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Matières premières agricoles : l'impact durable de la crise du Golfe et des intrants en 2026
information fournie par Zonebourse 19/10/2026 à 18:02

Le conflit dans le Golfe, désormais entré dans son septième mois, s'intensifie au lieu de se stabiliser. Le cessez-le-feu d'avril, tout comme le protocole d'accord signé en juin, ont finalement été abandonnés après la reprise des hostilités en juillet. Evenement marquant de ces derniers mois : l'Arabie saoudite a suspendu le 11 septembre l'exploitation de son oléoduc Est-Ouest, long de 1 200 kilomètres, après une attaque de drones. Cette fermeture prive le brut saoudien de sa principale alternative pour éviter le détroit d'Ormuz.

Du détroit d'Ormuz aux champs : le choc des engrais

"Dans le secteur agricole, c'est surtout le commerce des engrais et des matières premières, acheminés par cette voie navigable, qui constitue la principale zone d'exposition", explique Aneeka Gupta, Equity Strategist pour WisdomTree. Cette situation s'inscrit dans la durée. La guerre déclenchée en 2022 entre la Russie et l'Ukraine a provoqué un bouleversement des flux commerciaux. Dans le même temps, elle a porté atteinte aux capacités de production.

Au Moyen-Orient, 31 usines d'ammoniac auraient été directement touchées ou mises à l'arrêt. En Asie du Sud, 49 autres installations sont actuellement à l'arrêt ou tournent au ralenti en raison de difficultés d'approvisionnement en matières premières. Par ailleurs, en Russie, au moins 20 usines ont subi des dommages à la suite de frappes de drones (Source : The Fertiliser Institute, mai 2026). Leur remise en route exigera à la fois du temps et des capitaux, bien après la cessation des hostilités.

Les pays du golfe Persique assurent près de 43% des exportations mondiales d'urée par voie maritime et 44% du commerce international du soufre (Source : NDSU Agricultural Trade Monitor, mars 2026). Aux Etats-Unis, bien que les deux tiers de l'urée et des phosphates soient produits localement, 12% de l'urée ainsi que 17% du DAP/MAP (deux engrais phosphatés les plus utilisés au monde dans l'agriculture) importés transitent encore par le détroit d'Ormuz. Cela semble indiquer une limitation de capacité étalée sur plusieurs saisons, plutôt qu'à une difficulté liée au transport.

Céréales et grandes cultures : le poids des risques géopolitiques

"L'énergie a affiché en 2026 les fluctuations individuelles les plus marquées, les produits raffinés ainsi que le brut occupant quatre des cinq premières positions. Cependant, depuis le début de l'année, ce qui ressort le plus du tableau (voir ci-dessous), est moins l'ampleur des variations que celle de la participation. L'agriculture s'étend quasiment sur toute la gamme du classement, du riz jusqu'au sucre", observe Anneka Gupta.

Graphique : La performance des matières premières depuis le début de l'année

Source : Bloomberg Finance L.P., WisdomTree au 21 septembre 2026

Les cultures annuelles réagissent principalement aux facteurs géopolitiques et au coût des intrants, bien plus que par la météo. Le blé illustre parfaitement la tendance : le rapport WASDE (World Agricultural Supply and Demand Estimates) de septembre sur les perspectives mondiales de l'offre et de la demande agricoles affiche un ton résolument baissier.

"Pour la campagne 2026/2027, la production mondiale a été revue à la hausse de 3,1 millions de tonnes, atteignant désormais 822,4 millions, sous l'effet de récoltes plus abondantes en Australie et au Canada. Quant aux stocks de fin de campagne, ils progressent également de 3 millions de tonnes pour s'établir à 276,3 millions. Néanmoins, le blé enregistre une progression de 42% depuis le début de l'année (Source : Bloomberg Finance L.P., 31 décembre 2025-21 septembre 2026). En cause : les attaques répétées menées par la Russie et l'Ukraine contre les infrastructures portuaires de la mer Noire qui ont perturbé la principale route physique assurant près d'un quart des exportations mondiales de blé", souligne Aneeka Gupta.

