Un magasin Carrefour Express (crédit photo : L. Grassin )
Une déconvenue historique en Bourse pour Carrefour ? L'action du distributeur, qui plongeait de presque 14% mercredi en début d'après-midi, se dirige vers la plus forte baisse en une séance de son histoire à la suite d'une sévère alerte émise sur les résultats de 2026. Si le groupe explique cet avertissement par la situation sociale en France, ses contre-performances en Espagne et au Brésil indiquent que ses difficultés dépassent les frontières de l'Hexagone.
Pour l'exercice en cours, et par rapport à 2025, Carrefour prévoit maintenant un résultat opérationnel courant (ROC) en croissance, avec une marge en progression de 0 à 15 points de base, un résultat net ajusté par action "stable ou en légère" hausse et un flux de trésorerie disponible "en léger repli". Précédemment, le groupe tablait sur une amélioration de 25 points de base de sa marge de ROC, une croissance "dans le haut de la fourchette à un chiffre" de son résultat net ajusté par action et sur une "légère croissance" de son flux de trésorerie disponible.
Les dirigeants de Carrefour ont justifié cette alerte sur résultats par "la dégradation de la situation sociale et sécuritaire en France" qui concourt à une détérioration de "la dynamique de consommation" et des "conditions opérationnelles" dans le pays. Les nouvelles prévisions du distributeur tiennent compte des coûts directs liés aux vols et aux dommages survenus pendant les émeutes du week-end dernier. Elles intègrent également les dépenses liées au renforcement des mesures de protection et de logistique, ainsi que les conséquences de la fermeture de certains magasins à la suite de ces événements. Si ces nouveaux objectifs paraissent plus réalistes, la visibilité reste faible au début d'un quatrième trimestre décisif, observe Oddo BHF, alors que le Black Friday et les fêtes de fin d'année approchent.
+ Préservation des marges +
Derrière l'excuse française transparaissent des signaux de faiblesse à l'étranger. Au troisième trimestre de 2026, le distributeur a réalisé un chiffre d'affaires total de 22,69 milliards d'euros, soit une hausse de 2,3% sur un an en données comparables, dépassant les prévisions des analystes qui anticipaient une croissance de 2,1%. Sur la période, et en données comparables, le chiffre d'affaires du groupe a progressé de 1,2% en France, à 11,9 milliards d'euros, de 2,1% en Espagne, à 3,11 milliards d'euros, et de 1,4% au Brésil, à 5,14 milliards d'euros.
"Bien que les dirigeants aient indiqué que le marché français était le seul facteur à l'origine de l'abaissement des objectifs, nous soulignons que les ventes trimestrielles à périmètre constant ont manqué les attentes des analystes de façon plus marquée en Espagne et au Brésil, malgré des bases de comparaison favorables, ce qui nous amène à soupçonner une faiblesse dans ces zones géographiques également", indique JPMorgan. La croissance comparable des ventes du groupe a manqué le consensus de 40 points de base en Espagne et de 60 points de base au Brésil au troisième trimestre de l'année, mais de seulement 10 points de base en France.
Les précédents historiques ne sont pas de nature à rassurer. Le mouvement social des Gilets jaunes, qui avait temporairement affecté les résultats du groupe en France en 2018 et 2019, n'avait pas conduit ses dirigeants à réduire leurs ambitions annuelles à l'époque. La pression prolongée sur le budget des ménages brésiliens est une source de préoccupation pour l'activité de Carrefour, relève pour sa part Jefferies.
Carrefour a systématiquement déçu les attentes au cours des trois dernières années, ce qui souligne des fondamentaux chancelants plutôt qu'un "accident français isolé", ajoute JPMorgan. Pour la banque d'affaires, la stratégie globale de préservation des marges se fait au prix d'une érosion des parts de marché au profit des distributeurs indépendants. De quoi nourrir les doutes des investisseurs sur les explications avancées par Carrefour: derrière le choc français, son alerte pourrait aussi révéler des difficultés commerciales plus profondes, que le groupe ne met pas au premier plan.
-Dimitri Delmond, Agefi-Dow Jones, ddelmond@agefi.fr, ed: LBO
Agefi-Dow Jones The financial newswire

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