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Les Etats du Golfe redoutent des négociations axées sur le détroit d'Ormuz
information fournie par Reuters 21/04/2026 à 12:34

par Samia Nakhoul

Les pétromonarchies du Golfe redoutent que d'éventuels pourparlers entre les Etats-Unis et l'Iran portent essentiellement sur la réouverture du détroit d'Ormuz, reléguant au second plan des mesures de désescalade régionale qu'elles jugent vitales pour leur sécurité.

Des responsables et analystes régionaux s'attendent à que les discussions qui pourraient se tenir à Islamabad se focalisent sur la gestion du transport maritime à travers ce bras de mer stratégique et sur la limitation des capacités iraniennes d'enrichissement de l'uranium, non pas sur l'arsenal de missiles de Téhéran et les capacités de nuisance de ses alliés au Proche et Moyen-Orient.

Au sein des gouvernements du Golfe, on craint que cette approche entérine le contrôle de facto de l'Iran sur les fournitures d'hydrocarbures de la région, en se contentant de le gérer au nom de la stabilité de l'économie mondiale, sans prendre en compte les intérêts des pays les plus exposés aux conséquences sécuritaires et énergétiques du conflit.

"Au bout du compte, Ormuz sera la ligne rouge (...). Ce n'était pas un sujet auparavant. Ça l'est désormais. La donne a changé", déclare une source proche des cercles gouvernementaux de la région, alors que les négociations sur le nucléaire bloquent sur le refus de Téhéran d'abandonner toute activité d'enrichissement de l'uranium.

Longtemps brandie par l'Iran, la menace de fermeture du détroit d'Ormuz, par où transite un cinquième du pétrole et gaz mondial, était restée un tabou jusqu'à ce qu'elle se concrétise en réponse aux bombardements déclenchés le 28 février par les Etats-Unis et Israël contre la République islamique, offrant à Téhéran un atout maître en perturbant l'ensemble de l'économie mondiale.

"L'Iran s'était préparé depuis des années à un scénario impliquant la fermeture du détroit, planifiant chaque étape", affirme un haut responsable des forces de sécurité iraniennes. "Aujourd'hui, c'est l'un des instruments les plus efficaces de l'Iran (...) et un puissant moyen de dissuasion. C'est un atout que le monde ne peut pas enlever parce qu'il découle précisément de la situation géographique de l'Iran."

FRUSTRATION

Au fond, s'inquiètent les Etats du Golfe, le contentieux d'Ormuz porterait moins sur le contrôle du détroit que sur la définition des règles de passage, effaçant les normes internationales au profit d'arrangements imposés par la force.

"Ce qui se dessine aujourd'hui n'est pas un règlement historique, mais la gestion délibérée d'un conflit de longue haleine", estime la politologue Ebstesam Al Ketbi, présidente du groupe d'études Emirates Policy Center.

"Un accord avantageux pour nous devrait aussi régler la question des missiles, des groupes armés supplétifs. Or, il semble qu'ils s'en désintéressent."

Selon des analystes, une telle approche dans les négociations ne permettrait pas de résoudre les tensions mais de les maintenir à un niveau soutenable. Un tel résultat pourrait convenir à Washington et Téhéran mais risquerait de pérenniser une situation instable pour les pays du Golfe.

Les pétromonarchies paient déjà le prix fort de la riposte iranienne à la guerre déclenchée par les Etats-Unis et Israël. Les routes de contournement du détroit d'Ormuz coûtent cher en primes d'assurances et restent exposées aux menaces de missiles.

Dans les Etats arabes du Golfe, le sentiment envers les Etats-Unis, garants théoriques de leur sécurité, fluctue entre ressentiment, confusion et frustration d'être mis à l'écart.

Abdoulaziz Sager, président du Gulf Research Center, un think tank saoudien, estime que le traitement du dossier iranien nécessite une "approche différente".

"Les Etats-Unis font partie intégrante de la sécurité régionale. Mais cela ne signifie pas agir unilatéralement, ni s'engager pleinement sans impliquer la région", dit-il.

Selon des sources diplomatiques, les pays du Golfe exhortent Washington à ne pas lever totalement ses sanctions contre l'Iran et préconisent une démarche par étapes pour tester le comportement de Téhéran, soulignant que les principales menaces demeurent, notamment les missiles capables d'atteindre leurs capitales et les groupes armés alliés à l'Iran dans la région.

Abdoulkhaleq Abdoulla, un universitaire des Emirats arabes unis, reconnaît que les capacités militaires américaines ont permis aux Etats du Golfe de se défendre contre les frappes iraniennes mais, ajoute-t-il, si les Etats-Unis sont indispensables, ils sont également faillibles, comme le montre le fait d'avoir sous-estimé la possibilité d'une confrontation autour du détroit d'Ormuz.

L'une des leçons de cette guerre, renchérit Mohammed Baharoon, directeur général du Centre de recherche sur les politiques publiques de Dubaï (b'huth), est d'avoir exposé les limites de la dépendance à un seul protecteur extérieur.

(Avec la contribution de Parisa Hafezi, Jean-Stéphane Brosse pour la version française)

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