L'experte ajoute que "la position nette spéculative sur le blé s'est accrue de 130% au cours du mois écoulé, signe d'un regain d'optimisme vis-à-vis de cette céréale" (Source : Commodity Futures Trading Commission, 16 septembre 2026). S'agissant du blé, l'argument structurel tiendrait moins à l'aspect temporaire actuel de la prime de risque qu'à la question de savoir si ce niveau se maintiendra dans la durée. Les infrastructures de la mer Noire font désormais l'objet d'attaques régulières, et le blé australien, quant à lui, se trouve en pleine zone d'exposition à El Niño (phénomène climatique naturel qui se traduit par un réchauffement anormal des eaux de surface dans le centre et l'est de l'océan Pacifique équatorial) pour la récolte 2026/2027.

Tensions sur le maïs et soutien de la demande sur le soja

Par ailleurs, du côté du maïs, le marché montre un net resserrement. La production américaine pour 2026/2027 s'établit désormais à 401,3 millions de tonnes, soit une baisse de 5,4 millions de tonnes, conséquence de conditions à la fois chaudes et inégalement humides. A l'échelle mondiale, la production recule de 7,9 millions de tonnes pour atteindre 1 291 millions de tonnes, tandis que les stocks mondiaux de fin de campagne enregistrent un repli de 2,6 millions de tonnes à 272,1 millions de tonnes. Le positionnement net a augmenté de 92%. Pour le maïs, culture particulièrement gourmande en azote, la contrainte sur les intrants constitue un facteur de tension pluriannuel tandis que les prix des engrais devraient rester supérieurs à leurs niveaux d'avant le conflit au moins jusqu'en 2028.

Dans les régions où l'on constate déjà une sous-utilisation chronique de phosphate et de potasse, les apports ont reculé de 10 à 15% au cours des dernières années. Les conséquences sur le rendement apparaissent avec un décalage de trois ans. Ce frein agit de façon graduelle et cumulative sur le rendement tendanciel, plutôt que comme un choc isolé affectant une seule saison. C'est précisément ce mécanisme qui permet au conflit de se perpétuer.

Le complexe du soja, quant à lui, a réagi davantage sous l'effet de la demande que de l'offre. Le Département de l'Agriculture des Etats-Unis (USDA) a porté la production américaine à 123,4 millions de tonnes. De son côté, la Chine a déjà acquis près de 13 millions de tonnes depuis le début de la saison, soit plus de la moitié de son objectif annuel de 25 millions de tonnes fixé jusqu'en 2028, dans le cadre d'un accord d'achats agricoles portant sur 17 milliards de dollars.

Cet accord d'achat chinois court jusqu'en 2028 et pourrait apporter un soutien à la demande, cette fois moins tributaire des aléas climatiques. La prudence à court terme porte sur les stocks : ceux de soja et d'huile de soja dépassent de 7,9% et 8,5% leurs moyennes saisonnières sur cinq ans, respectivement. L'huile de soja profite d'un appui additionnel, souvent négligé, provenant du secteur énergétique ; un baril de brut dépassant les 100 USD pourrait stimuler la demande en biocarburants, ce qui soutiendrait le marché des huiles végétales, indépendamment de la dynamique de trituration du soja.

Softs : un secteur divisé face au climat et à l'énergie

Ce tableau de performance depuis le début de l'année met en évidence des trajectoires divergentes. "Le sucre gagne 20%, le coton 25%, tandis que le cacao cède 9%, le café 22% et le jus d'orange chute de 28% (Source : Bloomberg Finance L.P., du 31 décembre 2025 au 21 septembre 2026). Traditionnellement le plus exposé à El Niño, le segment des softs s'est révélé cette année le maillon le plus faible du secteur agricole", note Aneeka Gupta.

"Le sucre fait exception en subissant un double choc, souligne l'analyste. Début septembre, le sucre brut s'est négocié à 18,44 cents la livre, proche d'un sommet de 16 mois à 18,77 cents, alors que le resserrement de l'offre renforçait les anticipations d'un déficit pour la campagne 2026/2027. La production du centre-sud du Brésil a reculé de 7,9% au cours de la première moitié d'août, et la hausse des prix de l'énergie continue d'inciter les usines à privilégier l'éthanol au détriment du sucre.

