L'offre conjointe relevée à 20,35 milliards d’euros de Bouygues Telecom BOUY.PA , de Free, filiale d’Iliad, et d’Orange ORAN.PA pour SFR, le deuxième opérateur télécoms français, pourrait constituer une épreuve de vérité pour le marché européen des télécommunications.
Les régulateurs ont depuis longtemps tracé une ligne rouge visant à maintenir quatre opérateurs par pays, résistant aux pressions en faveur d’une consolidation destinée à rivaliser avec les concurrents américains et asiatiques.
Chaque opérateur qui acquerra une partie de SFR fera l’objet d’un examen distinct par les autorités de la concurrence, a déclaré un porte-parole d’Orange à Reuters.
Les trois entreprises ont déposé vendredi leur offre conjointe pour racheter la majeure partie des actifs d’Altice France, la société mère de SFR. Une précédente proposition de 17 milliards d’euros avait été rejetée en octobre par Altice, société fondée par l'homme d'affaires Patrick Drahi.
S'il est finalisé, l'accord autour de SFR bouleverserait l’un des marchés des télécommunications les plus concurrentiels d’Europe. Les opérateurs français se livrent une guerre des prix depuis plusieurs années, pesant sur les marges et la croissance du chiffre d'affaires.
Un porte-parole de la Commission européenne a déclaré que celle-ci n’avait pas été formellement notifiée de la transaction envisagée.
"Lorsqu'une transaction constitue une concentration et est de dimension communautaire, il appartient toujours aux entreprises de la notifier à la Commission", a ajouté le porte-parole.
QUELS SONT LES ENJEUX DE L'OFFRE ?
Les régulateurs de la concurrence de l'UE ont imposé des mesures correctives sévères et ont même bloqué les accords dans le secteur des télécommunications qui prévoyaient de réduire le nombre d'opérateurs de réseaux mobiles de quatre à trois sur le marché d'un seul pays, afin de préserver la concurrence et d'éviter les hausses de prix.
Toutefois, un rapport de l'UE sur la compétitivité de l'Union européenne publié en 2024 a exhorté les régulateurs à assouplir leur position, qui a abouti à un secteur très fragmenté, et à se concentrer davantage sur le soutien aux entreprises pour leur permettre de gagner en envergure et de rivaliser avec leurs concurrents américains et chinois.
Cela faisait écho à certains appels lancés par des dirigeants du secteur, qui exhortaient l’Union européenne à faciliter les fusions en évaluant les transactions à l’échelle régionale plutôt que nationale, et en tenant compte des plans d’investissement.
La Commission européenne cherche à faciliter les autorisations d’opérations paneuropéennes afin de renforcer les effets de taille, a rapporté Reuters.
QUI EXAMINERAIT UNE OPÉRATION DE SFR ?
L’acquisition des actifs français d’Altice serait probablement soumise à un examen de la Commission européenne, qui dispose de 25 jours ouvrables après le dépôt d’un dossier pour mener une première évaluation.
Ce délai peut être prolongé de 35 jours ouvrables afin d’examiner d’éventuelles mesures correctives ou une demande d’un État membre souhaitant traiter le dossier.
La plupart des fusions sont approuvées, mais la Commission ouvre parfois une enquête approfondie de deuxième phase pouvant durer jusqu’à 90 jours ouvrables supplémentaires, voire 105 jours en cas de prolongation.
QUE DIT LE GOUVERNEMENT FRANÇAIS ?
Paris jouera un rôle clé en cas d'accord, car le gouvernement français est le principal investisseur d'Orange.
En tant que membre du conseil d'administration, son influence peut s'étendre aux négociations, qui pourraient porter sur la protection de l'emploi et l'intérêt national.
Le ministère des Finances a dit vendredi "suivre avec attention" cette opération qui constitue selon lui une "étape importante pour une opération structurante qui concerne l'ensemble du secteur télécom français et européen".
"Nous demeurons extrêmement vigilants quant à la préservation de l’emploi, à l’impact sur les prix des abonnements pour les consommateurs, ainsi qu’au maintien des investissements dans les réseaux.".
COMMENT SE COMPOSE LE SECTEUR FRANÇAIS ?
La France compte actuellement quatre opérateurs de télécommunications, Orange étant le leader du marché. Cela signifie qu'il ne pourrait acquérir que la plus petite part de SFR, qui compte 19 millions d'abonnés mobiles et plus de six millions d'abonnés à la fibre optique.
Le marché français a subi de nombreuses transformations, Orange ayant été racheté par France Télécom en 2000.
En 2014, Vivendi a vendu SFR à Numericable de Patrick Drahi, pour 13,4 milliards d'euros en numéraire et une participation de 20% dans l'entité combinée, donnant naissance à Altice France, aujourd’hui à son tour convoitée.
Altice a finalisé l’an dernier une restructuration de sa dette, à l’issue de laquelle Patrick Drahi détient 55% d’Altice France et les créanciers 45%.
Bouygues Telecom, qui cherche à obtenir la plus grande part des activités d'Altice, s'est renforcé grâce à l'acquisition de La Poste Telecom, ajoutant 2,3 millions de clients en 2024.
Iliad est entré sur le marché français en 2012 sous la marque à bas prix Free, déclenchant une forte concurrence tarifaire.
Les trois opérateurs ont proposé d'acquérir la plupart des activités de SFR, à l'exception de ses participations dans les actifs fibre et dans les départements et régions d'outre-mer.
(Reportage Gianluca Lo Nostro et Elvira Pollina, version française Elena Smirnova, édité par Augustin Turpin et Blandine Hénault)

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