial. DeepSeek V3.2 coûte 33 fois moins cher que Claude Opus 4.7 à l'usage (on détaillait ça dans un précédent papier). V4-Pro, sorti vendredi, descend à 3,48 USD par million de tokens en sortie, contre 25 USD chez Anthropic d'après Fortune. Mais pendant qu'on se focalise sur les benchmarks et les milliards levés, le vrai jeu se joue ailleurs.

Quand Pékin verrouille tout

Et là, le décor se complique. En début de semaine, Pékin a officiellement bloqué le rachat de Manus, pépite chinoise de l'IA agentique, par Meta pour 2 MdsUSD selon Bloomberg. C'est l'aboutissement d'une enquête lancée en janvier, après que les deux cofondateurs aient été interdits de quitter le territoire.

Le message envoyé aux entrepreneurs chinois est limpide : on peut grandir, mais pas s'évader.

Et le verrouillage ne s'arrête pas là. Le 22 avril, le secrétaire au Commerce américain Howard Lutnick a reconnu devant le Sénat que Nvidia n'a pas encore vendu une seule de ses puces H200 à la Chine, alors que Trump avait pourtant donné son feu vert en janvier. La raison ? Pékin lui-même refuse l'autorisation, "pour maintenir ses investissements concentrés sur sa propre industrie nationale", selon Reuters.

Le retournement est saisissant : ce n'est plus Washington qui bloque, c'est désormais Pékin qui ferme la porte. Et ça change tout.

L'autre signal, c'est cette chaîne de valeur locale que la Chine déploie à vitesse accélérée. Prenez BYD, un des leaders mondiaux de l'électrique. Son système de conduite autonome, généralisé sur tous ses modèles dont la Seagull à 9 500 USD, s'appuie sur l'IA DeepSeek R1.

Voiture chinoise, IA chinoise, consommateurs chinois. Reste un maillon manquant : les puces, un mix entre Nvidia et Horizon Robotics.

Alors, où est-elle, cette IA chinoise ?

Partout. Dans les puces Ascend que Huawei produit avec son partenaire chinois SMIC, parfois avec des DIES TSMC obtenus par canaux détournés selon la RAND Corporation. Dans les startups que Pékin empêche désormais de partir et de se vendre. Dans les modèles qui rivalisent avec les meilleurs américains pour 33 fois moins cher.

Avec un astérisque tout de même : selon une enquête du FT relayée par CNBC en juillet 2025, plus de 1 MdUSD de puces Nvidia interdites à l'export auraient continué à entrer en Chine via des canaux parallèles en l'espace de 3 mois.

Pékin bloque-t-il les puces américaines par pur patriotisme, ou simplement pour forcer son industrie à avancer tout en comptant sur le marché noir pour ne pas décrocher ?

Quoi qu'il en soit, l'Amérique n'a pas perdu la partie pour autant : 3 modèles américains tiennent toujours la tête du classement Artificial Analysis (Claude Opus 4.7, Gemini 3.1 Pro et GPT-5.4). Mais le confort est terminé.

Car l'Empire du Milieu ne court pas après la Silicon Valley. Il bâtit son propre écosystème, avec ses stars locales. Et pendant que les Américains ferment leurs modèles (Meta a lancé début avril Muse Spark, son premier modèle propriétaire, après l'échec de Llama), la Chine les publie en open source.

DeepSeek, Qwen, GLM-5.1, tous gratuits, tous téléchargeables. Le low-cost chinois n'est pas qu'une histoire de prix. C'est aussi une stratégie d'influence.

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