L'Inde a autorisé l'importation d'un million de tonnes de matières premières exemptes de droits de douane tout en réduisant fortement la part de la production d'éthanol. Cette combinaison de mesures suggère que les stocks nationaux sont plus faibles que ce qu'indiquent les chiffres officiels. De plus, les précipitations de mousson sont nettement inférieures à la normale au Maharashtra, au Karnataka et au Marathwada, régions représentant près d'un tiers de la production indienne.

Le sucre présente à la fois une exposition aux conditions météorologiques et une transmission des prix de l'énergie, et il dispose de la marge d'inventaire la plus faible parmi les principales matières premières agricoles.

Cacao et café : des dynamiques opposées

Le cacao présente la configuration la plus complexe. Depuis le creux touché au 2e trimestre, les prix se sont nettement redressés. A New York, les contrats à terme oscillent autour de 6 250 dollars la tonne. En Afrique de l'Ouest, les précipitations relevées durant la courte saison sèche d'août sont demeurées largement en deçà des moyennes saisonnières. Ce déficit de pluie fait peser une réelle menace sur la survie des cabosses et pourrait compromettre le développement de la récolte principale si les pluies de septembre venaient à manquer.

Dans ce contexte, la situation des stocks s'avère fondamentalement distincte de celle observée en 2023/2024. Les stocks certifiés ICE sont remontés à des niveaux voisins d'un sommet sur deux ans, alors que le broyage européen au 1er trimestre a diminué de 4,6% sur un an, pour toucher un plancher inédit depuis 17 ans (Sources : European Cocoa Association au 16 juillet 2026 et International Continental Exchange au 31 août 2026).

Le cacao affronte cette période El Niño en bénéficiant de réserves de stocks qui lui faisaient défaut il y a deux ans, tandis que la demande, elle, porte encore les traces du précédent choc des prix. Le scénario optimiste suppose que les conditions météorologiques dépassent cette marge de sécurité. Une situation différente de celle observée en 2023.

Sur le marché du café, l'Arabica profite d'un regain d'offre : la récolte progresse rapidement au Brésil et, selon les derniers chiffres révisés, les exportations affichant des volumes nettement supérieurs aux prévisions initiales. Les stocks certifiés restent proches de leurs plus bas niveaux depuis plusieurs années, tandis que la disponibilité physique demeure restreinte. Toutefois, la dynamique de l'offre évolue dans un sens positif. Le robusta constitue l'exposition la plus intéressante. Il évolue actuellement proche de ses plus bas niveaux observés depuis plusieurs mois, aux alentours de 3 296 USD la tonne (Source : Bloomberg Finance L.P., au 22 septembre 2026). Cette situation intervient alors que la sécheresse gagne du terrain en Indonésie et au Vietnam, au moment même où la période de floraison s'avère déterminante. Le café étant une culture pérenne, les dégâts constatés lors de la floraison actuelle n'affecteront pas la récolte en cours, mais bien celle de 2027/2028", indique Aneeka Gupta.

Les prix du robusta évoluent à proximité de leurs récents planchers, tandis que les grandes zones de production basculent dans la catégorie d'exposition la plus forte à El Niño. Un décalage apparaît ainsi entre les prix en vigueur et les risques météorologiques susceptibles d'affecter l'offre.

Le coton suspendu à la demande mondiale

Par ailleurs, "le coton affiche une hausse de 25% depuis le début de l'année et demeure la matière première la plus dépendante de la demande", fait savoir Aneeka Gupta. La trajectoire récente des prix est orientée à la baisse, en raison de l'amélioration des conditions de culture aux Etats-Unis, du ralentissement des ventes à l'exportation et d'un dollar plus ferme. La courbe est en contango (= désigne une situation de marché où le prix à terme - futures - d'un actif est supérieur à son prix au comptant - spot - actuel) un phénomène un peu plus marqué que pour le blé ou le maïs, ce qui contraste avec des stocks de coton qui sont les plus faibles du groupe sur une base saisonnière.

"Cette divergence montre que le marché accorde plus de poids aux conditions actuelles des cultures qu'à la faiblesse des stocks de la récolte précédente, et une perturbation météorologique jusqu'en 2027 laisserait très peu de marge de sécurité", fait remarquer l'experte. Toutefois, la trajectoire à plus long terme du coton dépend davantage de la demande mondiale du secteur textile et du dollar que de la région Pacifique.

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